L’action de l’État en mer / Une coordination interministérielle

Publié le 28 Juillet 2016 à 10:24

Les Forces armées aux Antilles (FAA) ont participé à un exercice de lutte contre une pollution maritime au large de la commune du Robert, intitulé « Igwan 2015 ». © Armée de terre / J.L Choury

Bien comprendre l’organisation locale de l’action de l’État en mer suppose de revenir rapidement sur le modèle français global. Contrairement à des pays comme les États-Unis où l’action régalienne en mer est confiée à un corps constitué (US Coast Guard), l’organisation française repose sur la coordination interministérielle et le partage de quarante-cinq missions avec la désignation d’administrations pilotes. La coordination centrale est assurée par le secrétaire général de la mer, agissant directement pour le compte du Premier ministre, tandis que la coordination locale repose sur les trois préfectures maritimes en métropole.
 
 
Défense et souveraineté
Ce système a fait l’objet d’une adaptation pour les zones maritimes ultra-marines. Les missions sont identiques et les administrations concourant à l’action de l’État en mer sont les mêmes qu’en métropole (essentiellement Marine nationale, Affaires maritimes, Douanes et Gendarmerie). En revanche, la fonction de coordination locale n’est pas confiée à un amiral occupant la fonction de préfet maritime mais à un préfet – celui de Martinique – pour l’ensemble de la zone maritime Antilles (ZMA) qui, dans ses fonctions de délégué du Gouvernement à l’action de l’État en mer (DDG AEM), dirige l’action des administrations de l’État. À noter, la zone maritime des Antilles dépasse largement le cadre des eaux sous souveraineté ou juridiction française au large des Antilles françaises puisque la zone maritime comprend l’ensemble du golfe du Mexique et la mer des Caraïbes. L’action de l’État en mer s’applique ainsi à tout navire dans les eaux sous juridiction française de la ZMA et aux navires français dans toute la ZMA.
Le  commandant de zone maritime (CZM) travaille en étroite collaboration avec le DDG AEM. Les fonctions de COMSUP aux Antilles étant occupées par un amiral, le contre-amiral Olivier Coupry cumule les fonctions de CZM et de COMSUP. Le CZM est ainsi en charge de la coordination de l’emploi des moyens aéromaritimes et de l’information des partenaires concourant à la protection des intérêts nationaux en mer. De même, il fait préparer et étudier la régle­mentation s’appliquant en mer : sécurité de la navigation, lutte contre la pollution en mer, sûreté en mer, délivrance de certaines autorisations (conduite de projets de recherche scientifique en mer, mise en œuvre d’héli­surface à bord d’un navire…).
Deux missions principales sont assurées aux Antilles : la lutte contre le trafic de stupéfiants en mer et la protection des personnes et de l’environnement en mer. Cette dernière mission repose sur l’organisation de la réponse de sécurité civile (plus connue sous l’acronyme d’Orsec). L’Orsec maritime est un dispositif permanent permettant de faire face aux crises touchant aux pollutions maritimes (Polmar), à l’assistance aux navires en détresse (Aned) et au sauvetage des personnes (SAR). L’Orsec recense ainsi les dangers pouvant survenir, leur probabilité, les stades d’alerte, les schémas d’alerte à suivre ainsi que la composition des équipes de gestion de crise (EGC) et de gestion de l’intervention (EGI). L’EGI est armée par le personnel du Cross Antilles-Guyane si la crise ressort du SAR-Aned et par la Marine nationale dans le cas d’un Polmar. Elle est alors chargée de déterminer un plan d’action et d’engager les moyens concourant à sa réalisation. L’EGC est, quant à elle, chargée d’assurer le soutien financier, juridique, logistique (recherche de moyens) et médiatique du plan d’action de l’EGI, ainsi que d’anticiper les évolutions possibles de la crise en mobilisant les experts nécessaires. La progression importante de la croisière aux Antilles rend, plus que jamais, nécessaire le maintien en conditions opérationnelles du dispositif Orsec au moyen d’exercices réguliers.  
 
 
Exercices Orsec : Igwan 2015 et Trident 2016
En octobre 2015, un exercice Polmar intitulé « Igwan » est mené sur la côte atlantique de la Martinique pour mettre en œuvre un point d’appui logistique hors de Fort-de-France. Le scénario prévoit une pollution d’hydrocarbures observée par un pêcheur au large de la baie du Robert. L’intervention consiste à déployer, depuis Fort-de-France, un point d’appui logistique installé au quai industriel du Robert, des moyens maritimes et aériens en vue de reconnaître, contenir et collecter les hydrocarbures en mer. Durant cette phase, le remorqueur portuaire côtier Maïto déploie un barrage antipollution hauturier avec l’aide d’un remorqueur privé affrété pour l’occasion, et conduit les opérations de confinement et de récupération de la nappe de pollution d’hydrocarbures grâce à son écrémeuse. Le Maïto accueille également le « On Scene Commander », un officier de la Marine nationale chargé de coordonner les moyens aériens et maritimes mis en œuvre sur zone.
Cet exercice a suscité l’intérêt de l’Organisation maritime internationale. Son agence régionale de coopération contre les pollutions maritimes (REMPEITC) a ainsi organisé la venue d’observateurs de six pays de la Caraïbe. À l’instar de ses pays voisins, les enjeux de la lutte contre une pollution marine sont en effet majeurs en Martinique. Plus de 100 000 Martiniquais vivent aujourd’hui en bordure littorale, soit près d’un quart de la population totale de la Martinique. 
Le volet SAR-Aned a, quant à lui, fait l’objet de l’exercice Trident en avril 2016, engageant plus de 400 personnes, dont une centaine de plastrons jouant les passagers du navire en détresse, sur une thématique de gestion de crise à la suite d’un sinistre à bord d’un navire de croisière entraînant de nombreuses victimes. Organisé par la préfecture de la Martinique, en étroite collaboration avec la division « action de l’État en mer » (AEM), le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage Antilles-Guyane (Cross AG) et les services de secours (service médical d’aide urgente [Samu] et service départemental d’incendie et de secours [Sdis]), Trident 2016 se compose de trois volets successifs : le sauvetage maritime de grande ampleur (SMGA), le secours à de nombreuses victimes (plan Novi) et le soutien aux populations.
 
Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale
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