L’innovation - Mode d’emploi

Publié le 30 Septembre 2016 à 11:22

© Marine nationale / Emmanuel Rathelot

Alors que la Marine du plan Horizon Marine 2025 est en train de se constituer, des chercheurs, des ingénieurs, des marins, des inventeurs sont déjà en train de réfléchir à ce que pourrait être la Marine de 2055. En matière de progrès et d’avancée technologique, les marins savent et doivent naviguer sur l’avant. Le cycle de vie d’un navire de guerre ou d’un avion de patrouille maritime s’inscrit en effet dans le temps long. Lorsque l’on conçoit un porte-avions, il faut d’ores et déjà se projeter dans le futur et imaginer ce que seront les systèmes d’armes ou les transmissions qu’il devra intégrer deux ou trois décennies plus tard au moment de son deuxième arrêt technique majeur. L’innovation est donc inscrite dans les gènes de la Marine, qu’elle se matérialise par une frégate multimission ou par un logiciel destiné à faciliter l’action des marins en opérations.
Y a-t-il aujourd’hui sur terre un objet plus complexe qu’un SNLE et son système d’armes ? Combien de marine sont-elles en mesure de conduire des opérations navales de haute intensité avec des équipages optimisés et des matériels de dernière génération ? Depuis les grandes découvertes puis la révolution industrielle, la Marine n’a eu de cesse d’évoluer et d’assimiler les innovations du moment. Au cours des 150 dernières années, nous sommes passés de la navigation au sextant à la carte électronique, de la voile à la propulsion nucléaire, dans un effort soutenu et avec un tempo qui n’a cessé d’accélérer.
Pour un marin, les radars, les sonars, les missiles, les réacteurs, les turbines ou les stations satellitaires sont des éléments communs de son environnement. Pourtant, la capacité d’intégrer et de conduire ces systèmes en évolution permanente sur des plates-formes navales, dans l’environnement maritime hostile et contraint, n’est pas à la portée de tout le monde et inclut la Marine dans un club très fermé.
 
 
L’ESSENTIELLE INNOVATION
Ainsi, alors que les FASM et les FAA constituaient le nec plus ultra dans les années 80 et que les améliorations successives apportées au cours de leur vie opérationnelle leur permettent de constituer encore aujourd’hui l’ossature de la Marine du début du XXIe siècle, les FDA, les FREMM, les BPC, les RFM et bientôt les Barracuda représentent  un saut technologique emblématique d’une marine moderne aux performances dopées par l’innovation : MDCN, LRR, MRR, sonar flash, Ecume, CAPTAS, M 51, Rafale Marine, NH 90, Syracuse 3, RIFAN… autant de systèmes, entre autres, qui placent la Marine au premier rang des forces navales qui comptent.
Mais l’innovation n’est pas uniquement le produit des avancées scientifiques ou techniques : elle est aussi le résultat d’une culture, d’une recherche inlassable de l’amélioration, qui n’est d’ailleurs pas toujours le fait d’industriels ou de laboratoires de recherche. Les CO, les passerelles, les PC Propulsion sont remplis de ces bonnes idées de marins, expérimentées à bord puis généralisées à toute la Marine : logiciels en tout genre, dispositifs de sécurité, équipements facilitant l’entraînement, tactiques expérimentales intégrées dans la doctrine d’emploi… Vivant au cœur de la technologie la plus avancée, travaillant dans des organisations particulièrement agiles et optimisées, le marin n’en a pas toujours conscience mais il se trouve au cœur de l’innovation et il est parfois bon de (se) rappeler que son outil est l’un des plus modernes au monde. Plus que jamais, la recherche et le développement sont donc un enjeu stratégique, aussi bien du point de vue militaire qu’économique. « L’innovation, c’est la réponse de la France aux défis de la compétitivité. Il en  va non seulement du maintien de notre rôle industriel dans le monde, mais également de la performance des équipements de nos armées, et donc de la sécurité de notre souveraineté », déclarait le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, lors du premier forum innovation organisé en 2012 par la Direction générale de l’armement (DGA). L’Agence nationale de la recherche (ANR) a établi en 2011 un partenariat avec la DGA, afin de créer le programme Astrid : Accompagnement spécifique des travaux de recherches et d’innovation défense. Car encore plus qu’ailleurs, dans le monde de la Défense, l’innovation est un facteur clé pour mener les opérations d’aujourd’hui et anticiper celles de demain.
 
 

La réalité virtuelle fait sa rentrée !

Instructeur en mécanique navale à l’École navale, le premier maître Pierre Mouneyrou est un adepte des solutions innovantes, et ce à des fins pédagogiques.

Pourquoi faites-vous désormais appel à de la réalité virtuelle ?
La réalité virtuelle est pour l’instant utilisée dans le cadre de la formation navire énergie. Cette formation s’axe sur la propulsion et la production d’énergie sur les bâtiments de la Marine nationale. Concrètement, il s’agit ici de projeter les élèves dans des compartiments machines afin qu’ils puissent identifier les éléments techniques vus en cours. Le but est de contextualiser au maximum la formation, en amenant les élèves au plus près des installations réelles.

Comment procédez-vous ?
Nous utilisons des casques de réalité virtuelle dans lesquels on insère un smartphone. Grâce à une application dédiée, il est possible de lire des photos à 360° de compartiments techniques de bâtiments de type frégate F70, bâtiment-école et bientôt frégate multimission.

Quels sont les apports réels du virtuel dans votre formation ?
L’utilisation du casque est d’abord intégrée dans une séquence pédagogique d’ensemble. Prenons l’exemple du cours sur les moteurs diesel. Les séances commencent par une approche théorique complétée par une description et une étude de fonctionnement fine des éléments mécaniques constitutifs du moteur. Le casque s’utilise en fin de séquence pédagogique, pour immerger les élèves dans leur environnement professionnel. La réalité virtuelle présente le compartiment machine d’une F70 avec notamment le moteur étudié en classe. Les élèves repèrent les éléments étudiés pendant le cours et les reportent sur un carnet de plan qui leur est fourni. À la fin de la séance, les groupes d’élèves commentent les photos 360 projetées sur un tableau interactif pour un débriefing collectif. Pour l’instant, un test a été réalisé auprès des BS Navit en formation à l’École navale. Les cours effectifs débuteront fin octobre.

 
Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale
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