Des moyens renouvelés - Assurer la permanence des missions

Publié le 22 Mai 2017 à 18:04

© F.LEDOUX/MN

Face aux ruptures temporaires de capacité (RTC) engendrées par les retraits du service de moyens outre-mer depuis 2009, le renouvellement des moyens de surveillance du domaine maritime français a été amorcé avec la livraison de deux bâtiments multimissions (B2M). Sur les quatre commandés pour remplacer partiellement les bâtiments de transport léger (Batral), le D’Entrecasteaux a été affecté en Nouvelle-Calédonie en juillet 2016 et le Bougainville a réalisé sa première mission dans l’archipel des Australes en février 2017. 

Le Champlain, troisième B2M, sera affecté à La Réunion en attendant la réalisation du 4e B2M destiné aux Antilles, baptisé le Dumont d’Urville. La zone maritime du sud de l’océan indien disposera ainsi de deux frégates de surveillance (FS) et d’un B2M à l’horizon 2017. Répondant à la fois à un besoin militaire et interministériel, leur perspective d’utilisation s’inscrit dans le concept d’emploi des forces de l’état-major des armées (EMA) et découle des responsabilités confiées à la Marine dans le cadre de sa participation à l’action de l’État en mer (AEM). La Marine a également pris la décision d’affecter des bâtiments de métropole en outre-mer, notamment le patrouilleur Arago (jusqu’en 2021) en Polynésie française, Le Malin (2027) à La Réunion et le Germinal aux Antilles (post-2025). 

La Confiance, premier des deux nouveaux patrouilleurs légers guyanais (PLG), a rejoint le 14 décembre dernier la base navale de Dégrad-des-Cannes aux côtés des patrouilleurs P400 La Gracieuse et La Capricieuse. Le PLG La Résolue est également attendu à Dégrad-des-Cannes à l’été 2017. Capables de rester plus de 10 jours en autonomie et adaptés à l’environnement de la Guyane, ils disposeront de moyens de projection de forces et de coercition et prendront part aux missions de police des pêches, de lutte contre les trafics, de surveillance de l’espace maritime, de sauvetage en mer et de sécurité des tirs de fusées du centre spatial de Kourou dans la zone maritime Antilles-Guyane.  

 

Astrolabe : un nouveau bâtiment pour le milieu polaire

Le chef d’état-major de la Marine, le préfet des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et le président de l’Institut polaire français Paul-Émile-Victor (IPEV) ont décidé de s’associer pour l’exploitation d’un nouveau navire patrouilleur et de logistique polaire, qui reprendra le nom de l’actuel Astrolabe (navire civil affrété pour le ravitaillement des bases scientifiques françaises en Antarctique). Grâce à ce nouveau bâtiment, la Marine disposera d’un brise-glace capable de naviguer en Antarctique. Long de 72 mètres et d’un tonnage de 4 000 tonnes environ, l’Astrolabe disposera d’une capacité militaire (autodéfense, équipe de visite) pour assurer en premier lieu ses missions de souveraineté dans les zones subantarctiques (Saint-Paul, Amsterdam, Creuzet, Kerguelen) à partir de La Réunion. Il effectuera aussi des missions de transport de passagers (chercheurs, techniciens…) et de transport de fret (véhicules, matériels, fuel) au profit des bases scientifiques françaises en Antarctique pendant les quatre mois d’été austral. Fruit d’une mutualisation capacitaire entre les TAAF et la Marine, l’Astrolabe appareillera de Brest en août 2017 et mènera sa première mission logistique antarctique (MLA) durant l’été austral 2017/2018. 

Témoignages

MP Stéphane, COMANAV sur le patrouilleur Le Malin (La Réunion) 

« Mon rôle est le maintien en condition opérationnelle des installations du bâtiment. Mes missions au quotidien sont la gestion des besoins logistiques, la planification des interventions à bord, le travail organique, la préparation des missions de ravitaillement des îles, tout en gardant un œil sur le respect des règles de prévention lors des travaux. Les grosses périodes d’entretien sont délocalisées aux chantiers CNOI à l’Île Maurice, car La Réunion ne possède pas de bassin. Il est évident que cela ne ressemble en aucun cas à un arrêt technique (AT) en métropole, mais le travail y est fait sérieusement et avec efficacité. Début mars, quelques jours seulement après notre retour de mission, nous avons appareillé sous faible préavis vers Madagascar, afin d’apporter de l’aide humanitaire aux habitants de Toamasina ayant subi le passage du cyclone Enawo. C’est pour ce genre de mission que je me suis engagé il y a 24 ans dans la Marine. »

 

LV Gael, commandant en second de la base navale de Dégrad-des-Cannes

« La spécificité de la base navale de Dégrad-des-Cannes est qu’elle se trouve au cœur des opérations en Guyane. Ces marins mettent en œuvre une embarcation relève-filets (ERF), tandis que des patrouilleurs soutenus par la base navale effectuent des missions dans le cadre de l’action de l’État en mer (AEM), notamment la lutte contre la pêche illégale. Les marins font preuve au quotidien d’une grande polyvalence : dans les opérations par des embarquements fréquents sur patrouilleurs, par la participation aux missions interarmées et l’animation de la Journée défense et citoyenneté (JDC). La base navale détient une expertise technique et maritime complète et exportable hors du milieu Marine, par exemple l’aménagement des infrastructures fluviales dans le cadre de l’opération Harpie (intercepter les orpailleurs illégaux). Les missions conduites par les marins de la base navale se déclinent en plusieurs points : un soutien opérationnel avec la mise en œuvre des ERF et dans le cadre de l’AEM (équipes d’évaluation et d’intervention, lutte antipollution, contrôle des autorisations de pêche à bord des tapouilles, assistance aux embarcations…). Un soutien RH assurant des mises pour emploi (MPE) au profit des unités. Un soutien technique : ateliers (soudure, usinage, résine, électricité, moteur, mécanique générale), manœuvre (batellerie, drome), sécurité (incendie), logistique (achat, transit, magasinage), servitudes (eau, électricité, carburants, munitions, etc.). Nous apportons aussi une expertise et un soutien au profit des autres armées (70 pirogues, 7 vedettes, 1 chaland de transport de matériel…) ainsi qu’un soutien de détachements avec nos commandos marine. » 

 

Capitaine de vaisseau Henri Levet, adjoint interarmées du commandant supérieur (COMSUP) des Forces de la zone du sud de l’océan Indien (FAZSOI) et commandant la zone maritime sud de l’océan Indien 

« En tant qu’adjoint interarmées, je suis l’adjoint direct du général COMSUP FAZSOI et, par délégation, je commande la base de défense La Réunion-Mayotte. La zone comprend La Réunion, Mayotte et les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), qui nécessitent une affirmation régulière de notre souveraineté. J’anime et coordonne, pour le compte du préfet, l’action des administrations de l’État en mer, qu’elles aient des moyens d’action en mer (Défense, Affaires maritimes…) ou uniquement des compétences réglementaires (Douanes, Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement). La police des pêches est une constante, en zones australe et tropicale. La lutte contre l’immigration clandestine par voie maritime (LIC mer) est une priorité gouvernementale à Mayotte. Mais surtout l’inquiétant trafic d’héroïne qui transite depuis la mer d’Arabie vers le nord de notre zone devient une préoccupation majeure. À Mayotte, les vedettes côtières de surveillance maritime (VCSM) Odet et bientôt Verdon de la gendarmerie maritime participent à la LIC mer aux côtés des intercepteurs de la Marine nationale, de la Gendarmerie nationale, de la Douane et de la Police de l’air et des frontières. Le patrouilleur des affaires maritimes Osiris participe à la surveillance des TAAF subantarctiques ; son remplacement prioritaire est à l’étude. »

 

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