CTF 150 - Journal d’une opération interalliée

Publié le 18 Juillet 2017 à 08:39

© MN - Le contre-amiral Olivier Lebas en visite à bord du HMS Monmouth

08h05 - Base américaine de Manama, Bahreïn, battle watch room (centre des opérations).

Briefing du matin : météo, situation navale, activités de la nuit et de la journée à venir, le battle watch captain (officier chargé des opérations) présente la situation au contre-amiral Olivier Lebas, commandant de la CTF 1501, et à une partie de l’état-major. Ce jour-là, la frégate Surcouf en patrouille au large des côtes Est-africaines a pour mission de relocaliser un boutre au comportement suspect repéré la veille par un avion de patrouille maritime danois. « On ne le laisse pas passer » commente l’amiral. Stimulée par la saisie de plus d’une tonne d’héroïne et 500 kg de haschich, la volonté de lutter contre les flux qui alimentent le financement du terrorisme est plus forte que jamais au sein de l’état-major. « Le mot d’ordre du chef est « keep pushing » (maintenir la pression), alors on maintient la pression pour réussir encore plus de saisies » explique le CC Laurent, officier chargé de la planification des opérations.

C’est la dixième fois que la France assure le commandement de cette force mise en place à la suite des attentats du 11 septembre 2001 et dont la mission consiste à surveiller une large zone qui va de la mer Rouge au golfe Persique jusqu’à l’ouvert du canal du Mozambique pour lutter contre les trafics illicites qui financent les organisations terroristes. Visites de boutres, enquêtes de pavillon et contrôle des cargaisons dans le respect du droit international font le quotidien des unités déployées dans cette force.

« Après neuf commandements à la mer, la France assume pour la première fois le commandement depuis le QG (quartier général) des CMF2 à Bahreïn. C’est aussi la première fois que nous déployons un état-major franco-britannique » explique l’amiral Lebas. En effet, lors de leur rencontre en juin 2016, le chef d’état-major de la marine et son homologue le First Sea Lord ont décidé de renforcer la coopération entre les deux marines en dirigeant conjointement les opérations de la CTF 150 pendant le mandat français. L’intégration de 7 officiers et officiers mariniers britanniques au sein de l’état-major de la CTF 150 traduit cette volonté. Cette coopération sera reproduite en 2019, lors du prochain mandat, britannique cette fois.

 

10h37 - Océan Indien, passerelle du Surcouf.

Au cours de sa SURMAR (surveillance maritime), le Panther a repéré, à 12 nautiques de la frégate, un boutre faisant route au Sud-Est à 7 nœuds. « Ce n’est pas notre contact initial, vous envoyez sa position et sa photo au CTF en leur demandant la conduite à suivre » précise le commandant, « et vous rappelez au poste de visite pour être en mesure de conduire une enquête de pavillon sans délai ».

10h53 - Bahreïn, Conference room.

Autour de l’amiral Lebas et du captain (capitaine de vaisseau) Pitcher, son adjoint britannique, l’état-major étudie les différentes options qui s’ouvrent. Que faire ? Mener une enquête de pavillon sur ce boutre? Transmettre les informations à une autre unité de la force à proximité ? Rester concentrés sur le premier boutre repéré la veille ? Les officiers présentent leurs éléments : renseignement, proximité des autres frégates de la task force, cadre juridique, contraintes logistiques associées. Il est finalement décidé d’envoyer la frégate HMS Monmouth sur le contact initial dont elle doit rejoindre la position estimée au lever du soleil le lendemain pendant que le Surcouf se concentre sur le navire qu’il vient de repérer.

 

© MN - L’équipe de visite du Surcouf s’apprête à aborder le Boutre

 

 

 

 

15h14 - Bahreïn, Main update brief. (Briefing opérations du jour)

Alors que l’état-major est réuni pour le principal briefing de la journée, le LV Emilie, officier de la marine belge, battle watch captain (officier chargé des opérations), interrompt le briefing pour annoncer qu’une première série de fouilles a permis de découvrir des sacs qui pourraient contenir de la drogue.

Une bonne connaissance de ce boutre qui avait déjà été visité par le passé et la compilation des différents renseignements collectés ont permis d’orienter rapidement les recherches. « Une saisie aussi rapide demeure une relative exception, précise l’amiral Lebas. Les trafiquants cachent de mieux en mieux leur drogue et il n’est pas rare désormais que les fouilles durent plusieurs jours. Il faut de bons équipements, du savoir-faire et surtout beaucoup de ténacité pour découvrir les caches ».

 

© MN - Découverte des sacs de stupéfiants dans le faux pont.

 

 

 

 

 

18h37 – Océan Indien, à bord du boutre

L’équipe de visite commence à se désengager. Après plus de 4 heures de fouille, plus d’une centaine de sacs contenant de l’héroïne ont été retirés du faux pont dans lequel ils avaient été cachés. Pour le LV Olivier, chef de l’équipe de visite, « ces saisies, sont avant tout un travail collectif et un défi d’endurance, de pugnacité et de tactique. Mais c’est un travail extrêmement motivant et gratifiant puisqu’il permet un résultat tangible : la saisie de produits illicites ».

 

21h40 – Océan Indien, frégate Surcouf

Dans sa chambre, après avoir procédé à une nouvelle pesée de la cargaison et avoir posé des scellés sur des échantillons prélevés, le commissaire commence la rédaction des procès-verbaux relatifs à la saisie et à la destruction de la drogue. Précision, concision, cette tâche l’occupera jusqu’à une heure avancée de la nuit.

 

© MN - Produits stupéfiants saisis par l’équipage du Surcouf

 

 

 

 

 

 

23h45 - Bahreïn, Battle watch room (centre des opérations)

Le binôme de quart franco-britannique cède sa place à un binôme franco-australien jusqu’à la relève du matin. Au cours de l’après-midi le Falcon 50 déployé à Mayotte a repéré plusieurs boutres au large du Mozambique, la frégate HMAS Arunta a été envoyée pour investiguer les contacts. La prochaine journée devrait donc commencer avec deux nouvelles enquêtes de pavillon, en espérant de nouvelles saisies.

 

 

© MN - Prise de vue effectuée par le Falcon 50. La CTF 150 utilise ses moyens aériens pour effectuer la surveillance du trafic maritime sur la zone.

 

 

 

 

1 Combined Task Force 150

2 Combined Maritime Forces

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