Chaîne humaine

Publié le 26 Novembre 2014 à 13:47

Texte: ASP Omer Aury / Crédits photos: © Sébastien Chenal/MN

Le GAN en action

En zone d’opérations, le GAN réalise jusqu’à un catapultage toute les 30 secondes. Deux fois par minute, 20 tonnes d’acier, armées pour la mission, sont lancées de 0 à près de 300 km/h, en moins de trois secondes. À ce moment, le pilote briefé, a sa mission en tête et une fiche récapitulative sur la cuisse. Tout a été  rigoureusement préparé. L’erreur n’a pas sa place. Côté passerelle, on tient le cap et la vitesse : il faut au porte-avions 25 nœuds de vent relatif pour catapulter ses chasseurs. À tous les ponts du Charles de Gaulle, pendant que son escorte assure sa protection, s’activent près de 2000 marins. Chacun a un rôle précis, qui doit être parfaitement exécuté. C’est la condition nécessaire à la mise en œuvre d’un tel outil. 

À toute vapeur!
Appareillage. Plage avant, le bosco prend son sifflet en bouche. Un coup, les treuils tournent.  Les aussières sont colossales, les forces exercées gigantesques. Tenant du bout des lèvres les 42 500 tonnes du porte-avions, il rythme le travail de l’équipage. Chacun connaît les gestes, pour certains ancestraux, qu’il doit faire. 18 mètres plus bas, des pousseurs sont collés à la coque longue de 261 mètres, s’éloignant du quai. Les hélices du Charles de Gaulle libéré entrent en rotation. Comme le bosco et ses hommes, à tous les ponts, les marins appliquent leurs savoir-faire avec une rigueur extrême. Les atomiciens veillent sur les deux chaudières à combustible nucléaire du porte-avions. Il faut 83 000 chevaux de puissance pour produire toute la vapeur nécessaire : celle qui meut les lignes propulsives du bâtiment, celle aussi qui envoie le chariot de la catapulte, projetant avec fulgurance un avion de près de vingt tonnes dans les airs. Pour les quelques secondes que dure véritablement un catapultage, des centaines s’affairent. Préalablement, l’avion de combat  a été préparé par les techniciens aéronautiques. Ils se relaient jour et nuit dans les ateliers, afin de rendre les aéronefs disponibles pour leurs missions. Ordre de catapultage et d’appontage, zone de standby, horaires des ravitaillements… Au bureau aviation, où les pilotes s’enquièrent aussi de la configuration de leur appareil, les vols ont été planifiés jusque dans leurs moindres détails. Ce n’est pas tout. A l’aide d’ascenseurs géants, qu’actionnent les techniciens responsables des installations aviation, il faut encore monter les aéronefs du hangar au pont d’envol. Fixer les munitions sous leurs ailes : la tâche des techniciens d’armement, surnommés les « boum ». Guider les manœuvres sur le pont d’envol et transmettre les ordres aux pilotes : le travail des « chiens jaunes », dont le surnom indique la couleur du gilet. Quelques instants plus tôt, sous la vigilance redoublée des pompiers, les techniciens carburant ont rempli les réservoirs. Avant d’ouvrir enfin la vanne à vapeur de la catapulte, il faut encore, suivant le poids de l’aéronef, déterminer la pression requise pour le lancer. En fonction de son type  – Rafale Marine, Super Étendard modernisé, Hawkeye – l’élingueur ne fera pas non plus les mêmes gestes pour fixer l’avion au chariot. Non loin, l’hélicoptère Pedro veille. En cas de crash, avec son plongeur embarqué, il est prêt à passer à l’action. Passerelles de navigation et d’aviation, central opérations, brigade de protection, usine à oxygène… : sans oublier les centaines d’autres membres d’équipage qui œuvrent au succès de la mission, qu’il faut aussi nourrir et le cas échéant soigner.

Un savoir-faire quasi unique
Depuis le ciel, on ne voit qu’un avion de chasse qui décolle. De l’intérieur – du pilote au mécanicien  – des décennies d’expérience sont mises en œuvre. Un ballet qu’un tout petit nombre seulement de marines sait orchestrer. Mais surtout, le GAN dépasse la dimension du seul porte-avions. Pas de catapultage sans les marins du pétrolier ravitailleur, ni sans ceux du SNA, de la frégate de défense aérienne, ou de la frégate anti-sous-marine.  Le groupe aéronaval est  outil exceptionnel, combinant un ensemble de savoir-faire difficiles à acquérir et coordonner.  Dans cette chaîne, les maillons les plus anciens forgent continuellement les maillons plus jeunes à la rigueur du métier. C’est ainsi que la Marine maintient cette capacité renouvelée au fil des entraînements et des opérations. 

 

« L’interopérabilité comme témoin »

Un chasseur de l’US Navy sur la catapulte du Charles de Gaulle. Les marins du GAN maîtrisent complètement leur outil. Pour preuve, l’interopérabilité dont ils sont capables avec d’autres marines. Les échanges réguliers avec les Etats-Unis en témoignent. Sorties aériennes et ravitaillements en vol communs, appontages et catapultage croisés de F18 et de Rafale Marine : l’opération Bois Belleau, lancée en 2013, totalise près de 5 semaines d’interactions avec l’US Navy et 600 sorties aériennes.

 

Esprit d’équipage
« L’esprit d’équipage est très particulier. Il est à la fois celui d’une vie de village où chaque groupement à sa culture, ses habitudes, son rythme et celui d’une grosse unité tendue vers un seul objectif, d’une très forte exigence.  La mise en œuvre d’une aviation moderne impose à tous une excellence qui se mesure dès le franchissement de la coupée. C’est le ciment et le socle commun de l’équipage : du pilote au cuisinier, de l’instrumentiste chaufferie au détecteur dans le central opérations, cette recherche de la perfection forge une culture commune ». Témoignage du  CV Pierre Vandier, commandant le porte-avions Charles de Gaulle


Maîtriser les espaces
Le principe d’une grande puissance (partie 1)

Déploiement
Force aéromaritime de réaction rapide (partie 2)

Chaîne humaine
Le GAN en action (partie 3)

Sur tous les fronts
15 ans d’opérations (partie 4)


Dossier réalisé par l'ASP Omer Aury

© Marine nationale

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