Charles de Gaulle - Deux « POM » à bord

Publié le 9 Septembre 2019 à 09:20

© P-D.COTTAIS / Marine nationale - Jacques Rohaut ⚓ peignant sur la plage avant.

Charles de Gaulle, mardi 16 avril 2019, poste de manœuvre. Dans la chaleur écrasante, deux hommes en tenue de protection de base étirent de la peinture grise à l’aide de longs pinceaux. Contrairement au reste de l’équipage qui s’agite autour d’eux, ils ne s’affairent pas sur les machines, mais sur de petites toiles. La lumière artificielle fait briller leurs galons, sur lesquels on lit en lettres d’or : « Peintre officiel. »

Mer Rouge

Jacques Rohaut  et Alain Jamet  sont des peintres officiels de la Marine, aussi appelés « POM ». Ils ont été invités à venir passer quelques jours sur le bâtiment, en transit entre deux zones de déploiement dans le cadre de la mission Clemenceau. L’occasion pour eux d’emprunter le canal de Suez, inauguré il y a 150 ans, et de découvrir la vie à bord d’un porte-avions. « Il y a peu d’occasions d’aller sur le Charles de Gaulle, compte tenu de ses missions. Aussi, quand on nous a proposé cet embarquement entre mer et désert, j’ai immédiatement sauté sur l’opportunité », raconte Jacques Rohaut . De Port-Saïd à Djibouti, les deux artistes vivent donc à l’heure du bâtiment et sont les témoins privilégiés de la vie du bord.

Carte blanche

Leur statut offre à Alain Jamet  et à Jacques Rohaut  la possibilité de poser leur chevalet où ils le souhaitent et de laisser libre cours à leur imagination. Une marge de manœuvre qu’apprécie particulièrement ce dernier, président de l’association des POM : « Comme les peintres officiels concourent à son rayonnement, la Marine nous ouvre ses portes, sans nous soumettre pour autant à une logique de résultat. Philosophiquement, c’est très important. » Malgré ce blanc-seing, la réalité de la vie embarquée n’est pas sans embûches pour les deux peintres. Alain Jamet  retire son casque antibruit pour en parler : « Il faut prendre en compte le fait qu’il y a toujours de la vie sur un bateau, et c’est encore plus vrai sur le Charles de Gaulle. On ne peut pas rester longtemps au même endroit, sous peine de gêner l’équipage. C’est une source de stress, mais aussi de stimulation, surtout pour moi qui m’intéresse au mouvement. Du coup, nous adaptons notre pratique. Par exemple, j’utilise de la peinture acrylique, parce qu’elle sèche rapidement, je reste sur de petits formats et je prends des photos pour nourrir les créations que je réaliserai en atelier. »

Heures bleues

Plongés dans cet environnement, les deux peintres ne manquent pas de sources d’inspiration. « Ce que j’aime dans la Marine, explique Jacques Rohaut , c’est, bien sûr, la mer, mais aussi son univers industriel. Le hangar du Charles de Gaulle et ses ateliers attenants, qui ressemblent à une véritable usine, m’ont beaucoup intéressé. Et puis, il y a aussi les marins, particulièrement plastiques avec leurs uniformes et leurs poses. Le canal de Suez, c’est passé très vite au final, mais ça, c’est une source d’inspiration inépuisable. » Cet enthousiasme, l’équipage du porte-avions le leur rend bien. Touchés qu’on s’intéresse à leur quotidien, les marins viennent, curieux, regarder par-dessus l’épaule des peintres. Un manœuvrier aide l’un d’eux à fixer son chevalet au moyen de quelques bouts; un autre leur apporte chiffons et diluant. Les questions naissent, le dialogue se noue et les rencontres se font : « La peinture est un métier solitaire, conclut Alain Jamet . Embarquer nous permet ainsi de nous plonger dans le réel, au contact de l’autre. Finalement, c’est cela le rôle d’un POM : être dans l’échange, rappeler aux marins la beauté de leur engagement quotidien, figer des souvenirs… »

EV1 Anne-Marine Gire

 

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