Lutte contre le trafic de stupéfiants en mer / La Martinique : pôle de performance

Publié le 28 Juillet 2016 à 10:32

La frégate de surveillance Ventôse, équipée de son hélicoptère embarqué Panther, est déployée en mer des Antilles pour une mission de lutte contre le narcotrafic. © Marine nationale / Largo

Au cours de son commandement, le CF Dupont aura conduit 11 interceptions de navires suspectés de transporter de la drogue et permis de retirer plus d’une tonne de cocaïne et plus de deux tonnes de marijuana du marché. Souvenirs de campagne : « Chaque interception s’apparente à une vraie chasse. Le “terrain de jeu” est vaste, les conditions sont rarement clémentes, avec des alizés omniprésents, et les passeurs sont aux abois, se sachant transporter l’interdit. Je garderai longtemps en tête l’intervention sur un go-fast qui m’avait été reporté par des moyens étrangers amis et qui s’éloignait de la frégate à vive allure, en pleine nuit noire… Coups de klaxon dans les coursives et quelques minutes après, l’hélicoptère décolle en toute discrétion en direction de la position estimée du go-fast. Les équipes s’affairent à bord de la frégate pour diriger l’action, mettre à l’eau les embarcations et se préparer à récupérer la marchandise et les narcotrafiquants. Une procédure me permet d’ordonner l’exécution de tirs d’intimidation par le tireur d’élite commando embarqué dans l’hélicoptère mais le commandant du Panther me rend compte que l’embarcation ne s’arrête pas. En ayant reçu l’autorisation du préfet via le centre opérationnel (Centops), je décide d’effectuer un tir au but afin d’immobiliser l’embarcation. Quelques minutes plus tard, à l’issue d’une phase qui requiert d’excellentes capacités techniques et de coordination, le go-fast est stoppé et les trafiquants mettent les mains en l’air, s’avouant vaincus. Mon équipe de visite, composée de marins du Germinal particulièrement entraînés et aguerris à cet emploi, était alors prête à prendre le relais à bord de son embarcation rapide pour maîtriser les trafiquants et confirmer le transport de drogue. L’ouverture de plusieurs ballots révéla de nombreux paquets représentant au final 595 kg de cocaïne. »
 
 
Le droit évolue : le principe de dissociation adopté par la France
Les évolutions du contexte sécuritaire ou des instruments internationaux peuvent nécessiter des adaptations, comme ce fut le cas pour la piraterie avec l’adoption de la loi n° 2011-13 du 5 janvier 2011. Ces évolutions ou aménagements des instruments et textes  juridiques doivent rester exceptionnels,  respecter les principes du droit de la mer et être proportionnés à l’ampleur des risques et menaces. Ces règles juridiques nécessitent d’être transposées en droit interne. La loi n° 94-589 du 15 juillet 1994, relative à la lutte contre la piraterie et aux modalités de l’exercice par l’État de ses pouvoirs de police en mer, et le Code de la défense définissent les modalités d’exécution des mesures de contrôle et de coercition à la fois dans un cadre général, et plus précisément pour les trafics illicites de stupéfiants, l’immigration par mer ou la piraterie maritime. Compte tenu des contraintes pesant sur les moyens opérationnels, une nouvelle approche en matière de lutte contre les trafics illicites de stupéfiants était nécessaire. Ainsi, lorsqu’une interception a été effectuée à une grande distance d’un port français, le nouveau concept de « dissociation » consiste à traiter séparément les personnes appréhendées, la cargaison saisie et le navire. Cette procédure garantit l’efficacité des opérations d’interception tout en permettant au navire d’État de reprendre son activité opérationnelle dans les meilleurs délais. De même, la ratification des protocoles additionnels à la Convention pour la répression d’actes illicites contre la sécurité de la navigation maritime  entraînera une modification du corpus  juridique français pour définir un nouveau cadre d’intervention adapté aux infractions visées. 
 
 
 
La Joint Interagency Task Force – South
La Joint Interagency Task Force – South (JIATF-S) est un organisme américain chargé de coordonner les opérations contre les trafics illicites dans une zone de plus de 15 millions de km2 englobant l’ensemble du continent Sud-Américain, l’Amérique centrale à l’exclusion du Mexique, toute la Caraïbe et une large partie de l’Atlantique et du Pacifique Ouest. Depuis 1998, un officier de la Marine française y est affecté en tant qu’officier de liaison. Quinze autres pays sont membres de la JIATF-S. Cet organisme suit environ 2 000 « cas suspects » de transport maritime et aérien par an. Elle coordonne en permanence les moyens d’interception, tout en mettant en place des opérations dédiées à certaines zones. En 2015, la JIATF-S a contribué à l’interception de 192 tonnes de cocaïne. 
 
 
2015, une multiplication des prises
Amiral Coupry, qu’est-ce qui explique cette multiplication des prises en 2015 ?
Contre-amiral Olivier Coupry : Outre la possibilité que l’offre de cocaïne et de cannabis soit en hausse dans cette région du monde, trois facteurs me semblent intervenir : d’une part, il y a la qualité croissante du renseignement « actionnable » grâce à la coopération étroite existant entre les services français (Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières [DNRED], OCRTIS, Direction du renseignement militaire [DRM], Marine nationale) mais également internationale. Cette coopération s’intensifie avec nos grands partenaires en bilatéral et au sein de la JIATF-S à Key West (Floride) où nous disposons d’un officier de liaison permanent. L’amélioration des procédures (pistage, interception avec ou sans tirs d’arrêt) de nos coopérations internationales (en particulier le soutien des avions de patrouille maritime américains ou canadiens) et la réactivité des chancelleries qui autorisent les visites sur des navires non français contribuent aussi à ces succès. La coopération étroite avec les autorités judiciaires (parquet de Fort-de-France) permet aussi un traitement rapide et sécurisé des narcotrafiquants. Et bien sûr, il ne faut pas négliger le facteur « chance » provoqué notamment par le sens tactique des marins…
 
Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale
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