Témoignages - Les vétérans du Commando Kieffer

Publié le 4 Juin 2019 à 11:59

© D.R

À l’occasion des 75 ans du Débarquement, la rédaction de Cols bleus a rencontré les trois derniers vétérans du Commando Kieffer. Ils sont revenus sur la détermination sans faille qui les animait à l’époque et livrent aux jeunes générations leurs témoignages.

 

Léon Gautier

Cols bleus : Qu’est-ce qui fut à l’origine de votre départ pour la France Libre et de votre engagement dans les commandos Marine ?

Léon Gaultier : Dès septembre 1939, je choisis de m’engager dans la Marine, car c’est la seule armée où l’on peut s’engager à 17 ans ! Je suis appelé en février 1940 à embarquer sur le cuirassé Le Courbet, à Brest comme apprenti canonnier. Puis direction Cherbourg où nous assurons la défense antiaérienne avec des canons de 75 mm, mais compte tenu de l’arrivée des Allemands, le cap est mis sur Portsmouth. Je rejoins la France Libre le 13 juillet 1940, mais c’est en janvier 1941 que je rejoins le bataillon de fusiliers marins commandos, direction l’Afrique noire. En décembre 1941, direction la Libye et le Liban. Puis départ en Grande-Bretagne via Cape Town en décembre 1942. En mars 1943, je deviens fusilier marin commando jusqu’à la démobilisation.

 

C.B. : Quels sentiments vous animaient le 6 juin à l’aube ? Qu’en était-il parmi vos camarades marins ; et que dire de votre chef Philippe Kieffer, à cet instant ?

L. G. : Nous n’avions qu’une seule et même idée en tête : rentrer chez nous, en France. Mes camarades et moi-même étions préparés à nous battre pour la liberté. Nous ressentions un sentiment de puissance et de détermination, renforcé par notre chef, Philippe Kieffer. J’étais fier de servir sous ses ordres et de partager ses valeurs humaines et patriotiques.

 

C.B. : Que vous inspire le fait que le nom de Kieffer soit porté aujourd’hui par une unité des commandos Marine ?

L. G. : C’est une manière d’honorer la mémoire de Philippe Kieffer et de ses hommes.

 

C.B. : Quel message voudriez-vous adresser aux marins qui lisent Cols bleus ?

L. G. : Soyez vigilants, préservez la paix et ne laissez pas la place à la haine.

 

Jean Morel

Cols bleus : Qu’est-ce qui fut à l’origine de votre départ pour la France Libre et de votre engagement dans les commandos Marine ?

Jean  Morel : Je suis parti pour combattre les Allemands qui occupaient la France, je voulais libérer mon pays et ma famille. Lorsque je me suis engagé dans les commandos Marine, je naviguais sur La Reine des flots. Un bateau avait coulé en Afrique et La Reine des flots partait là-bas, on m’a mis sur L’Ouragan, à Portsmouth. Kieffer y était et il cherchait des hommes pour créer un corps franc, c’est ainsi que je me suis engagé.

 

C.B. : Quels sentiments vous animaient le 6 juin à l’aube ? Qu’en était-il parmi vos camarades marins ; et que dire de votre chef Philippe Kieffer, à cet instant ?

J. M. : Avant de débarquer de la barge, j’étais très interrogatif sur le déroulement de la journée, mes sentiments étaient partagés entre une volonté de combattre, de gagner notre liberté, et la peur. Nous avions tous les mêmes sentiments. Kieffer était aussi sur la barge 527, mais pas avec nous, au moment du débarquement, j’ai sauté, j’ai couru sur la plage ensuite j’ai vu Kieffer blessé qui m’a dit : « Fais vite ! »

 

C.B. : Que vous inspire le fait que le nom de Kieffer soit porté aujourd’hui par une unité des commandos Marine

J. M. : Je trouve cela honorifique qu’une unité porte le nom d’un homme courageux et méritant, et c’est bien d’honorer sa mémoire.

 

C.B. : Quel message voudriez-vous adresser aux marins qui lisent Cols bleus ?

J. M. : Être aussi courageux que nous l’avons été et se battre pour la liberté de notre pays.

 

Hubert Faure

Cols bleus : Qu’est-ce qui fut à l’origine de votre départ pour la France Libre et de votre engagement dans les commandos Marine ?

Hubert Faure : L’origine de mon départ pour la France libre fut, avant tout, de combattre l’occupant de mon pays. Originaire du Périgord, j’ai été amené à prendre ma part, à mon niveau, à la Résistance à l’envahisseur en Périgord selon les instructions que j’avais reçues des autorités locales. L’occupation de la zone libre par les nazis, le 11 novembre 1942, précipita mon départ pour rejoindre l’Angleterre et la France Libre. D’abord capturé, j’ai ensuite été recherché par la police allemande, à la suite de mon évasion du camp d’Écouvres-Est, près de Toul, en mai 1943. Après un périple de 2 000 km à pieds, par l’Espagne et le Portugal, je rejoignais enfin l’Angleterre, après avoir été interné une deuxième fois au camp espagnol de Miranda. Ma candidature dans les commandos de Marine fut acceptée par la commission en charge du recrutement.

 

C.B. : Quels sentiments vous animaient le 6 juin à l’aube ? Qu’en était-il parmi vos camarades marins ; et que dire de votre chef Philippe Kieffer, à cet instant ?

H. F. : Au matin du 6 juin 1944, j’étais heureux de rejoindre la terre de France, de revoir ma patrie et surtout, enfin, de pouvoir combattre les occupants de mon pays.

Je n’avais aucune appréhension du déluge de feu qui nous attendait lors de ce débarquement. Certains de mes camarades sont morts dans les toutes premières heures des combats. Concernant Philippe Kieffer, j’étais fier d’être dirigé par un homme de cette stature, qui, un jour, m’avait dit que « mourir pour sa patrie est la plus belle chose pour un soldat ».

 

C.B. : Que vous inspire le fait que le nom de Kieffer soit porté aujourd’hui par une unité des commandos Marine

H. F. : Il est tout à fait normal et juste qu’une unité des commandos marine porte le nom du commandant Kieffer, qui fut à l’origine de la création de ces commandos pour la France.

C’est une juste reconnaissance pour celui qui reste dans notre cœur à jamais.

 

C.B. : Quel message voudriez-vous adresser aux marins qui lisent Cols bleus ?

H. F. : À mes jeunes camarades des commandos Marine, je voudrais dire de ne jamais se décourager, malgré une formation très éprouvante au début, et de porter haut les armes de cette troupe d’élite.

 

Madame Dominique Kieffer

Fille de Philippe Kieffer, Dominique Kieffer perpétue avec fierté la mémoire de son père décédé en 1962. Elle répond aux questions de Cols bleus.

Cols bleus : Quelle image et quel souvenir conservez-vous de votre père ?

Dominique Kieffer : J’avais 13 ans lorsque mon père est décédé, et comme toute fille de cet âge il était à la fois mon héros et le chef de famille à qui il n’était pas question de désobéir ! Exigeant pour les études, mais plein d’humour. Intransigeant sur la politesse et la droiture. Il ne faut pas oublier qu’il était né en 1899 et qu’il avait été éduqué par les Jésuites. Les hommes de cette génération n’étaient pas proches de leurs enfants comme peuvent l’être ceux d’aujourd’hui ; malgré cela, mon père était très aimant, mais pudique dans ses sentiments.

 

C.B. : Quel exemple a-t-il laissé aux jeunes générations ?

D. K. : Beaucoup de jeunes, aujourd’hui, me parlent de lui avec une grande admiration. C’est un jeune universitaire qui a écrit sa biographie et des jeunes de ma ville viennent de créer une association portant son nom. Une préparation militaire Marine (PMM) et une unité commando portent actuellement son nom. Dans leurs propos, je retrouve souvent des qualificatifs tels que l’amour de la France, le sens de la liberté, la droiture et l’honnêteté, le respect des autres et le sens de la solidarité.

 

Extrait du Cols Bleus N°3079- Juin 2019 - 6 Juin 1944 - Les marins du Débarquement

 

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