Commandos marine - Des marins d’exception

Publié le 19 Décembre 2017 à 17:02

© S. CHENAL/MN - Un premier maître du commando Ponchardier, le 7e et le plus récent des commandos marine, créé en septembre 2015. Héritier d’un groupement autonome créé en Indochine en 1945 sur le modèle des SAS britanniques

Sortis du ventre de la nuit, ils sont porteurs des foudres de Neptune. » C’est un de leurs adages préférés, une phrase fétiche qui résume bien leurs modes d’action. Les 7 unités de commandos marine regroupent environ 650 hommes. Chaque commando porte le nom d’un grand « ancien » : Trépel, de Montfort, de Penfentenyo, Hubert, Jaubert, Kieffer et Ponchardier.

Créées lors de la Seconde Guerre mondiale puis lors du conflit en Indochine et plus récemment, ces unités n’ont cessé de s’illustrer sur de multiples théâtres d’opérations. En 2017, ils restent à la pointe des combats menés par la France partout dans le monde : sur et sous la mer, bien sûr, mais aussi sur terre.

 

Comment devient-on commando marine ?

Chaque année, des centaines de candidats tentent d’intégrer ces unités d’élite. À l’issue d’une sélection rigoureuse en plusieurs étapes, seul un petit nombre de postulants a le privilège de se voir remettre le fameux béret vert serti du bagde commando marine. Symbole de vaillance et d’excellence, il est porté « couché à droite », le badge à gauche « à l’anglo-saxonne », un souvenir de la constitution de ces commandos français en Écosse en 1942. Cette façon de porter le béret est une originalité au sein des armées françaises.

Pour rejoindre les commandos marine, il est nécessaire, bien sûr, d’être volontaire. Après une préparation et une présélection, il est surtout indispensable de réussir le Stac ou stage commando. Quelque 170 postulants le tentent chaque année, mais seulement une trentaine le réussit. 

Le stage est ouvert à toutes les spécialités de la Marine, même si beaucoup de candidats sont issus des fusiliers marins. On y accède soit après l’École de maistrance, en tant qu’officier marinier, soit en tant que quartier-maître ou matelot, après une formation initiale élémentaire (FIE). Les femmes peuvent candidater au Stac mais jusqu’ici, aucune ne l’a réussi. Cela n’empêche pas les unités de commandos marine de compter des femmes dans leurs rangs. Elles occupent certains postes (comptable-logisticien, armurier) mais elles ne sont pas brevetées commando. Avec la création récente des deux nouveaux commandos (Kieffer en 2008 et Ponchardier en 2015), le recrutement de spécialistes s’est élargi. Le commando Kieffer (72 marins) intègre ainsi jusqu’à une quinzaine de « non-commandos » par an : pilote d’aviation navale (PILAE), contrôleur des opérations aériennes (COA), spécialiste des systèmes d’information et des télécommunications (SITEL)…

 

Le Stac : évaluation et formation

  Le stage commando se déroule à Lorient, au sein du département commandos de l’École des fusiliers marins. Les épreuves visent à évaluer les aptitudes physiques et psychologiques des candidats. Elles constituent la première étape de la formation qui permettra aux futurs commandos de réussir leurs missions.

Le Stac débute par une période d’évaluation de 4 semaines pendant laquelle les candidats sont soumis à des efforts physiques et à une pression psychologique intenses. Pour ceux qui sont retenus commence ensuite une période de formation élémentaire de 8 semaines. Les épreuves sont multiples : exercices physiques, parcours, tir, maniement d’explosifs, combat au corps à corps, exercices de franchissement, technique de descente en rappel, nage, apnée, navigation, topographie. À l’issue du stage, 2 semaines sont consacrées à l’obtention du brevet de parachutisme.

Au bout de 12 semaines (soit 3 mois), les candidats qui réussissent l’ensemble des épreuves obtiennent leur brevet élémentaire commando, avec remise du béret vert. Ils deviennent alors opérateur commando et rejoignent l’une des 6 unités lorientaises, d’un effectif d’environ 90 marins chacune. Jaubert et Trépel accueillent des spécialistes en contre-terrorisme et libération d’otages (CTLO) ; de Penfentenyo et de Montfort disposent d’équipes spéciales de neutralisation et d’observation (ESNO). Le commando Kieffer utilise des technologies de pointe (informatique, drones), s’entraîne à la maîtrise des risques NRBC (nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques) et intègre des maîtres-chiens. Ponchardier a pour vocation l’appui aux opérations spéciales. Basé à Toulon, le commando Hubert est expert en action sous-marine et en CTLO. Il recrute uniquement parmi les commandos déjà brevetés et n’accueille que les titulaires du certificat de nageur de combat, délivré à l’issue d’une formation très sélective de 9 mois à l’école de plongée située à Saint-Mandrier. Moins de 5 commandos la réussissent chaque année.

 

Les cycles d’engagements opérationnels  

Une fois le certificat commando obtenu, une autre règle s’applique : celle du perfectionnement permanent. Le STAC n’est que le début de la formation qui dure tout au long de la carrière. Le jeune commando doit avoir comme objectifs d’acquérir des aptitudes nouvelles tout en améliorant sans cesse ses performances et ses connaissances. Il peut ainsi choisir de se spécialiser en intégrant les groupes de CTLO, les ESNO (tireur d’élite) ou passer les sélections pour devenir nageur de combat en intégrant le commando Hubert. Au-delà des spécialisations, les commandos sont encouragés à se qualifier dans différents domaines qui leur permettent d’élargir le panel de leurs compétences (chuteur opérationnel, palmeur). Durant leur carrière opérationnelle, qui peut durer jusqu’à 20 ans, les commandos marine remettent leur béret en jeu à échéance régulière à chaque niveau de formation : chef d’équipe (équivalent du brevet d’aptitude technique ou BAT), chef de groupe (équivalent du brevet supérieur ou BS) et chef de mission (équivalent du brevet de maîtrise ou BM).

Chaque unité commando fonctionne selon un cycle opérationnel bien précis : tous les 2 ans, l’ensemble du groupe effectue un maintien en condition opérationnelle (MECO) qui dure 10 semaines. Dans un premier temps, elle consiste en un travail individuel puis, elle s’étend au collectif. À la suite de ce MECO, le commando est apte à être déployé en mission.

 

Difficulté des missions  

 Cette exigence permanente est à la hauteur de la difficulté et de la diversité des missions aéromaritimes menées. Elles vont des opérations spéciales (assaut à la mer, appui et destruction à distance, reconnaissance, action sous-marine, opérations amphibies, guidage et appui feu, renfort des équipes de visite) en passant par les actions de l’État en mer (lutte contre le terrorisme maritime, la piraterie ou les trafics illicites).

Capables de combiner furtivité, fulgurance, capacités d’offensives, reconnaissance, renseignement, appui et mobilité, les commandos marine interviennent aussi au profit du commandement des opérations spéciales (COS) dans le cadre d’opérations aéroterrestres. Ce fut le cas ces dernières années notamment au Kosovo, au Tchad, au Liban, en Afghanistan, au Cameroun et plus largement dans l’océan Indien, en Afrique et au Moyen-Orient. Cette exceptionnelle capacité d’adaptation est inscrite dans l’histoire même de ces commandos, nés outre-Manche, héritiers des seuls soldats français présents lors du Débarquement de juin 1944 (voir Cols Bleus n°3029, mai 2014), et qui depuis n’ont cessé de s’illustrer – discrètement – sous toutes les latitudes.  

 

 

Témoignages

SM Antoine, manœuvrier, pilote d’embarcation rapide commando (ERC) (commando Ponchardier)

 « Dès ma sortie de l’École des mousses en 2010 et durant ma première affectation sur patrouilleur de haute mer, j’ai su que je voulais intégrer les commandos d’appui aux opérations spéciales pour travailler en milieu commando tout en restant dans le secteur nautique. J’ai donc passé mon BAT manœuvrier, puis j’ai choisi la spécialité de patron pousseur dans cette optique. J’ai pu intégrer l’escouade mer du commando Ponchardier en 2016. Quand on arrive, on apprend tout de suite à piloter les embarcations commando de type embarcation de transport rapide commando (Etraco) puis embarcation commando à usage multiple embarcable (Ecume), on est au cœur du dispositif permettant les actions commando de la mer vers la terre. C’est un vrai plaisir de pouvoir travailler sur de tels engins, qui sont complexes et puissants, et sur ce type de missions. J’ai déjà été déployé en opération extérieure ! J’adore ce que je fais, j’apprends et je progresse continuellement. On donne le meilleur de nous-même pour se dépasser chaque jour. C’est très gratifiant et en même temps, ça apporte beaucoup d’humilité. »

 

SM Damien, opérateur drone (commando Kieffer)

 « Je me suis engagé dans la Marine en 2006 en intégrant l’École de maistrance, puis j’ai suivi mon BAT fusilier à l’Ecofus. C’est à l’issue d’une affectation de 2 ans que j’ai passé le stage commando qui m’a permis de rejoindre le commando Jaubert en 2010. J’aime l’idée de ne pas faire la même chose tous les jours, de toujours chercher à m’améliorer et de faire un travail peu commun. Après une affectation de presque 6 ans au commando Jaubert, j’ai éprouvé le besoin de voir d’autres choses, de me renouveler. C’est l’évolution technologique des conflits qui m’a conduit à choisir le commando Kieffer où j’ai intégré la cellule drone. Les déploiements y sont réguliers et le drone offre de nouvelles perspectives tactiques. Après avoir été formé, nous effectuons régulièrement des vols d’entraînement. Le but est de confronter les opérateurs drones aux différentes missions qui pourront leur être demandées et d’avoir une parfaite connaissance de leur système. Pour augmenter la synergie entre le groupe commando et le détachement drone, chaque marin est inséré dans les RECO des commandos avant un déploiement opérationnel. Ce sont des missions aussi bien terrestres que maritimes. Les drones sont actuellement présents sur de nombreux théâtres et ils permettent d’accomplir différentes missions tels que la surveillance, la reconnaissance d’objectifs, l’appui des troupes au sol en amont, pendant ou après l’opération. »

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