Le contrôle naval

Publié le 15 Novembre 2016 à 11:11

© Sola

« Les enjeux en Méditerranée sont naturellement proportionnés au poids stratégique des échanges commerciaux qui se déroulent dans cet espace, fortement caractérisé par sa géographie (étroitesse, passages obligés : Gibraltar, Suez), par la situation troublée, sinon incontrôlée, de nombreux pays riverains et par une migration humaine dense et souvent tragique. Il est audacieux de présumer aujourd’hui un apaisement du théâtre ». Capitaine de vaisseau Marc Girot, N3 au centre des opérations marine (COM) Toulon.

 

La Marine entretient des échanges étroits et réguliers avec les armateurs français. Au-delà de la simple solidarité entre gens de mer, cette démarche de coopération s’inscrit dans un cadre régalien et fait l’objet d’une instruction interministérielle définissant les modalités d’organisation, ainsi que les devoirs et responsabilités de la Marine nationale et des bénéficiaires.

Établi entre la Marine et des armateurs français, le contrôle naval volontaire (CNV) permet à tout navire inscrit de recevoir des informations sécuritaires sur les zones dans lesquelles le protocole s’applique ainsi que des recommandations sur les conduites à adopter. Actuellement, quatre zones de contrôle naval sont actives : dans le golfe de Guinée, en Méditerranée, en océan Indien et en Asie du Sud-Est.

Ainsi, le contrôle naval volontaire contribue à la protection du trafic maritime, en permettant de suivre des navires et au besoin de les orienter. En cas de difficulté, ce suivi permet d’être en mesure de leur porter assistance dans les meilleurs délais. En pratique, le contrôle naval volontaire comprend :

  • le report des intentions et mouvements des navires par leur capitaine auprès du centre de suivi national et des commandants de zone maritime (CZM), lorsqu’ils transitent dans des zones à risques de piraterie ou de terrorisme ;

  • la diffusion aux officiers de sécurité des compagnies et aux capitaines des navires d'informations relatives à la situation nautique et militaire dans leur zone de navigation, ainsi que des recommandations pour les routes à suivre et le comportement à adopter.

Les navires marchands sont invités à reporter les évènements ou activités à caractère suspect pouvant être liés au crime transnational et aux activités illicites qu’ils observent en mer ou en escale. Cela permet ainsi à la Marine d’avoir une connaissance plus fine des différentes zones à risques ainsi que des activités qui s’y déroulent

Le CNV n’est pas un dispositif figé. Il évolue en fonction des menaces, des besoins et se trouve actuellement en pleine transformation.

Création d’une nouvelle zone

En avril dernier, une quatrième zone a été mise en place en Méditerranée. Un nouveau centre de conduite du CNV a également été inauguré en juin 2016 à Brest, le Maritime information cooperation & awareness center ou MICA Center. Armé 24h/24, 7j/7, ce centre assure l’interface entre la Marine et les navires marchands. Il reçoit les reports, diffuse les analyses sécuritaires de chaque zone et est en mesure de déclencher et reporter une alerte vers les CZM concernés en cas d’incident. Le cas échéant, une opération militaire d’assistance peut être déclenchée.

La création du MICA Center est également le fruit de la coopération franco-britannique mise en place au mois de juin 2016, à la demande de nombreuses compagnies maritimes, pour assurer un suivi spécifique de la situation sécuritaire dans le golfe de Guinée. Cette coopération se fait via le Maritime Domain Awareness Trade (MDAT) Center dont les services sont ouverts à tous les navires présents dans le golfe de Guinée quels que soient leur pavillon ou nationalité. Le MICA englobe donc deux entités distinctes : le contrôle naval national ouvert aux armateurs français et le MDAT.

Pour garantir des évaluations sécuritaires de qualité et pouvoir prévenir les navires en cas d’alerte ou d’incident, la Marine s’appuie également sur des échanges et partenariats avec des structures étrangères dédiées à la sécurité maritime. C’est en particulier vrai en Asie du Sud-Est avec l’Information Fusion Centre (IFC) de Singapour où est affecté un officier de liaison français et en océan Indien avec la structure européenne MSC HOA située à Northwood (Maritime Security Centre – Horn of Africa) dédiée à la sécurité maritime au niveau de la Corne de l’Afrique, et le nouveau centre régional de fusion de l’information maritime de Madagascar (CRFIM) où un représentant français a été affecté début septembre 2016. Enfin, en temps de guerre, et sur décision du Gouvernement, le contrôle naval obligatoire (CNO) est un dispositif qui pourrait être rendu obligatoire pour les armateurs français dans une zone donnée.

Témoignage

« Le risque n’a pas diminué dans le golfe de Guinée »
CF Patrick Musique, N2 du COM Brest

« Contrairement à la Corne de l’Afrique ou au détroit de Malacca où les dispositifs de surveillance et d’intervention mis en place ont réduit le niveau de la menace, le risque n’a pas diminué dans le golfe de Guinée. La menace reste présente aussi bien en haute mer qu’à proximité des côtes et dans les ports, liée à des situations économiques difficiles dans certains Etats. Les évaluations sécuritaires, outre des appréciations de situation par pays, fournissent aux armateurs des recommandations et des informations leur permettant de prendre des dispositions conservatoires et de contacter les autorités locales impliquées dans la sécurité maritime. Une partie de la solution réside dans la circulation de l’information qui doit être la plus fluide possible afin de permettre aux acteurs de l’industrie maritime nationale de s’affranchir des dangers présents dans les zones où le contrôle naval est en vigueur. » 

LE CNV EN CHIFFRES

285 navires sont inscrits au contrôle naval volontaire dans le golfe de Guinée, 211 en océan Indien, 199 en Asie du Sud-Est et 18 en Méditerranée. La majorité sont inscrits simultanément dans plusieurs zones. Au total, 313 navires de 24 compagnies différentes sont inscrits au CNV.

90 attaques en 2015 dans le golfe de Guinée (30 actes de piraterie en haute mer et 60 brigandages).

73 attaques en 2016 (au 30/09) dans le golfe de Guinée (8 actes de piraterie et 35 brigandages).

247 attaques en 2015 en Asie du Sud-Est dont 151 réussies (18 actes de piraterie et 133 brigandages)

101 attaques en 2016 (au 30/09) en Asie du Sud-Est dont 84 réussies (7 actes de piraterie et 77 brigandages)

Pas d’attaque en océan Indien depuis 2014.

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

 
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