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Publié le 30 Mars 2016 à 13:40

C'est dans les laboratoires du SPRS que les mesures sur la faune et la flore sont réalisées © Marine nationale / Jean-Philippe Pons

Les chiffres sont étourdissants… Pour une IPER-adaptation M51 : 30 000 matériels démontés, 1,3 million de pièces approvisionnées, 4 millions d’heures de travail… Une opération sur un SNLE peut atteindre 1 000 actions conduites par l’homme. L’Île Longue assure la maintenance des sous-marins entre deux patrouilles et l’entreposage des éléments nucléaires (têtes des missiles, combustible des réacteurs) associés. Chaque année, 25 000 actions sont conduites par les hommes et femmes de l’Île Longue pour mettre en œuvre la composante océanique de la dissuasion.
 
 
Un chantier démesuré
Il y a près de 50 ans, la construction des bassins et de l’ensemble des infrastructures de la base opérationnelle de l’Île Longue a constitué un véritable défi technologique et industriel. À l’époque, 1 500 ouvriers ont coulé 300 000 m3 de béton et ont construit 110 hectares de plates-formes et terre-pleins. Depuis lors, en continuant à remplir sa mission au profit des SNLE, il a fallu adapter les infrastructures de l’Île Longue à l’évolution permanente des sous-marins et des missiles dans les règles imposées par les normes de sûreté et de sécurité, qu’elles concernent la pyrotechnique, le domaine nucléaire ou les conditions de travail. 
 
Faire face au risque 
À l’Île Longue, le haut niveau d’activités pyrotechniques, industrielles et nucléaires engendre inévitablement des risques, mais la base accueille l’ensemble des installations qui permet d’y faire face. Constitué de jeunes recrues, le groupement des marins-pompiers de l’Île Longue est sur tous les fronts. Les marins-pompiers s’entraînent sans cesse à intervenir sur les installations de haute technicité, ainsi qu’à bord des sous-marins présents à quai. Le groupement de marins-pompiers de l’Île Longue est bien implanté localement. Il est intégré aux moyens d’intervention locaux civils. En effet, au-delà de sa présence permanente sur la base opérationnelle, il intervient régulièrement en appui des pompiers du service départemental d’intervention et de secours (SDIS) du Finistère. Il faut souvent adapter les techniques d’intervention à la complexité des ouvrages d’art de l’Île Longue. Le MT David L., marin-pompier, a créé le groupement d’intervention en milieu périlleux (GRIMP) pour, dit-il, « être capable d’intervenir sur les ouvrages d’art spécifiques, par exemple en cas de chute dans l’un des filets tendus entre le sous-marin au bassin et les parois du bassin. Cela requiert une agilité et une technique particulières pour être en mesure d’agir dans un tel environnement. Les installations sont complexes, tout est démesuré. » 
 
La radioprotection : une priorité 
L’Île Longue dispose également d’un poste d’accueil des blessés radio-contaminés (PABRC), doté des équipements sanitaires et chirurgicaux permettant la prise en charge médicale des blessés en urgence relative ayant été exposés à un risque radiologique. 
Afin de garantir en permanence la surveillance des activités nucléaires, l’intervention en cas d’urgence radiologique et le contrôle des règles de radioprotection, une trentaine de marins arme le service de protection radiologique du site (SPRS). Ces marins, techniciens qualifiés en radioprotection, ont en premier lieu une mission de prévention auprès des travailleurs du site. Ils sont chargés de s’assurer du respect des règles de radioprotection et notamment de l’évaluation des expositions, ainsi que de l’application des consignes en matière de port des équipements de protection individuelle pour le personnel séjournant près des installations nucléaires, qu’il s’agisse des chaufferies, des missiles ou des installations de soutien. 
Ils assurent également une mission de soutien au profit des SNLE en analysant par exemple l’activité radiologique des circuits d’eau du réacteur. Pour garantir l’absence d’empreinte significative des activités technologiques sur l’environnement, le service prélève des échantillons d’air, de faune et de flore en divers points remarquables du site qui font l’objet d’analyses radio-toxicologiques dans des laboratoires agréés par les autorités de sûreté nationale pour la surveillance de l’environnement. Les mesures réglementaires ainsi réalisées sont reportées sur le portail grand public du réseau national de mesure de la radioactivité dans l’environnement (www.mesure-radioactivite.fr). En cas d’urgence radiologique, le service apporte une capacité de gestion de crise, apte à intervenir sans délai pour conseiller et protéger les personnes exposées, en complément des services de pompiers et de santé. Pour éviter les accidents et limiter leurs potentielles conséquences, l’Île Longue maintient le plus haut niveau de maîtrise des risques dans les domaines de la santé, de la sécurité au travail, de la pyrotechnie et de la protection-défense. Compte tenu des réglementations appliquées et de l’excellence recherchée, seul gage de la crédibilité vis-à-vis notamment des populations riveraines, l’Île Longue et la Marine mettent en place une démarche de contrôle qualité sévère et d’audits techniques rigoureux, réalisés en interne mais également par les autorités de sûreté nucléaire nationales ou par des comités de certification compétents selon les domaines d’activité. 
 
 

Témoignage
 

SM Nicolas J., technicien en radioprotection 
Les marins du service de protection radiologique du site assurent un soutien à tous les acteurs du nucléaire qui travaillent à l’Île Longue. « Auparavant spécialiste des systèmes d’information et de télécommunications (SITEL) dans un sous-marin, je suis maintenant “radiopro” pour les sous-marins et le site. La radioprotection est une branche en permanente évolution, offrant des perspectives de carrière intéressantes et un travail enrichissant. Le cours technicien en radioprotection est ouvert à tous les marins, toutes spécialités confondues. Il dure six mois à l’École des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA) à Cherbourg, puis nous intégrons les services radiologiques
de la Marine. » Entre l’assistant en radioprotection et le technicien supérieur en radioprotection, le technicien en radioprotection est capable de réaliser des mesures sur le terrain, d’analyser des échantillons industriels et environnementaux en laboratoire, d’assurer le suivi dosimétrique des travailleurs et d’intervenir en cas d’incident à caractère radiologique. « Nous sommes capables de détecter un éventuel accident depuis l’Île Longue, sur les mesures que nous faisons. Service d’intervention, travaillant conjointement avec les marins-pompiers et le service de santé, nous conseillons aussi les autorités en cas d’incident. »
 
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