Entretien - Vice-amiral Bruno Thouvenin, commandant la Force de l’aéronautique navale (ALAVIA)

Publié le 20 Juin 2017 à 10:13

© Marine nationale - Le vice-amiral Bruno Thouvenin, en inspection générale de la flottille 25F, basée en Polynésie française, le 24 mai 2017.

Cols Bleus : Amiral, pouvez-vous nous rappeler rapidement les missions de la Force de l’aéronautique navale ? 

VA Bruno Thouvenin : La Force de l’aéronautique navale, c’est près de 200 aéronefs et 6 000 marins du ciel à gérer, en comptant ceux affectés chez nos partenaires, que je dois pour les premiers mettre en œuvre, de la préparation à l’exécution des vols, en passant par l’entretien et le soutien aux opérations, et pour les seconds former et entraîner. 

Mon objectif étant qu’ils répondent aussitôt présents pour les missions opérationnelles auxquelles ils sont appelés.

 

CB : Quel bilan dressez-vous de ces trois ans passés à la tête de l’aéronautique navale ? 

VA B. T. : Les défis au cours de ces trois années ont été nombreux, mais la force des marins du ciel est de s’adapter sans cesse. C’est ce que nous nous efforçons de faire dans un environnement en perpétuelle mutation, avec des budgets contraints et une activité opérationnelle toujours plus dense et durable. Dans ce contexte, et afin de répondre présents, les principaux enjeux résidaient dans le maintien des qualifications du personnel et la disponibilité des appareils. Sur les deux dernières années, les membres du Groupe aérien embarqué (GAé) ont dépassé les 200 jours de mer, et donc d’absence, par an, 180 jours pour les équipages des détachements d’hélicoptères et 150 pour ceux des Atlantique2 (ATL2). Une telle durabilité en opérations des hommes et des appareils ne saurait être garantie sans les efforts constants de toute la chaîne des marins du ciel.  

Le déploiement du porte-avions en ArromanchesIII a vu pour la première fois son groupe aérien embarqué essentiellement composé de Rafale Marine, aux côtés des hélicoptères et de l’E2C Hawkeye, le Super Étendart Modernisé (SEM) ayant été retiré du service actif en juillet dernier. Cette étape a constitué pour moi un temps fort, car il marquait l’aboutissement d’un travail entamé des années auparavant alors que j’œuvrais au sein du bureau plans programmes à l’état-major de la Marine. 

Cet engagement opérationnel ne saurait être optimal sans veiller à la sécurité, objet d’une priorité pendant mes trois années de commandement de la force. Cette année, l’aéronautique navale est devenue la première des sept autorités d’emploi étatiques agréée sur l’ensemble du périmètre de la navigabilité (aptitude d’un aéronef à effectuer sa mission dans des conditions acceptables de sécurité), et ce, un an avant l’échéance prévue, répondant ainsi à un véritable enjeu de sécurité. En janvier dernier, le porte-avions a été le dernier site certifié au sein de la Marine nationale après les quatre bases d’aéronautique navale. 

 

CB : Quels seront les grands enjeux à venir qu’il reste à piloter pour la Force de l’aéronautique navale ? 

VA B. T. : La Force de l’aéronautique navale est aujourd’hui un outil cohérent et complet. Sa vocation implique cependant des mutations constantes pour s’adapter à un contexte opérationnel changeant et une force d’action navale en modernisation. Les défis sont donc nombreux. Le principal enjeu actuel est la montée en puissance des Caïman Marine. Il nous faut veiller à la cohérence entre la création de détachements et la livraison des FREMM (frégate multimissions). Je serai aussi particulièrement vigilant à la remontée en puissance des ATL2 qui nécessitera de former les équipages en conséquence. De la même manière nous devons continuer de consolider les équipages de Falcon 50 pour mettre en œuvre une flotte constituée, depuis 2016, de 8 appareils. Autre objet d’attention, le maintien des qualifications et savoir-faire tactiques du personnel du GAé, et notamment des pilotes pendant la refonte à mi-vie. L’engagement opérationnel des Rafale Marine, depuis des bases à terre aux côtés de nos ATL2, en constitue l’une des principales réponses. Je me suis déplacé sur la base aérienne projetée d’où ils sont mis en œuvre, et ai pu constater que leur intégration au dispositif en place fonctionne bien. Nous allons également doubler notre participation à la PPS (posture permanente de sûreté) aux côtés de l’armée de l’Air. La participation à des exercices majeurs, tels que le Tiger Meet, garantira le maintien des qualifications et la capacité à travailler en interopérabilité. Dans cette même perspective, des vols d’entraînement à bord d’un porte-avions US seront réalisés au premier semestre 2018.

Les prochaines années seront également celles de l’enjeu de l’homogénéisation des parcs. L’arrivée du HIL (hélicoptère interarmées léger) et le travail autour des projets AVSIMAR (avion de surveillance et d’intervention maritime) et PATMAR 2030, formeront un objectif clé pour l’avenir de la force : l’amélioration de l’adéquation appareils/savoir-faire techniques, qu’il s’agisse de mise en œuvre ou d’entretien. La question de la transition entre Alouette III et HIL, via des flottes tampons et la location d’heures de vol, fera l’objet d’une attention toute particulière. 

Les drones, quatrième composante en devenir de l’aéronautique navale, représentent également un enjeu considérable pour la Marine de demain. Les nombreuses expérimentations ont confirmé la nécessité de disposer de ces moyens à bord des bâtiments de la Force d’action navale afin d’étendre leur horizon de détection et leurs capacités de surveillance de zone. Leur mise en œuvre, de même que l’étude portant sur l’élargissement de leur emploi sont désormais nécessaires afin de palier un manque à la fois capacitaire et tactique. 

Les prochaines années seront aussi celles de la permanence opérationnelle. Comme aujourd’hui, la lutte contre le terrorisme et la résurgence des navires et sous-marins étrangers seront au cœur des préoccupations. Pour pouvoir y répondre, la force devra disposer de marins compétents et motivés. Le recrutement demeure la pierre angulaire de notre capacité à faire face aux enjeux de demain et devra logiquement faire l’objet d’une attention toujours plus élevée.

Enfin, il faudra continuer à simplifier les processus afin de lutter contre ce que beaucoup appellent la « surchauffe administrative ».

 

CB : Amiral, pour les jeunes qui souhaiteraient intégrer l’aéronautique navale, quelles sont les qualités premières nécessaires ? 

VA B. T. : L’esprit d’équipage, le sens de la solidarité et du travail. Cette famille, parmi la grande famille des marins, forme un monde de cohésion, d’entraide, de dévouement et de savoir-faire extraordinaires. Sans les marins du ciel, pas d’appareils en vol. Nous intervenons dans le spectre complet des missions de défense de notre pays, du grand large vers la côte, en dessous ou au-dessus du dioptre. De plus, nos trois composantes historiques (GAé, Patmar et hélicoptères) effectuent un travail remarquable et remarqué en aéroterrestre à partir de la mer ou de certaines bases à terre. Ils sont chaque jour les garants du respect du contrat opérationnel, dans un état d’esprit qui force l’admiration, quelles que soient les difficultés. Les commander est chaque jour un honneur et une fierté, comme à chaque fois qu’il m’a été donné de commander une unité de l’aéronautique navale, qu’il s’agisse de la 17F ou de la BAN de Landivisiau. 

  © M. MULLER/MN - Les directeurs de pont d’envol (chien jaune) positionnant des Rafale Marine pour leur catapultage sur le porte-avions Charles de Gaulle.

 

 

© MAËL PRIGENT/MN - Appontage d’un Caïman Marine sur la FREMM Aquitaine.

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