Coopération - Griffin Strike

Publié le 11 Décembre 2019 à 16:46

© B.EMILE / Marine nationale - Un Chinook CH47 de la Royal Air Force effectue un transfert de personnel à bord du PHA Tonnerre.

En novembre 2010, lors du sommet de Lancaster House, la France et le Royaume-Uni
se sont engagés à renforcer leur coopération, grâce, notamment, à la création d’une force expéditionnaire conjointe interarmées (CJEF) non permanente et disponible sous faible préavis. Neuf ans plus tard, Griffin Strike constitue l’exercice majeur de la composante maritime de cette force et une étape décisive pour prononcer la pleine capacité opérationnelle de la CJEF en 2020.

 

Le « Pastonia » et le « Dragonia », deux pays frontaliers, se disputent un territoire anciennement dragonien et récemment acquis au Pastonia. La crise gronde et l’instabilité qui en résulte favorise la montée en puissance de mouvements séparatistes qui mettent en péril la sécurité de toute la région. Soucieux d’y préserver la paix, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) vote une résolution qui fournit à la France et au Royaume-Uni le mandat nécessaire pour intervenir. Français et Britanniques constituent donc une force expéditionnaire conjointe et interarmées, la Combined Joint Expeditionnary Force (CJEF), dont la composante maritime prend le nom de Task Force 315.

C’est sur ce scénario que, du 1er au 18 octobre 2019, l’exercice Griffin Strike s’est déroulé au large de Faslane et de Glasgow. Il rassemblait pas moins de 14 bâtiments de surface, 3 sous-marins et une quinzaine d’aéronefs, pour un contingent de 2 000 militaires français et britanniques de la Marine nationale, la Royal Navy, l’armée de Terre, la British Army et la Royal Air Force. Le commandement de cette composante maritime (Maritime Component Command - MCC) était assuré depuis le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre, par le Rear Admiral Burns, officier général britannique secondé par le capitaine de vaisseau Janicot. Après une première période de montée en puissance de la force, la phase tactique, du 6 au 18 octobre, a entraîné les participants et l’état-major à répondre conjointement à un large spectre de menaces.

Une interopérabilité confirmée et renforcée

L’objectif de cet exercice était, dans la perspective de la mise sur pied d’une force expéditionnaire conjointe, d’affirmer la capacité de la France et du Royaume-Uni à commander ensemble des opérations maritimes depuis la mer. De l’état-major binational embarqué jusqu’au matériel employé, tout l’exercice s’est donc appuyé sur l’interopérabilité des deux pays partenaires et leur aptitude à se coordonner en un temps contraint, et ce, grâce à leurs capacités complémentaires dans les domaines de la guerre des mines, des luttes anti-sous-marine et antiaérienne et de la projection de force. Afin d’incarner cette coopération, les 40 militaires du groupement d’aide à l’engagement amphibie (GAEA) de la 9e brigade d’infanterie de Marine a embarqué à bord du HMS Albion, tandis que le Tonnerre accueillait une soixantaine de marins britanniques. Les militaires participant ont ainsi déroulé en commun l’ensemble des opérations propres à ce type de crise, depuis l’entrée dans des eaux sous menace ennemie jusqu’à une progression à l’intérieur des terres.

Pour cela, le scénario, évolutif, prévoyait diverses mises en situation. Sous la menace d’aéronefs et de sous-marins jouant des moyens ennemis, les navires de la composante maritime avaient, entre autres, à faire face au danger que représentaient des mines fictives. Pour les besoins de l’exercice, celles-ci ont fortement endommagé l’un des bâtiments, entraînant le déclenchement du plan d’intervention médical. Les 24 victimes simulées ont ainsi été évacuées par moyens nautiques et aériens des deux pays et prises en charge sur le Royal Fleet Auxiliary (RFA) Argus, navire britannique hôpital. Dans un autre domaine, une coupure simulée du réseau satellite a contraint les marins à opérer en situation dégradée durant plus de 24 heures. Il leur a fallu utiliser les systèmes de communication traditionnels tout en conservant leur haut niveau d’engagement. Jusque dans les terres, où le GAEA a mené un raid aux côtés du 12th Regiment Royal Artillery, les deux nations ont démontré leur capacité à travailler de manière conjointe pour répondre à des menaces continues et variées. À l’heure où 90 % de la population mondiale vit à moins de 200 kms des côtes, une force expéditionnaire commune composée d’un groupe aéronaval ou amphibie, disponible sous faible préavis, est un moyen de dissuasion de l’adversaire ou d’intervention efficace et crédible.

 

Une vision commune des enjeux stratégiques actuels

Que ce soit en opérations (Harmattan, Serval, Barkhane, Chammal, Cyclone, Irma...), lors d’échanges académiques, universitaires ou en unités ou, encore, par des exercices (Corsican Lion, Joint Warrior, Rochambeau, Griffin Rise…) la coopération franco-britannique se renforce constamment depuis la signature du traité de Lancaster House. Sa consolidation progressive et continue, ces neuf dernières années, est d’ailleurs l’application concrète de cette volonté des deux pays d’unir leurs forces pour répondre aux enjeux stratégiques actuels et à venir. Puissances militaires européennes et mondiales, la France et le Royaume-Uni partagent, en effet, une vision commune des défis sécuritaires d’un monde où les menaces évoluent, et ont la volonté d’unir leurs forces pour y répondre. La mutualisation de leurs moyens dès que cela s’avère opportun est aujourd’hui une réalité, comme l’a rappelé l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine, lors de sa visite à bord du PHA Tonnerre le 17 octobre : « This cooperation is based on a bilateral treaty, and now this is a fact, this is a reality. The reality is that we are neigbours, we share the same values, our military tools are very similar, this is the basis of our cooperation and this will last. »

La CJEF pourra être engagée pour des opérations bilatérales ou en coalition, ainsi que sous mandat de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan), de l’Union européenne ou des Nations unies. Elle pourra également accueillir d’autres nationalités, comme cela a été le cas lors de l’édition 2019 de Griffin Strike qui a bénéficié de la participation de moyens du Danemark, de la Norvège, de l’Allemagne et des États-Unis.

EV2 Aude Bresson

Extrait du Cols Bleus N°3084 - Décembre 2019 - Manche-mer du Nord - Une région stratégique pour la Marine

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