Atomicien sur le porte-avions Un métier d’excellence

Publié le 21 Novembre 2016 à 14:24

© Marine nationale

Les atomiciens, spécialistes des bâtiments à propulsion nucléaire, sont des maillons essentiels de la conduite des missions de la dissuasion et de la projection de puissance. Après une présentation des métiers des forces sous-marines (Cols bleus n° 3033), puis de la refonte du cursus (Cols bleus n° 3043), focus sur les atomiciens du porte-avions.

CF Benoît Roussin, Asp. Nicolas Cuoco

I. Atomicien, un métier à part

Le personnel atomicien participe à la mise en œuvre des deux réacteurs nucléaires du porte-avions et de leur environnement machine-électricité. Les 55 officiers mariniers atomiciens du PA CDG, mécaniciens ou électriciens à l’origine, en assurent la conduite, la maintenance et l’encadrement pour garantir le bon fonctionnement des réacteurs avec un niveau de sécurité le plus élevé possible.

Chaque année, 25 officiers mariniers, volontaires et sélectionnés après une expérience embarquée, sont orientés vers le cursus exigeant du brevet supérieur adapté d’atomicien de propulsion navale (BSA APN).

Après quelques années d’expérience, certains d’entre eux ont la possibilité d’acquérir une nouvelle compétence en accédant à des postes de spécialistes en instrumentation ou en chimie, ou de devenir officier dans cette spécialité.

II. Une formation exigeante pour un métier passionnant

Le BSA APN se décompose en trois phases représentant une durée totale de 17 mois :

• une formation supérieure de spécia-lité de mécanicien ou d’électricien de 4 mois au Pôle Écoles Méditerranée (PEM) à Saint-Mandrier où ils acquiè-rent de nouvelles connaissances techniques, un complément de formation générale et des méthodes de management ;

• une formation nucléaire de 9 mois à l’École des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA) à Cherbourg ;

• une formation spécifique de pré-embarquement de 4 mois à l’École de navigation sous-marine pour bâtiments à propulsion nucléaire (ENSM BPN) de Toulon. À la fin de cette dernière période, ils pourront devenir opérateur du réacteur, de la machine ou de la distribution électrique.

Cette formation d’atomicien est appréciée pour la qualité de l’enseignement délivré, l’expérience humaine qu’elle apporte et la découverte d’un métier passionnant et exigeant.

Brevetés supérieur à l’issue de leur formation initiale d’atomicien, les marins qui suivent cette voie peuvent ensuite accéder rapidement au brevet de maîtrise. Au-delà de la légitimité technique acquise grâce à cette formation et leurs années de pratique, ils développent de riches qualités humaines acquises pour l’ensemble de leur carrière : goût de l’effort, rigueur et travail en équipe.

III. Un cursus de carrière ouvert et individualisé

Formés pour le porte-avions et son environnement, appelés à y revenir, les atomiciens sont polyvalents et disposent de réelles capacités d’adaptation, leur permettant de prétendre à des affectations variées dans de nombreux domaines.

Un cursus de carrière individualisé, alternant affectations sur le PA CDG et postes en environnement nucléaire (écoles, état-major de la Force d’action navale, organismes de soutien), est construit en partenariat avec le marin atomicien selon une gestion de proximité bienveillante. Il vise à donner des perspectives claires sur les futurs postes occupés. La possibilité de « s’aérer » pour un temps dans un poste en dehors de la filière nucléaire (outre-mer par exemple) est également envisageable.

IV. Une qualification reconnue dans le monde civil

La qualification d’atomicien de propulsion navale (APN) correspond à une qualification nucléaire supérieure inscrite au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), homologuée au niveau 2 (niveau licence). Cette expertise reconnue permet au marin concerné d’envisager une reconversion rapide dans le monde civil, au terme de son engagement au sein de la Marine nationale.

Filière d’excellence

Le porte-avions Charles de Gaulle (PA CDG) est un outil militaire et de puissance capable d’agir vite, loin et longtemps. Ce bâtiment autonome est une véritable ville flottante de 2 000 personnes où tous les métiers sont représentés, et qui a la particularité d’être nucléaire. Les « créateurs d’énergie » – mécaniciens, électriciens, électrotechniciens – indispensables à la propulsion de ce navire sont aussi des experts de l’atome appelés « atomiciens ».

Chaque année, 90 marins sont sélectionnés pour intégrer cette filière d’excellence.

 

Témoignages

« Des réacteurs en tout temps maîtrisés »
LV David G., chef du service Sécurité nucléaire sur le PA CDG, ancien maître principal « patron chaufferie »

«Je suis l’adjoint de l’officier de sécu-rité nucléaire. Mon rôle principal est de garantir que le risque lié à la présence de deux réacteurs à bord est en tout temps maîtrisé. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec le personnel qui produit et distribue l’énergie nucléaire et qui représente la branche « exploitation ». Celle-ci conduit les installations selon des règles très strictes, mais nous avons pour mission de nous assurer que les activités réalisées à bord et en dehors sont compatibles entre elles. Nous faisons donc de la maîtrise des risques et de la prévention nucléaire vis-à-vis des interactions entre les chaufferies nucléaires, les armes, les mouvements de combustible… Mon service est composé de 24 personnes, dont 3 femmes, réparties en trois secteurs : prévention, coordination navire et radioprotection. À la mer, le rythme de nos journées est dicté par le régime de quart. Généralement, nous commençons par l’appel du personnel. Nous profitons ainsi d’avoir tout le personnel disponible réuni pour communiquer avec lui, prendre ses éléments et donner nos ordres et directives. Puis nous adaptons notre journée aux activités du bâtiment : le quart, les opérations, les exercices, le travail de routine et le travail de fond. Sans oublier la gestion des temps faibles car il est fondamental de garder toujours un peu d’énergie : la vie de marin est faite d’aléas qu’il faut pouvoir surmonter. »

« Intervenir et donner une expertise »
PM Philippe C., instrumentiste propulsion sur le PA CDG

«Je suis instrumentiste propulsion c’est-à-dire que je gère la partie électrique de la machine. S’il y a une avarie électrique sur la propulsion c’est moi qui vais intervenir, donner une expertise pour connaître la cause et trouver une solution de repli pour garantir le bon fonctionnement du navire. Mon rôle est d’analyser les avaries, si avarie il y a, et de réaliser les maintenances préventive et corrective. En cas de problème, nous sommes les liens directs entre les machines et le commandant. Au quotidien, j’ai un planning d’interventions préventives ou correctives à réaliser. Par exemple avant l’appareillage, j’ai des vérifications à mener ainsi que des essais fonctionnels. Une journée type à quai n’est pas du tout représentative d’une journée type à la mer. Mais à quai comme en mer, il y a un travail de formation pour préparer la relève. Ce métier d’atomicien, je l’aime pour la diversité de ses missions. Sur le Charles de Gaulle, il y a beaucoup d’interactions avec les différents services, cela donne à ma fonction une responsabilité certaine sur le bon fonctionnement du porte-avions. »

« Assurer la conduite des chaufferies nucléaires »
CC Marielle C., chef du groupe d’instruction (GI) porte-avions à l’ENSM BPN

«Actuellement chef du groupement instruction porte-avions à l’École de navigation sous-marine/bâtiments à propulsion nucléaire (ENSM/BPN), j’ai auparavant occupé le poste d’ingénieur de quart atomicien sur le PA CDG. Dans ce cadre, mon rôle était d’assurer la conduite des chaufferies nucléaires, à la mer ou à quai car un réacteur ne s’éteint jamais complètement. À ce titre, j’encadrais et je dirigeais les équipes de conduite des chaufferies nucléaires du porte-avions. Par ailleurs, je coordonnais les actions associées à la maintenance et au maintien en condition opérationnelle des chaufferies et des installations associées. C’est un métier atypique, passionnant et très pointu qui requiert un haut niveau de technicité dans la conduite et la compréhension des phénomènes physiques et dans les réactions à avoir afin que la chaufferie soit toujours à l’état sûr. C’est là que le travail en équipe prend toute sa dimension, chacun a son rôle à jouer. Il faut parfaitement maîtriser les installations. Mes cours m’ont permis d’acquérir ce niveau d’exigence. Les entraînements sur simulateur et le passage d’un test « atomicien » évaluent régulièrement nos connaissances pratiques et fondamentales dans le domaine du nucléaire. Il faut donc entretenir au quotidien ses compétences et ne jamais se relâcher. L’aventure est scientifique, technique et humaine. Le lien qui m’unit avec toutes mes équipes est quelque chose de très fort. »

Arrêt technique majeur n°2 : des renforts en atomiciens anticipés

Depuis 2013, les besoins en renforts RH nécessaires à la conduite du second arrêt technique majeur (ATM2) du porte-avions ont été progressivement définis. En lien avec la DPMM, des groupes de travail ont piloté la réponse de la Marine à cet objectif crucial pour la réussite de cette opération. Pour cela, la Marine a formé davantage d’officiers atomiciens depuis deux ans et a ainsi pu honorer tous les renforts attendus lors du plan de mutation 2016. L’ATM2 pourra donc commencer dans les meilleures conditions début 2017.

 

INFO+

Depuis 2009, EDF et l’association Women in Nuclear décernent le prix Fem’Energia pour les femmes passionnées par le secteur du nucléaire. Il met en lumière leur profil, leurs projets et leur parcours professionnel. Cette année, la Marine a été récompensée. Le premier prix 2016 a été remis au capitaine de frégate Stéphanie G. dans la catégorie « Femme en activité en France ».

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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