Nécessaire interopérabilité - La préparation opérationnelle

Publié le 9 Mai 2018 à 11:58

© MATHIEU MULLER/MN - L’exercice Griffin Strike 2016 a été mené par les forces britanniques et françaises dans le cadre de la constitution d’une force expéditionnaire interarmées binationale (CJEF, Combined Joint Expeditionary Force).

Les opérations de la mer vers la terre sont exigeantes. Organisés régulièrement, à différents niveaux, interarmées et souvent interalliés, les entraînements opérationnels visent à maintenir l’excellence française dans ce domaine. Ils s’accompagnent d’un important volet formation. 

 

La CJEF et Griffin Strike 

période : du 10 au 23 avril 2016

lieu : Royaume-Uni

Initiée par les accords de Lancaster House en 2010, la force expéditionnaire interarmées franco-britannique (CJEF, Combined Joint Expeditionary Force) vise à consolider l’interopérabilité des forces des deux pays et constitue un atout en termes d’efficacité opérationnelle. 

Organisé par la France et la Grande-Bretagne, Griffin Strike s’est déroulé du 14 au 22 avril 2016 au Royaume-Uni. Cet entraînement opérationnel d’envergure couvrant l’ensemble des niveaux (stratégique, opératif et tactique) a permis d’aboutir à la validation de la totalité des composantes de la CJEF : terrestre, maritime et aérienne. La Marine nationale avait déployé cinq navires : le BPC Dixmude qui accueillait le MCC (l’état-major constituant le Maritime Component Command), la frégate antiaérienne (FAA) Cassard, la frégate anti-sous-marine (FASM) La Motte-Picquet, le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Perle, le bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Var, ainsi que trois avions de patrouille maritime Atlantique 2. Plus de 2 000 Français des trois armées y ont participé.

 

Guam (ARC17)

période : du 15 au 18 mai 2017

lieu : Guam (États-unis)

L’exercice amphibie ARC17, qui s’est déroulé au large de l’île de Guam (États-Unis) du 15 au 18 mai 2017, a permis une coopération quadripartite entre la France, les États-Unis, le Japon et la Grande-Bretagne. Le groupe Jeanne d’Arc, composé du BPC Mistral et de la FLF Courbet, intégrant deux hélicoptères Merlin (Grande-Bretagne) et un détachement britannique de 65 militaires, a été engagé dans l’exercice. Au total, 80 US Marines et 40 soldats de l’armée de Terre japonaise, ainsi qu’une demi-section du régiment d’infanterie de marine du Pacifique-Polynésie (RIMaP-P) y ont également participé.

Wakri 

période : du 19 au 22 mars 2018

lieu : Djibouti

Du 19 au 22 mars 2018, le groupe Jeanne d’Arc a participé à un exercice amphibie majeur baptisé Wakri 18 réunissant des militaires de l’armée de Terre, de la Marine et de l’US Marine Corps (USMC). Les forces françaises stationnées à Djibouti (FFDj) ont participé à cet entraînement dont le volet maritime, le Command Amphibious Task Group, était assuré depuis le BPC Dixmude. Près de 900 militaires ont embarqué à bord du BPC, dont 350 qui ont été projetés vers la terre. Parmi eux, plus de 300 militaires français, issus 3e régiment d’infanterie marine (3e RIMa) et du 5e régiment interarmes d’outre-mer (5e RIAOM), et plus d’une trentaine de soldats de l’USMC. Une Alouette III, un drone Schiebel, quatre hélicoptères Gazelle et deux Puma de l’aviation légère de l’armée de Terre (ALAT) ont également embarqué à bord. L’objectif de cet entraînement opérationnel était triple : maintenir le savoir-faire amphibie interarmées, conforter la capacité opérationnelle de projection des FFDj et entretenir le haut niveau d’interopérabilité entre la Marine nationale et ses alliés. 

 

Le SQOA : une formation indispensable 

Pour mener à bien une opération amphibie, tous les participants doivent passer par la case formation. Le stage de qualification aux opérations amphibies (SQOA) est un point de passage incontournable. Il se décline en trois niveaux : 

Le SQOA 1 (niveau de qualification élémentaire) permet d’initier au déroulement général d’une opération amphibie (en plus de l’aspect interarmées) et aux différentes fonctions opérationnelles (santé, renseignement, SIC). Ce stage se déroule sur 4 jours au sein de la base navale de Toulon et est organisé à tour de rôle par l’état-major de la 9e brigade d’infanterie marine (BIMa), de la 6e brigade légère blindée (BLB) ou du commandement français de la Force de réaction rapide (COMFRMARFOR).

Le SQOA 2 (niveau de qualification spécialiste) sert à acquérir la méthodologie de la planification et de la conduite d’une opération amphibie, au sein d’un état-major de commandement. Ce stage dure 5 jours au sein de la base navale de Toulon et est organisé à tour de rôle par l’état-major de la 6e BLB, de la 9e BIMa ou du COMFRMARFOR. Deux conditions : être titulaire du diplôme d’état-major (DEM), ou diplôme équivalent, et du SQOA 1. 

Le SQOA 3 (niveau de qualification expert) est destiné à l’élite de l’amphibie, à savoir des officiers occupant des postes à haute responsabilité (détenteurs du SQOA 2 et d’un bon niveau en anglais). L’objectif de ce stage à vocation théorique, qui se déroule en 1 module de 5 jours, est de maîtriser parfaitement la conception, la conduite, mais aussi la doctrine des opérations amphibies. Des groupes de réflexion sont également constitués pour chercher à améliorer le domaine amphibie.

Plusieurs sessions de chaque type de stage sont organisées chaque année, aboutissant à l’obtention d’un brevet.

 

 

Interview

LCL Thierry, cellule Amphibie – formation, FRMARFOR  

Mon Colonel, quel est l’objectif de la formation dispensée au SQOA ? 

Les formations dispensées lors des différents stages de qualification aux opérations amphibies permettent aux stagiaires d’appréhender précisément la dimension interarmées des opérations amphibies et la spécificité liée au changement de milieu, de la mer à la terre. Les SQOA contribuent à une meilleure connaissance entre armées mais donnent aussi à chacun les clés de lecture et de compréhension des impératifs et invariants liés à la conduite des opérations tant en mer qu’à terre. Ainsi un marin apprend à parler à un terrien et inversement. Le référentiel pédagogique de chaque formation est unique et s’applique à tous les stagiaires quelle que soit l’armée d’appartenance.

 

Témoignages

Lt-Col Frédéric, chargé de la planification des opérations amphibies, 9e BIMa.

«  Ce que mon expérience m’assure, c’est que la projection de force amphibie est tout sauf un simple exercice de transport maritime. Elle repose sur un entraînement régulier des unités de l’armée de Terre (9e BIMa, 6e BLB et 4e BAC) avec l’état-major de FRMARFOR/N0A et démontre que l’amphibie français est performant, mais surtout reconnu par nos alliés. »

 

LV Kai-Peter (officier d’échange allemand), adjoint au chef de service « Pont » - BPC Dixmude

«  Le fait de pouvoir s’entraîner avec l’armée de Terre française et d’autres nations dans le domaine de l’amphibie, ainsi que de mener des exercices conjoints de grande ampleur, est un avantage certain. »

 

SM Tiaehau, manœuvrier - BPC Dixmude

«  Dans le cadre d’une opération amphibie, je prends les fonctions de « chef de boulevard  ». Je suis en charge d’un des deux accès qui longent le radier au sein d’un BPC. Mon rôle est essentiellement d’assurer la sécurité pendant les manœuvres de déradiage  et  d’enradiage, autrement dit les sorties et les entrées des engins de débarquement (CTM et EDAR) à l’extérieur et à l’intérieur du BPC.  »

 

SM Chloé, secteur SIC, bureau INFOR – BPC Dixmude

«  Participer à une mission depuis un BPC permet de découvrir le monde de l’amphibie. Nous embarquons des centaines de personnes, Il faut donc être capable de répondre aux différents besoins informatiques de chacun.  »

 

À RETENIR

• Organisés régulièrement, à différents niveaux, interarmées et souvent interalliés, les entraînements opérationnels visent à maintenir l’excellence française dans le domaine amphibie.

• Les stages de qualification aux opérations amphibies (SQOA) sont un point de passage incontournable pour tout marin qui souhaite s’engager dans cette voie.

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