Analyste en guerre acoustique - L’Oreille d’or des bâtiments de la Marine

Publié le 15 Avril 2019 à 16:16

© L. PICARD/MN

Certains métiers permettent à ceux qui les exercent de développer de manière exceptionnelle l’un de leurs cinq sens. Ainsi, les « nez » sont des experts olfactifs capables de reconnaître et d’assembler odeurs, parfums, et fragrances. Dans la Marine nationale, c’est le développement de l’ouïe qui est poussé à son paroxysme dans le métier d’analyste en guerre acoustique. Ce dernier est formé pour être capable d’identifier tous les bruits émanant des profondeurs de l’océan, de ceux des hélices d’un sous-marin ou d’un bâtiment de surface à ceux émis par des cachalots ou même des crevettes. Quel est le rôle de ces analystes à bord des unités ? Comment sont-ils formés ? Qui peut exercer cette fonction ? Découvrez le métier si particulier de ceux que l’on surnomme les « Oreilles d’or ».

 

 

 

MISSIONS ET AFFECTATIONS   

Les analystes interviennent sur sous-marin nucléaire d’attaque (SNA), sur sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE), mais également à bord des frégates dotées d’équipements d’écoute à très basse fréquence (ETBF) comme les frégate multi-missions (FREMM). 

Ils intègrent à deux les équipages de sous-marins pour les patrouilles et embarquent seuls lors d’une mission sur FREMM. Le rythme de travail d’un analyste diffère selon l’activité opérationnelle de son unité : il travaille par bordée(1) ou est d’astreinte prêt à être rappelé au central opérations à tout moment. 

À bord, l’Oreille d’or est intégré aux équipes de combat : au central opérations(2), muni de son casque, les yeux rivés sur le sonar, il est à l’écoute de l’environnement de son bâtiment. Un sonar est soit actif – il émet une onde sonore et en recueille l'écho – soit passif, quand il ne fait que recevoir les bruits environnants. Avec un sonar passif, l’Oreille d’or identifie et répertorie les émissions sonars ou les bruits émis par les bâtiments présents autour de lui. À son poste, il mène alors une véritable guerre acoustique : il doit trouver le signal sonore interressant et ses caractéristiques au milieu de nombreux autres bruits. Une fois un bâtiment détecté et classifié, l’analyste enregistre sa signature acoustique(3)

Les analystes en guerre acoustique ont également un rôle de conseiller auprès du commandant en matière de classification et de discrétion acoustique. Ils peuvent être amenés à entraîner les équipes d’écouteurs et de classificateurs des bâtiments sur lesquelles ils sont déployés. 

Après chaque mission, qui peut durer de quelques jours à plusieurs mois, les Oreilles d’or reviennent au Centre d'interprétation et de reconnaissance accoustique (CIRA) dans la base navale de Toulon. À terre, ils effectuent le traitement approfondi, en temps différé, des détections obtenues par les unités à la mer. Les plus expérimentés peuvent être affectés au groupement de formation pour transmettre leur savoir aux plus jeunes ou à la cellule d’expertise participant à la définition et au développement des futurs systèmes de classification.

 

UN PARCOURS QUALIFIANT DÉDIÉ   

Les marins qui exercent le métier d’Oreille d’or n’ont pas forcément une ouïe supérieure à la moyenne avant d’entamer leur formation. Ils deviennent des experts en reconnaissance acoustique à force d’entraînement, en améliorant leur perception des bruits et leur mémoire auditive. Ils sont recrutés principalement parmi les marins ayant obtenu le brevet d’aptitude technique (BAT) avec une spécialité de détecteurs anti- sous-marins (DeASM). Néanmoins le recrutement interne est ouvert à toutes les spécialités.

 

(1) Modalité selon laquelle une moitié de l'équipage alterne avec l'autre, soit pour les activités de travail, soit pour le repos.

(2) Les opérations (mise en œuvre des appareils de détection et des systèmes d'armes, élaboration de la situation tactique, conduite tactique du bâtiment) sont assurées depuis un central opérations (CO).

(3) La signature acoustique est l’empreinte visuelle que les bruits émanant d’un bâtiment impriment sur l’écran du sonar. 

 

 

TÉMOIGNAGE MP Martial, adjoint au chef de division analyse (CIRA)

« En entrant à Maistrance, j’ai choisi la spécialité DeASM sans me destiner particulièrement à devenir « Oreille d’or  ». Ce n’est qu’après 4 années d’affectation et d’observation des spécialistes à bord de SNA que le métier d’analyste acoustique s’est imposé à moi comme une évidence. Au cours CLASSBRUIT, j’ai en effet appris un métier fascinant alliant découverte perpétuelle, analyse et expertise. Cet enthousiasme a été confirmé au cours de mes missions : c’est toujours une satisfaction d’établir une classification juste, surtout lorsque nous disposons de peu d’éléments. Je me souviens être parvenu un jour à identifier un nouveau type de bâtiment militaire dont le bruit n’avait alors été rapporté que par bouée acoustique ! Mes embarquements me permettent de participer à des missions extrêmement variées et de mettre mes expériences en perspective puisque je pars aussi bien sur frégates que sur SNA ou SNLE. À terre, je prends aussi part à divers travaux : les forces nous envoient des enregistrements à analyser ; nous participons également à l’expertise de nouveaux senseurs, comme le prochain sonar UBF(1). Récemment mon expertise a été utile comme conseiller dans Le Chant du loup, dont le personnage central est justement « Oreille d’or ». En tant que conseiller technique, j’ai apporté mon aide à l’ingénieur du son et à l’acteur afin que le son comme l’attitude de l’analyste soit au plus proche de la réalité. »

 

EV1 Pauline Dailcroix

 

Extrait du Cols Bleus N°3076 - MARS 2019 : Le Chant du loup - La réalité au service de la fiction

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