Hommage - Jules Rouch, père du domaine « Métoc » dans les armées

Publié le 27 Avril 2018 à 08:49

© SHD/MV2 COLL 1- 12054 - Le destroyer Victor-Hugo sur lequel l’EV Rouch a servi en Méditerranée à partir de 1906.

Jules Rouch, l’homme qui a écrit Les applications de la météorologie pendant la guerre, Préparation météorologique des voyages aériens ou encore Les régions polaires, est toujours au cœur de l’actualité du domaine Métoc (Météo-océano), alors qu’il a publié ces ouvrages et articles il y a plus de 100 ans.

Précurseur, visionnaire, il l’est sans conteste. On peut même le qualifier de « père de tous les Métoc ». Cet homme, c’est le capitaine de vaisseau Jules Rouch.

En 1920, dans Les applications de la météorologie pendant la guerre, il exprime le postulat de naissance des Métoc : « Le premier souci du commandement dans la conduite des opérations militaires et maritimes est de connaître le temps qu’il peut faire, autrement dit, le climat de la région où l’on doit rencontrer l’ennemi, pour avoir la supériorité dans l’organisation matérielle et le rendement des canons. »

Jules Rouch, également connu sous le nom de plume de Clément Alzonne, officier de marine, explorateur, météorologue, océanographe et auteur français, spécialiste des terres polaires, est né à Marseille le 24 mai 1884. 

 

Avec Charcot à bord du pourquoi pas ? 

À 17 ans, il intègre l’École navale puis, promu aspirant de 1re classe en octobre 1904, il embarque sur les croiseurs Infernet et D’Entrecasteaux à la division de l’océan Indien.

Enseigne de vaisseau en octobre 1906, il sert l’escadre de la Méditerranée sur le Victor-Hugo puis est mis à la disposition, en octobre 1907, du commandant Jean-Baptiste Charcot (1867-1936) en vue d’une mission scientifique au pôle Sud. 

Il voyage ainsi en Antarctique de 1908 à 1910 avec Charcot à bord du Pourquoi pas ?, sur lequel il est chargé de la météorologie, de l’océanographie et de l’étude de l’électricité atmosphérique.

Au retour de l’expédition, Jules Rouch fait la connaissance de Luce Gain, la sœur du naturaliste Louis Gain. Il l’épouse en 1913. Ils ont deux enfants, dont le réalisateur et ethnologue Jean Rouch (1917-2004).

 

Naissance du domaine « Métoc » 

Avant 1916, il existait, au sein des armées, des organisations météorologiques diverses, nées sous la pression des circonstances ou de besoins particuliers, mais leur fusion en un service météorologique n’avait pas encore été réalisée. 

C’est l’époque de la préparation de la bataille de la Somme, l’une des plus importantes de la grande guerre. Le général Foch, commandant le groupe des armées du Nord, souhaite mettre de son côté tous les avantages. Il demande qu’un officier soit chargé de fournir à son état-major des renseignements sur le temps et d’organiser dans la zone de bataille un service météorologique unifié au service de toutes les unités. 

C’est dans la Somme, en 1916, que voit le jour la doctrine Métoc encore en vigueur aujourd’hui et reprise dans l’OTAN : « One theater, one forecast » (un théâtre, une prévision).  

C’est aussi dans la Somme, le 6 novembre 1916, qu’un général de l’armée de Terre nomme un officier de marine à la tête du Service météorologique aux armées, rattaché au Service aéronautique, qui lui-même servira de socle à la création de l’armée de l’Air en 1930. Le soutien Métoc interarmées est né. 

L’aspect interarmées du soutien Métoc est inscrit dans ses gènes, mais il faut attendre 2009 pour voir la création effective du Centre interarmées de soutien météo-océanographique des forces (CISMF), à Toulouse, au sein de la Météopole, qui abrite également les services opérationnels de Météo-France et l’École nationale de la météorologie où sont formés les spécialistes Métoc.

                                        

Un parcours scientifique et opérationnel

En 1916, Jules Rouch est envoyé en mission à la 6e armée pour y organiser le Service météorologique dont il est nommé chef en novembre 1916. Il est ensuite nommé chef du Service de la météorologie nautique en 1918. Il devient professeur de météorologie à l’École d’aérostation de Rochefort de 1919 à 1922, ainsi que professeur de météorologie, de navigation et d’hydrographie à l’École navale (1920).

Commandant la marine au Maroc (avril 1930-1932), il est envoyé en 1932 comme attaché naval à Ankara (Turquie) avec autorité sur la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie et la Yougoslavie. Capitaine de vaisseau en septembre 1933, membre de la Commission internationale de la météorologie maritime, il prend sa retraite en novembre 1937.

Parce qu’il est marin, Jules Rouch sait qu’on ne peut pas dissocier l’océanographie dynamique de la météorologie. C’est ainsi que très naturellement, après son Manuel pratique de météorologie en 1920, il écrit un Manuel pratique d’océanographie en 1922, Pour comprendre la mer en 1923, puis un Traité d’océanographie physique en 1942.

Professeur à l’Institut océanographique de Paris (1937-1945), président de la prestigieuse Académie de Marine (1944-1945), il devient ensuite directeur du Musée océanographique à Monaco d’avril 1945 à 1957, où il s’éteindra en 1973, à l’âge de 89 ans.

Au cours de son incroyable vie, de l’Antarctique au Bosphore, de la Somme aux outre-mer, Jules Rouch a écrit des dizaines d’ouvrages scientifiques de référence et des dizaines de récit de voyages. 

Sa curiosité, sa rigueur scientifique, son infatigable soif de connaissances font du capitaine de vaisseau Jules Rouch un véritable modèle pour tous les Métoc qui suivront modestement sa voie.

 

LV pierrick gaultier, chef de la section formation au centre interarmées de soutien météo-océanographique des forces

 

Sources : Historique du service météorologique aux armées, mai 1915 – avril 1918, CA Jehenne, 1919. Les applications de la météorologie pendant la guerre, LV Jules Rouch, 1920.

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