Témoignages - Le Charles vu par…

Publié le 4 Novembre 2016 à 11:12

© Marine nationale

Que ce soit pour quelques heures ou pour une longue mission, le porte-avions Charles de Gaulle ne laisse personne indifférent. Expérience exceptionnelle, chacun a un souvenir particulier, une anecdote, un attachement indéfectible au Charles, comme le prouve cette infime sélection de témoignages.

 

VAE (2S) Richard Wilmot-Roussel, officier de programme et premier commandant du porte-avions (1997-1999)

« Un souvenir insolite ? Le jour où le Charles de Gaulle a appareillé du quai d’armement à Brest pour la première fois avec son équipage. Il s’agissait de se retourner (pour se mettre bâbord à quai) afin de faire les essais des catapultes avec les lancements des premières maquettes. La propulsion n’était pas encore disponible donc la manœuvre a été faite grâce aux remorqueurs de la direction portuaire. Les diesels alternateurs n’étaient pas non plus disponibles pour assurer le fonctionnement des apparaux de manœuvre. Nous avions donc embarqué sur le pont d’envol un diesel alternateur particulier qui a fourni l’énergie électrique dont nous avions besoin : éclairage, guindeaux, transmissions, et cuisine ! En effet l’opération de remise en place des raz débondoirs a pris du temps. L’équipage a donc vécu avec une grande joie sa première manœuvre et les premières heures du porte-avions Charles de Gaulle libéré des haussières qui le retenaient au quai. Il est le plus petit des grands porte-avions… C’est la French Touch ! »

Vice-amiral d’escadre Jean Casabianca, commandant adjoint navire (COMANAV) du Charles de Gaulle pendant l’opération Héraclès

« Pour moi le Charles c’est un flot de souvenirs. Une mission m’a marqué : la récupération d’un SEM au retour de 5 heures de mission au-dessus des grottes talibanes de Tora Bora, par nuit d’encre et pétole, avec ses volets bloqués. Il est 23h00, je suis aux côtés du Pacha à la passerelle, la tension est palpable, un silence de cathédrale règne. Il me regarde, vérifie les paramètres “navire” et sans qu’aucun mot ne soit échangé, donne le “vert appontage”. Nous sommes sûrs du professionnalisme de nos équipes. Grâce à la virtuosité et au sang-froid du pilote, à la sérénité et l’expérience de l’officier d’appontage et à l’expertise de l’ingénieur de quart, le jeune CC Augier, qui amène ses paramètres chaufferie aux limites, la passerelle résonne d’un “À bord !” libérateur. Les mécanos du GAé sont bons pour une nuit blanche de plus… demain tous les avions seront “vert”. Le Charles de Gaulle pour moi, c’est l’excellence opérationnelle … un miracle au quotidien. »

CV Éric Malbrunot, actuel commandant du porte-avions Charles de Gaulle

«J’ai eu la chance d’être affecté quatre fois à bord du Charles de Gaulle, à différentes périodes. À chaque fois, on y retrouve un certain nombre de piliers du bord, des références ! Ils sont officiers mariniers, officiers mariniers supérieurs ou officiers. Certains ont vécu quasiment toutes les opérations du porte-avions depuis 2001. Ils apportent une expérience et un recul irremplaçables. C’est notamment cette continuité qui fait que l’on est capable de relancer ce bâtiment et son groupe aérien embarqué en trois semaines à son plus haut niveau opérationnel.

Un souvenir ? L’appareillage pour la mission Arromanches 2, le 18 novembre 2015, cinq jours après les terribles attentats de Paris : les jetées de Toulon sont noires de monde, les gens ont des drapeaux français, arborent des banderoles de soutien. C’était un moment très émouvant pour nous tous et l’est encore maintenant quand nous l’évoquons. »

CV Jean, commandant du groupe aérien embarqué (GAé)

« Quand le Charles de Gaulle a parcouru ses premiers nautiques, le Super Étendard Modernisé (SEM) était le système d’armes majeur, conjointement avec le Hawkeye. Puis il y a eu l’arrivée des Rafale au standard F1, assurant la défense aérienne uniquement. Aujourd’hui, nous sommes totalement équipés du Rafale au standard F3, après le retrait du SEM qui aura connu une belle et longue carrière. À présent, nos capacités sont décuplées grâce à cet appareil multirôle. Sur les anciens porte-avions, les vols opérationnels étaient généralement plus courts. Depuis plus d’une dizaine d’années et grâce au Rafale, nos missions opérationnelles peuvent durer bien au-delà de 6 heures, de jour comme de nuit.»

Capitaine de vaisseau Éric Aymard, ancien commandant du groupe aérien embarqué (Gaé) et ancien pilote de chasse

« À l’évocation du “grand Charles”, une cohorte de souvenirs me vient à l’esprit. Donner la préférence à l’un ou au premier qui surgit et aussitôt s’agitent les autres, arguant à leur tour d’une primauté. Ces souvenirs qui se bousculent et se disputent, cascade de sentiments, ressentis, images, paroles et faits de toutes sortes et de toutes matières forment une nuée trépignante. Agapanthe (2004) : la possibilité de guider les bombes de nuit fait encore défaut alors nous exploitons la période diurne dans son entier : premiers retours de nuit à l’issue de vols opérationnels longs. On s’approche de la pleine capacité. Je citerai également Brilliant Mariner (2010). La terre respire et parfois éternue. Le nuage de cendres du volcan islandais perturbait l’ensemble du trafic aérien en Europe. Le Charles contourna l’obstacle par le nord ce qui lui permit de franchir le cercle polaire. Nouvelles images, saisissantes : les Lofoten, le froid, la lumière crue, intense. Le “grand Charles” et le GAé, entités indissociables comme le sont les marins du ciel et l’équipage du bord, offrent à la Marine un outil opérationnel puissant dont on est fier d’être ou d’avoir été un des acteurs et à titre personnel d’y avoir exercé comme officier d’appontage et d’avoir commandé son groupe aérien. »

Quartier-maître Béatrice, pont d’envol

« Le maître-mot est la sécurité, c’est un grand enjeu. Une simple erreur de notre part peut avoir de grandes conséquences. On est donc très attentif. C’est un travail d’équipe. Ce n’est pas toujours évident mais on se donne à fond car on sait que c’est essentiel ! »

 

Matelot Hugo, installations aéronautiques

« Je travaille dans un service qui n’existe pas sur d’autres bâtiments. On s’investit à fond dans le catapultage des avions, la fourniture du kérosène. Sans catapulte, sans kérosène, sans ascenseur pour monter les avions du hangar, on ne peut pas catapulter. Tout le monde est important, sinon, la mission ne fonctionne pas. »

PM Frédéric, chef du service restauration

« C’est un challenge quotidien et une fierté de nourrir 2000 personnes, midi et soir, sur de longues périodes de mer à bord du porte-avions. Les hommes et les femmes répartis sur 3 cuisines, 1 boulangerie et 1 pâtisserie, mettent toute leur énergie et leur savoir-faire au service de l’équipage pour qu’il puisse assurer la réussite de la mission. »

Major Cédric, maître adjoint au service armement

« J’encadre les plus jeunes, je suis avec eux en permanence pour gérer leurs cours, leurs stages et leurs qualifications dans le domaine de l’armement. J’ai un rôle de grand frère très valorisant. Après plus de 27 années de Marine, cela me permet de passer le flambeau, de leur donner la passion du métier et de l’institution. »

LV « Odile », officier d’appontage

« Les officiers d’appontage sont des pilotes du groupe aérien, recrutés uniquement sur volontariat. Nous nous assurons que les paramètres nécessaires pour apponter en sécurité sont respectés, et en cas de panne ou de mauvaises conditions (visibilité, plafond, mouvements de plateforme), nous sommes aussi là pour aider les pilotes à apponter. »

CF David, commandant adjoint opérations

« Ce qui est marquant ici, c’est l’esprit du Charles de Gaulle. C’est la capacité à relever tous les défis. Si on demande quelque chose, l’équipage répond au quart de tour. Tout le monde suit derrière, même sur des missions très complexes. L’atout majeur du porte-avions, c’est cette force de frappe que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. »

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

 
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