Focus sur la filière EOPAN – Témoignages

Publié le 18 Octobre 2017 à 18:05

© Marine nationale

La Marine sélectionne chaque année une quarantaine de pilotes, répartis ensuite dans les trois composantes de la Force d’aéronautique navale (chasse, patrouille maritime ou hélicoptère). C’est l’opportunité pour les passionnés d’aéronautique de s’engager dans une filière hors du commun, mêlant les environnements aériens et maritimes, dans un contexte opérationnel.

 

Propos recueillis par le LV Clémence Festal 

 

Ouvert à tous les jeunes âgés de 17 à 25 ans, le cursus EOPAN (élève officier pilote de l’aéronautique navale) est accessible à tout jeune motivé au projet professionnel mature et réfléchi. Cols Bleus a rencontré le capitaine de frégate Damien Dubois, commandant l’École d’initiation au pilotage et l’escadrille 50S (EIP/50S) afin qu’il nous détaille, loin des idées reçues d’élitisme que cette sélection véhicule habituellement, les prérequis, les cursus de sélection et de formation de cette filière.

 

Cols Bleus : En tant que commandant de l’EIP/50S, vous dirigez la commission de pré-sélection des candidats pilotes dans l’aéronautique navale, quels sont les profils que vous
recherchez ? 

CF Damien Dubois : La commission de pré-sélection clôt la première semaine de tests passés par les candidats, à l’EIP/50S, sur la base d’aéronautique navale de Lanvéoc-Poulmic (Finistère). Avant chaque entretien, j’étudie les résultats des différentes épreuves, l’avis du psychologue et les bulletins scolaires du candidat afin de déterminer son profil. Le but de ce bilan est de vérifier que le postulant dispose bien du niveau académique nécessaire et fait preuve de suffisamment de maturité pour entamer la sélection. La filière suivie au lycée n’est pas déterminante, mais le candidat devra avoir un bon niveau d’anglais pour réussir à intégrer une promotion (750 / 800 au Test Of English for International Communication - TOEIC).

Durant les 45 minutes de l’entretien, nous étudions les réactions du candidat aux questions posées. Différents sujets sont abordés : certains éléments de son dossier, sa connaissance des armées, des moyens de l’aéronautique navale et de nos missions. J’attends avant tout de l’honnêteté et de l’assurance. Je commence ainsi à percevoir comment il gère son stress.

Lors de cette phase, nous ne vérifions pas l’aptitude médicale du candidat, elle le sera au Centre d’expertise médicale du personnel navigant (CEMPN) de Toulon si le candidat est admis à suivre la deuxième phase de la présélection. Nous nous assurons tout de même que le candidat mesure la taille minimum requise (1  m  60), qu’il est en bonne forme physique et qu’il n’a pas subi d’opération des yeux.

Enfin, j’insiste sur le fait que tous les baccalauréats sont acceptés et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une expérience aéronautique préalable. La Marine recherche des candidats capables de se remettre en question et possédant une grande capacité d’assimilation. En phase de sélection en vol, certains élèves disposant de plusieurs centaines d’heures de vol, ont été écartés car ils n’utilisaient pas à bon escient leurs connaissances aéronautiques en vol.

 

C. B. : Pouvez-vous nous décrire les principales étapes de la sélection et de la formation ?

CF D. D. : Les recrutements se font tout au long de l’année, pour in fine incorporer 3 promotions de 15 candidats par an. Il faut dissocier la phase de pré-sélection et celle de sélection.

La pré-sélection (4 à 6  mois) consiste à s’assurer des capacités intellectuelles, du niveau d’anglais et de la motivation du candidat. Elle commence dès lors qu’il se rend au CIRFA pour se renseigner. Après un entretien de motivation et si le profil du candidat correspond, il sera autorisé à déposer un dossier de candidature EOPAN. Il sera ensuite convoqué pour une série de tests à l’EIP/50S à Lanvéoc-

Poulmic : test psychotechnique, tests d’anglais écrit et oral, entretien avec un psychologue, visite médicale, test sportif. Si les résultats sont concluants, il poursuivra la pré-sélection à Toulon pour une série de tests médicaux et psychologiques avancés, ainsi qu’un passage en simulateur de vol. 

Dès lors que le candidat aura été présélectionné, il sera appelé à suivre la phase de sélection, qui consiste à s’assurer de ses capacités d’assimilation et de restitution de l’enseignement aéronautique (théorique et pratique) à Lanvéoc-Poulmic. Après une formation initiale d’officier à l’École navale, le candidat devra réussir 16  vols (pilotage de base et perfectionnement voltige). S’ils sont concluants, une série complémentaire de vols d’orientation permettra de déterminer la composante la plus adaptée au candidat (chasse, patrouille maritime ou hélicoptère). L’important dans cette phase est d’avoir une progression continue. Après 8  mois, les candidats qui auront satisfait à l’ensemble de ces épreuves recevront leur « demi-aile » avant leur départ en école de formation. La formation est alors différente selon la composante dans laquelle le pilote a été orienté. Elle peut amener les élèves aux États-Unis (chasse et Hawkeye) ou aux quatre coins de la France pour les autres (PATMAR et hélicoptères). Avant d’être brevetés pilotes, les élèves devront en moyenne suivre 2  ans et demi de formation. En cas d’échec dans l’une de ces phases (pré-sélection, sélection, formation), les candidats peuvent être réorientés dans une autre spécialité de la Marine comme par exemple la spécialité personnel-navigant tactique qui permet d’embarquer à bord des appareils de l’aéronautique navale.

C. B. : Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite intégrer cette filière ?

CF D. D. : Il ne faut pas craindre cette sélection. Au contraire, il faut la voir comme une chance donnée par la Marine à ceux qui veulent devenir pilote. En moins d’un an, les jeunes savent s’ils possèdent les aptitudes pour ce métier et ceux qui réussissent la sélection ont plus de 90 % de chance de réussir à obtenir leur brevet de pilote. Venez rencontrer les marins du ciel qui participent aux différents meetings organisés en régions. Renseignez-vous sur les différentes épreuves de sélection et préparez-vous sérieusement. Pour l’anglais, partez dans un pays anglophone, vous gagnerez en autonomie et améliorerez votre niveau d’anglais. Enfin, volez si cela vous fait plaisir car avant tout, le métier de pilote est un métier de passion. Si vous en avez la possibilité, faites-vous « lâcher » (apprentissage du pilotage jusqu’au premier vol en autonomie) dans un aéroclub pour vous assurer que vous aimez être aux commandes d’un aéronef. Bon à savoir, un candidat peut se présenter jusqu’à trois fois à la sélection. Cela peut lui laisser le temps de mûrir son projet ou de partir à l’étranger pour parfaire son anglais. Pour conclure, ne vous mettez pas de barrières inutiles, quels que soient vos diplômes, que vous ayez ou non une expérience aéronautique, votre profil peut correspondre à ce que nous recherchons. 

Tous les baccalauréats sont acceptés et une expérience aéronautique préalable n’est pas nécessaire. Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.etremarin.fr

 

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