Sur le terrain - Cas pratiques

Publié le 29 Avril 2016 à 14:21

© Marine nationale / Valérie Guyoton

Au total, 3 700 marins œuvrent en métropole et outre-mer, au service de la protection du territoire national et de la sécurité des Français depuis la terre, jusqu’en haute mer, via nos approches maritimes. Échos du terrain de deux missions de la Défense maritime du territoire, parmi bien d’autres.

Le BH La Pérouse sur la brèche

Pendant son alerte PPSM en janvier dernier sur la façade Atlantique, la mission du bâtiment hydrographique (BH) La Pérouse ne s’est pas limitée à la surveillance des côtes. Le Centre des opérations maritimes (COM) de Brest a ainsi demandé au bâtiment de suivre un navire de commerce en route vers le port de Nantes. Cette désignation du bâtiment ciblé n’était pas le fruit du hasard, comme l’explique son commandant, le lieutenant de vaisseau Pierre Sithamma : « Nous avons été orientés par la cellule de coordination de l’information maritime du COM Brest (CCIM). Le bâtiment ciblé était un navire en provenance du Nigéria. Nous l’avons pisté dans les eaux internationales un long moment. Nous l’avons également interrogé par radio pour en savoir un peu plus sur son équipage, sa cargaison et recueillir du renseignement. Mon équipage est resté à l’affut de tout événement suspect. Nous avons pu compter sur le concours d’un Falcon 50 de la flottille 24F. Les informations et photos recueillies par mon équipage ont été transmises en temps réel au COM Brest. » Lorsque le navire de commerce a jeté l’ancre devant le port de Saint-Nazaire, c’est le peloton de sûreté maritime et portuaire (PSMP) de Brest qui a mené une enquête approfondie. Deux officiers de police judiciaire sont montés à bord du bâtiment de commerce. Les opérations effectuées en PPSM s’inscrivent dans un cadre juridique dépendant de la zone où elles ont lieu. Dans les eaux territoriales, les visites de sûreté sont habituellement menées par des officiers de police judiciaire (OPJ). C’est pourquoi l’équipe de visite intervenue à bord du navire cible était composée de gendarmes maritimes du PSMP de Brest plutôt que de marins du La Pérouse comme le détaille l’adjudant Stéphane P., OPJ au PSMP de Brest : « Pour assurer préventivement la sûreté des transports maritimes et des opérations portuaires qui s’y rattachent, les gendarmes maritimes OPJ et APJ (agent de police judiciaire) procèdent à des contrôles de sûreté des navires de commerce soumis à la réglementation ISPS (Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires). La visite permet de contrôler les passeports avec la liste d’équipage, de consulter les documents administratifs du navire et ainsi d’identifier les changements de nom, de propriétaire ou de pavillon. Nos échanges avec le capitaine permettent également de recueillir du renseignement d’intérêt maritime. Ces informations tiennent compte du contexte international et portent notamment sur l’ambiance à bord, les difficultés rencontrées lors des escales, les risques d’intrusion voire d’attaque dans certaines régions du monde, les tensions avec les autorités locales… Ce contrôle documentaire peut être complété dans le même temps par une visite de coque réalisée par les plongeurs de bord du PSMP, par une recherche de produits explosifs avec notre équipe cynophile ARDE (Aide à la recherche et à la détection d’explosifs) et par des investigations effectuées dans les différentes zones du navire à l’exception des parties privatives. Si aucun élément particulier ou suspect n’a attiré notre attention et que les documents recueillis sont conformes à la réglementation, il est mis fin au contrôle de sûreté. » En ce qui concerne les eaux internationales, le commandant d’un bâtiment de la Marine a toute légitimité pour intervenir sur un spectre aussi large que l’enquête de pavillon (en cas de doute sur la nationalité du navire), la lutte contre la piraterie ou le narcotrafic dans le cadre des conventions de Montego Bay et de Vienne.

CC Thomas Letournel

Bréhat et son sémaphore

Au total, 300 000 visiteurs par an, 5 marins d’État : l’île des fleurs et rochers roses n’est pas un paradis pour tout le monde. Il n’y a qu’un nautique entre le continent et le Port-Clos, mais c’est une vraie coupure. Surtout quand viennent les « mois noirs » de l’hiver. Ne restent guère que 200 insulaires, il faut réserver le pain… Celui du sémaphore est mis de côté par principe. La bicyclette perd son charme dans le vent et la pluie, et fait regretter l’abri des voitures. À 40 mètres au-dessus de la mer, 16 mètres au-dessus du sol, on ne voit qu’eux, ou plutôt leur lieu de travail, et ils voient tout, ce sont les sémaphoristes. Professionnels confirmés, leurs affectations changent tous les trois ans, sauf remplacements. La population les connaît et les estime. Un précédent chef était gendre du radio du canot de la SNSM. Les marins des sémaphores n’agitent plus les bras pour transmettre les messages, ils maîtrisent les techniques les plus avancées de l’informatique, de la radio et du radar. Bréhat a connu un « vrai » sémaphore, installé sur le piton de la chapelle Saint-Michel, pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire. La chapelle était en ruines, mais un petit bâtiment, toujours debout, gardait au sec des branches pour allumer un feu d’alarme. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir les lumières allumées dans la chambre de veille : chacun comprend qu’une urgence est en cours. Nos marins anticipent les situations. « L’estuaire du Trieux est fréquenté par la pêche et la plaisance, notre rôle d’assistance aux secours est irremplaçable », souligne le SM Pierre-Yves T. La qualité des communications, l’expérience des moyens et la connaissance de la mer sont au service de la fonction garde-côte. Gendarmes, inspecteurs, douaniers ont accès aux moyens de la Marine. Cet été fut marqué par un drame avec l’accident mortel d’un stagiaire de l’Île Verte, car la navigation est surtout celle de plaisanciers et de la pêche artisanale. Si les pêcheurs sont experts, les autres ont tendance à vouloir imposer à la mer leur agenda de vacances. Les courants et les cailloux ne pardonnent pas à cet endroit où le marnage est très important. Société de marins au long cours, Bréhat garde des traditions d’entraide et de débrouillardise avec les moyens du bord. Les anciens se souviennent que le seul téléphone de l’île était celui de la Marine. Les services rendus restent dans la mémoire collective, d’autant plus reconnaissante que les guetteurs sont discrets. Pour l’observatoire le plus au nord de la Bretagne, devant les Roches Douvres, phare le plus éloigné des côtes en Europe, le prix de l’isolement insulaire est justifié. C’est en tout cas la conviction des Bréhatins.

CC (R) Eric Lebec

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