DES RADIOPHARES AUX CROSS - Une histoire de la sécurité en mer

Publié le 9 Octobre 2020 à 14:36

© Marine nationale

Grâce à la généralisation des ondes radio, puis des radars, définir sa position en mer est devenu de plus en plus facile à partir de la première moitié du XXèmesiècle. Mais avec l’augmentation constante du nombre des navires au cours des années soixante et soixante-dix, la gestion et la sécurisation des grandes routes maritimes internationales ont atteint une complexité sans précédent. Face à cette situation inédite, la France a mis en place un système unique au monde : les Cross.

Quand, le 3 août 1898 devant les yeux ébahis du ministre de la Marine, le lieutenant de vaisseau Camille Tissot réussit à établir la première liaison radio opérationnelle française en mer entre le navire école Borda et le sémaphore du Parc aux Ducs à Brest, distants de 1 800 mètres, peu de gens perçoivent encore l’ampleur des changements à venir.

Pourtant, le monde de la mer se prépare à vivre une véritable révolution. « L’utilisation des ondes radio comme aide à la navigation est une invention comparable à l’apparition de l’imprimerie à l’époque de Gutenberg, assure Vincent Guigueno, conservateur du patrimoine et lun des plus grands spécialistes français des phares.

En clair, comme les phares sont désormais capables d’émettre et de capter des signaux non visuels, les navires peuvent enfin déterminer avec une plus grande exactitude leur propre position en mer. En s’appuyant sur plusieurs sources radio et non plus seulement sur l’expérience, les instruments, les cartes, les éclats lumineux des phares ou les sons des balises, les marins disposent d’un outil particulièrement performant.

Il faut attendre l’année 1911 pour voir l’installation des quatre premiers radiophares automatiques français sur l’île de Sein, à Ouessant et à l’entrée du port du Havre. Mais à partir des années vingt, leur nombre est en constante augmentation et la seconde partie du xxe siècle annonce la fin de l’âge d’or des phares traditionnels commencé au xixe siècle. »

L’ÂGE D’OR DE LA RADIONAVIGATION

Pendant la seconde guerre mondiale, le développement des systèmes hyberboliques de radionavigation utilisant les ondes d’émetteurs terrestres fixes pour établir une position va encore améliorer les conditions de circulation maritimes. C’est le cas notamment avec le Loran, largement utilisé par l’U.S. Navy pendant la guerre du Pacifique, et maintenu aujourd’hui en cas de dysfonctionnement du GPS, ou avec le Système Decca (arrêté au printemps 2000) initialement développé par les Alliés pour permettre des débarquements plus précis. En France, afin de pallier l’absence de couverture Decca dans le golfe de Gascogne, d’autres systèmes hyberboliques de radio- navigation ont également été développés, comme le Rana et le Toran. « Mais tout bascule une nouvelle fois avec la généralisation des systèmes de navigation par satellites, raconte Vincent Guigueno. Le premier système opérationnel par satellite est le Transit. Puis d’autres voient rapidement le jour, comme le GPS (américain), le Glonass (russe), le système Galileo (européen) ou encore le Beidou (chinois), toujours en cours de déploiement.

Si ces évolutions technologiques apparues progressivement ont permis une plus grande sécurisation de la navigation, elles ont aussi créé les conditions d’une véritable globalisation du risque en mer avec l’intensification sans précédent du trafic maritime dans les détroits et dans certaines zones à risques. En particulier en Manche et dans le Pas-de-Calais, où vont être mis en place des rails et des DST, dispositifs de séparation de trafic. »

SURVEILLER LE TRAFIC ET COORDONNER LES SECOURS

Pour répondre à la double problématique posée par la coordination du sauvetage en mer et la surveillance du trafic depuis la terre, à la fin des années soixante et début des années soixante-dix. La France va s’appuyer sur les centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage (Cross). Le naufrage de l’Amoco Cadiz en 1978 vient de confirmer ce besoin. D’une très grande polyvalence, les Cross assurent une mission générale de coordination des activités de sécurité et de surveillance des activités maritimes, des pollutions et des pêches, dans le cadre de l’action de l’État en mer. Ils exercent leur activité sous l’autorité opérationnelle des préfets maritimes en métropole, et outre-mer, des délégués du gouvernement pour l’action de l’État en mer. Relevant du ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES), ils sont dirigés par des administrateurs des Affaires maritimes et sont armés par du personnel du MTES et de la Marine nationale. En métropole, il existe cinq centres principaux et un centre secondaire : Cross Gris-Nez (Manche Est – Pas-de-Calais) de la frontière franco-belge au cap d’Antifer. Cross Jobourg (Manche centrale) du cap d’Antifer au Mont- Saint-Michel. Cross Corsen (Manche Ouest – mer d’Iroise) du Mont-Saint-Michel à la pointe de Penmarch. Cross Étel (Golfe de Gascogne) de la pointe de Penmarch à la frontière franco-espagnole. Cross La Garde (Méditerranée Nord-Ouest) et le centre secondaire Corse (Corse uniquement).

Dans les départements et régions d’outre-mer et collectivités d’outre-mer (DROM-COM), il existe quatre centres (deux Cross et deux Maritime Rescue Coordination Centres (MRCC) : Cross Antilles-Guyane (Atlantique tropical), Cross Réunion (Sud océan Indien), MRCC Papeete en Polynésie française (océan Pacifique) et le MRCC Nouméa en Nouvelle-Calédonie (océan Pacifique).

Pour assurer leurs missions, ils peuvent faire appel à tous les moyens de l’État : patrouilleurs et vedettes des affaires maritimes, vedettes, navires, hélicoptères et avions de la Marine, des Douanes, de la Gendarmerie et de la Protection civile. Ils font également appel aux canots et vedettes de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer) ainsi qu’à tout navire se trouvant à proximité d’une zone de détresse, et traitent en moyenne plus de 10 000 opérations par an au profit des navires de pêche, de commerce, de plaisance et des pratiquants de loisirs nautiques.

Leur zone d’intervention se concentre à 80 % dans l’espace maritime compris entre le rivage et la limite des eaux territoriales.Véritables sentinelles des mers, les Cross sont ainsi devenus des acteurs incontournables de la sécurité de la navigation.

Extrait Cols Bleus n° 3090 - Octobre 2020

"Au combat - Secourir et sauver"

 

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