EMASoH - « Nous sommes ici pour assurer la liberté de la navigation marchande »

Publié le 7 Octobre 2020 à 14:41

© EMA

Le contre-amiral Jacques Fayard, commandant de l’opération European-led maritime awareness on the Strait of Hormuz (EMASOH) et le capitaine de vaisseau Christophe Cluzel, commandant de la force ont présenté l’opération d’initiative Européenne ayant débuté le 25 février 2020 dans une interview.

Vous êtes tous les deux commandants français, que signifie « mission menée par l’Europe » ?

« L'EMASoH est la consécration d'une volonté commune de huit pays européens estimant que le niveau de tension élevé au printemps et à l’été 2019 dans le détroit d'Ormuz, devait être réduit », explique le contre-amiral Fayard. « Cette volonté s'est traduite par le déclenchement de l'initiative EMASoH avec un pilier diplomatique coordonné par l'ambassadrice danoise Julie Pruzan-Jorgensen, haut représentant civil de l'EMASoH, et un pilier opérationnel, aéro-maritime, à savoir l'opération AGENOR que j'ai l'honneur de commander ». En tant que commandant des forces françaises déployées dans l'océan Indien (ALINDIEN), le contre-amiral Fayard est chargé du contrôle opérationnel de toutes les forces navales françaises déployées du canal de Suez à l'Indonésie et à l'Australie. La zone de responsabilité d’ALINDIEN comprend notamment des points de passage stratégiques comme Bab El Mandeb et le détroit d’Ormuz, ainsi que la région du Golfe.

Le contre-amiral Fayard a poursuivi son explication en déclarant que « Les forces françaises sont présentes depuis plus de 10 ans aux Emirats Arabes Unis. Cela a largement facilité le déploiement opérationnel de l’état-major de l’opération AGÉNOR dans la région. Je suis particulièrement honoré de commander cette opération qui rassemble plusieurs pays européens autour d’un objectif commun de sécurité des voies maritimes dans la zone du détroit d’Ormuz et du golfe d’Oman. Ensemble, nous contribuons à la désescalade des tensions dans cette région stratégique ».

Selon le commandant de la Force, le CV Cluzel, le fait qu'il soit lui-même aussi français n'est qu'une coïncidence. « Quelle que soit la nationalité du commandant de la force de l'EMASoH, cela n’a aucun impact sur la conduite de nos opérations ».

 

Comment évalueriez-vous l'état actuel de la sécurité et de la sûreté dans la région du Golfe, du détroit d'Ormuz et du golfe d'Oman ?

Contre-amiral Fayard : « Les derniers mois ont été relativement calmes par rapport à 2019. Depuis février 2020, l'EMASoH a déployé des moyens terrestres et aériens depuis la France, les Pays-Bas et le Danemark. Son personnel stationné à Abou Dhabi se compose de militaires des différents pays européens participants. EMASoH est pleinement opérationnel depuis six mois maintenant. Il n'y a pas eu d'incidents majeurs ayant entravé la sécurité du transit et la liberté de navigation des navires marchands pendant cette période. Les moyens navals et aériens de l'EMASoH sont parfaitement ancrés dans la région du Golfe contribuant à la sécurité maritime et reconnus comme tels par tous les acteurs régionaux. EMASoH a été conçu comme une initiative non permanente. Néanmoins, notre présence reste d'actualité tant que la situation actuelle ne sera pas résolue politiquement ».

Le CV Cluzel déclare pour sa part que « Nous avons des interactions régulières avec d'autres parties prenantes militaires ». « La plupart d'entre eux sont sûrs et professionnels. Il existe un respect mutuel entre les acteurs militaires déployés dans la zone et ceux de l'EMASoH. Quoi qu'il en soit, nous restons toujours vigilants, nous savons que la situation dans la région peut très vite changer ».

 

Que fait concrètement EMASoH pour la navigation marchande ?

CV Cluzel : « Notre mission principale est de développer notre propre connaissance de la situation maritime dans le détroit d'Ormuz et la région du Golfe. En disposant d'actifs dans la zone depuis plus de six mois maintenant, notre connaissance de la zone s'améliore chaque jour, et nous sommes en mesure d'anticiper ou de détecter tout mouvement suspect. Nous partageons ce constat avec la communauté maritime, qui sait parfaitement que nous sommes déployés ici pour assurer la liberté de la navigation et restaurer la confiance à leur profit. Nous sommes disponibles pour toutes leurs questions sur la situation dans ce carrefour maritime mondial ».

Le contre-amiral Fayard insiste sur le fait que la présence de l'EMASoH est marquée par une approche de désescalade dans le plein respect des lois internationales. « Nous sommes ici pour désamorcer et assurer la liberté de la navigation marchande, en promouvant la sécurité du transit dans le détroit d'Ormuz. Bien que nous ayons une faible empreinte, nous sommes en mesure de dénoncer des comportements illégaux ».

Que peut faire l'EMASoH en cas d'événements qui menacent la sécurité maritime dans la zone ?

Contre-amiral Fayard : « La base juridique de l'EMASoH est le droit international, en particulier la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. En montrant notre présence et notre engagement envers la sécurité maritime, nous estimons avoir un effet de désescalade et ainsi protéger la navigation marchande dans la région. De plus, notre présence donne aux pays participants une appréciation autonome de la situation et sur les événements qui pourraient être la base de nouvelles initiatives diplomatiques ou politiques ».

Comment la mission EMASoH communique-t-elle avec l'industrie de la marine marchande et les centres de sécurité maritime?

CV Cluzel : « Le principal moyen d'atteindre l'industrie consiste à envoyer notre bulletin d'information mensuel à tous nos contacts de la marine marchande. De plus, les sièges sociaux des différents pays européens concernés le diffusent également et reprennent les publications Twitter et LinkedIn. Les autres moyens sont l'engagement direct en étant présent à des événements (en ligne) comme la récente 35e réunion de sensibilisation partagée organisée par IFC Singapour. De plus, en mer et depuis les airs, nos moyens sont en contact radio direct avec les navires et vice versa ».

 

Comment les armateurs ou capitaines de la zone peuvent-ils contacter EMASoH ?

CV Cluzel : « Nous sommes disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, afin que les armateurs ou capitaines puissent joindre EMASoH via notre numéro de téléphone et notre adresse e-mail de surveillance permanente. Les deux sont disponibles dans chaque bulletin mensuel (également disponible sur LinkedIn) ».

 

Quelle est votre relation avec d'autres initiatives comme les Forces maritimes combinées (FMC) et l'International Maritime Security Construct (IMSC)?

« L'initiative EMASoH est complémentaire mais distincte de l'IMSC », déclare le CV Cluzel. « EMASoH se coordonne avec tous les acteurs régionaux et autres missions au profit de la marine marchande».

Le contre-amiral Fayard conclut : « Implantée depuis dix ans aux EAU, la France a déjà tissé des liens forts avec les partenaires régionaux et internationaux de la zone, notamment avec son pays hôte.Les moyens et états-majors navals français contribuent également régulièrement aux missions du CMF. L'initiative EMASoH est une occasion parfaite pour d'autres pays européens de renforcer ces liens par le biais de questions de sécurité maritime et contribuera évidemment à la stabilité mondiale dans le Golfe ».

 

Portée par l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, la Grèce, l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal, l’opération Agénor incarne le volet militaire du projet politique EMASOH. Mission de sécurité au profit de l’industrie maritime, AGÉNOR vise à assurer la liberté de navigation dans le Golfe et le détroit d’Ormuz. Agissant en conformité avec le droit international, notamment à la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, les unités d’EMASOH contribuent à la désescalade des tensions dans cette région d’intérêts stratégiques. Actuellement, la FREMM Languedoc et un avion de patrouille maritime sont déployés aux côtés du Iver Huitfeldt.

Sources : État-major des armées
Droits : EMA

Portée par l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, la Grèce, l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal, l’opération Agénor incarne le volet militaire du projet politique EMASOH. Mission de sécurité au profit de l’industrie maritime, AGÉNOR vise à assurer la liberté de navigation dans le Golfe et le détroit d’Ormuz. Agissant en conformité avec le droit international, notamment à la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, les unités d’EMASOH contribuent à la désescalade des tensions dans cette région d’intérêts stratégiques. Actuellement, la FREMM Languedoc et un avion de patrouille maritime sont déployés aux côtés du Iver Huitfeldt.

Sources : État-major des armées
Droits : EMA

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