Mission Jeanne d’Arc 2016 : retour sur 5 mois de déploiement

Publié le 22 Juillet 2016 à 10:47

© Marine nationale

« Ça sent la maison ! » s’exclame le Premier maître Emmanuel, entouré d’officiers-élèves sur la plage arrière tribord du BPC Tonnerre en admirant les côtes italiennes défiler dans le détroit de Messine. Que ce soit leur première ou leur dernière mission, les 800 marins du groupe Jeanne d’Arc ont les yeux qui brillent ce 15 juillet à l’idée de revoir leurs proches après 5 mois d’absence.

Après avoir navigué en océan Indien, en mer de Chine et jusqu’en Australie, le déploiement opérationnel de longue durée Jeanne d’Arc 2016 s’achève avec le retour à Toulon le 21 juillet des deux bâtiments composant le groupe, le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre et la frégate de type La Fayette (FLF) Guépratte. Dans des conditions de mer parfois difficiles, les équipages ont relevé les défis ambitieux de la mission.

« Mission accomplie ! » félicite le capitaine de vaisseau Laurent Sudrat, commandant le BPC Tonnerre et la mission Jeanne d’Arc 2016, à l’appel le 19 juillet. « Vous avez fait preuve de courage, de ténacité, d’endurance, de dévouement, d’adaptabilité tout au long de cette mission de longue durée. Cette réussite est avant tout la vôtre ! ».

Des exercices pour mécaniser les réflexes des jeunes officiers

Il en a fallu de la ténacité pour rester efficace et mener les manœuvres en toute sécurité : « l’aspect répétitif de ces manœuvres demande une grande endurance et beaucoup de résilience, il faut rester à 100% sur chacune d’entre elles » explique le responsable du secteur « pont », le lieutenant de vaisseau David.

234 présentations au ravitaillement à la mer, 120 exercices d’hommes à la mer, plus de 100 entraînements de sécurité réels et 1000 exercices de sécurité papier ont été menés depuis le départ de la mission le 3 mars. Quelle satisfaction pour les équipages des deux bâtiments et les cadres de l’Ecole d’Application des Officiers de marine (EAOM) de constater que d’officiers-élèves (OE) les 130 jeunes hommes et femmes sont devenu officiers « tout court ». En 5 mois, les élèves qui composent cette promotion ont acquis une stature de chef militaire et ont perfectionné leur expertise en matière navale dans le cadre exigeant d’un déploiement opérationnel. Des élèves étrangers – 5 intégrés à la promotion, 10 en cursus externe – ont gonflé les rangs des OE, aux côtés des 29 officiers sous contrat dits « de nouvelle génération »*. Une expérience réussie pour ces jeunes officiers, qui ont parfaitement compris les exigences du métier de marin et ont été complètement intégrés à la promotion 2016.

Les commissaires des armées d’ancrage marine ont également participé à cette mission Jeanne d’Arc 2016. Comme leurs camarades officiers de marine affectés à la difficile tâche de chef de quart en passerelles navigation et aviation, ils ont pu bénéficier d’un entraînement « grandeur nature » contribuant à leur préparation opérationnelle.

Les rotors ont tourné plein pot pendant toute la mission

1 430 manœuvres d’aviation ont été réalisées, le plus souvent avec le Guépratte. De nombreux vols ont été réalisés par les 11 élèves de l’Ecole de Spécialisation sur Hélicoptère Embarqué (ESHE) qui ont, pour la première fois, achevé leur formation dans le cadre de ce déploiement. Là aussi, un franc succès souligné par le capitaine de corvette Yann Mordacq, commandant l’escadrille 22S : «Cette période embarquée représente un réel gain, que ce soit en temps de formation comme en expérience maritime, elle leur a apporté le savoir-faire nécessaire pour intégrer des flottilles de combat à leur retour de mission.»

Au-delà des vols de formation, des survols de repérage, des transports logistiques et des treuillages, un des temps forts de cette mission restera pour beaucoup la visite de deux V22 américains: le BPC Tonnerre a été le premier bâtiment français à ravitailler ces impressionnantes machines ! Plusieurs semaines après la manœuvre, l’émotion restait palpable dans les yeux du maître Philippe, le « chien jaune » ayant fait apponter le premier des V22 : « c’est une machine impressionnante, il y a un très gros souffle au décollage! Au niveau technique, je retiens surtout l’exemplarité de cet échange, la bonne coopération entre les marins français et américains. »

Un déploiement interarmées 

Aux côtés des pilotes de l’aéronautique navale, un détachement de l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT) a été intégré à la mission. « Cet embarquement nous a permis de mieux connaître mutuellement nos façons de travailler et nos contraintes. Nous avons pu poursuivre nos qualifications marine et acquérir de l’expérience.  Au niveau humain, c’est une belle expérience, on a vraiment passé un bon moment avec les marins ! » explique le capitaine Jean-Baptiste, pilote du détachement ALAT.

Un détachement du 21° Régiment d’Infanterie de Marine (RIMa) à bord a également joué un rôle déterminant dans les séquences d’entraînement amphibie réalisées tout au long du déploiement. Rejoint par plusieurs groupes de combat américains et par le 5° Régiment interarmes d’outre-mer pour l’entraînement WAKRI 16, ils ont contribué, grâce à leur savoir-faire et à leur interopérabilité, au succès de cette manœuvre. Un volet « évacuation de ressortissants » a été joué et 370 hommes ainsi que 100 véhicules de l’armée de terre ont été projetés à partir du BPC sur une côte djiboutienne : «  c’est le plus gros exercice amphibie auquel j’ai participé ! » témoigne le second maître Frédéric, de la flottille amphibie**. « Les conditions de cet exercice étaient particulièrement réalistes, nous étions à l’étranger, sur un terrain qui ressemble beaucoup aux terrains d’intervention actuels des armées, avec un très grand nombre de véhicules et de personnes à débarquer. ».

Manœuvres interalliées 

La participation des troupes américaines illustre un des aspects majeurs de ce déploiement, l’approfondissement de notre capacité à travailler avec les marines amies. Le groupe « Jeanne d’Arc » a ainsi mis à profit chaque occasion pour réaliser des manœuvres d’aviation ou navales avec des moyens étrangers : hélicoptères NH90 omanais, frégates singapourienne, indienne, japonaise, malaisiennes, vietnamienne… autant d’occasions de s’entraîner à opérer avec les équipages étrangers. « Les cross deck avec les marines alliées, notamment un SH60 japonais et un MH60 américain, ont pu renforcer notre niveau d’interopérabilité » souligne ainsi le maître Julien, directeur de pont du Guépratte.

Ces échanges opérationnels et les escales réalisées ont contribué au rayonnement de la France dans ces pays amis. Des moments de découverte qui ont permis de se régénérer entre des périodes de mer très intenses. Naviguant en océan Indien, en mer de Chine et jusqu’en Australie, le groupe «  Jeanne d’Arc » a pu porter haut les couleurs de la France sur une large partie du globe.

Solidarité des gens de mer

L’équipage du Tonnerre a vécu un moment particulièrement fort à la fin de sa mission. Le 6 juillet, en mer Rouge, le BPC reçoit un appel de détresse d’un bâtiment de commerce norvégien croisant à une vingtaine de nautiques du groupe Jeanne d’Arc. Un membre de son équipage est très grièvement blessé à la tête. Le médecin et un infirmier du bord sont immédiatement envoyés sur place : « nous avons procédé à l’évaluation du patient avec les moyens opérationnels du bâtiment pour savoir si le transfert était possible en toute sécurité. Le marin était dans un état critique quand nous sommes arrivés à bord du bâtiment norvégien. Nous l’avons pris en charge et stabilisé sur ce bâtiment puis nous l’avons rapatrié par hélicoptère sur le Tonnerre pour qu’il soit pris en charge par l’hôpital embarqué. Nous l’avons opéré à bord et lui avons prodigué les soins nécessaires pour qu’il soit stabilisé et transféré le lendemain matin à terre, où il a été opéré par un chirurgien spécialisé. Nous avons suivi son évolution et nous sommes tous très heureux car il se porte bien ! Compte tenu de la gravité de ses blessures, il ne s’en serait probablement pas sorti si le BPC n’avait pas été à proximité…. Ce type d’intervention est tout à fait exceptionnel en mer, c’est une action que tous les médecins rêvent de réussir une fois dans leur vie ! » témoigne le médecin des armées Jacques.

En direct du Tonnerre, Louis Bodin pour TF1

Ce sauvetage à peine achevé, les équipages se préparaient déjà à un autre événement majeur, la réalisation en direct de 6 séquences par TF1 à l’occasion du 14 juillet 2016. Réalisés à bord du Tonnerre, ces directs ont mobilisé de nombreux services, au premier rang desquels les équipes chargées des systèmes de communication : « c’était un vrai challenge technique d’adapter au Tonnerre ce qui s’est fait en 2015 sur le Forbin : la technique est la même mais les dimensions du bâtiment ont rendu la manœuvre plus complexe. » explique le premier maître Sylvain.

Profitant jusqu’au dernier moment de leur période de formation pratique, les OE ont mené du 18 au 20 juillet une « guerre » mettant en œuvre des moyens réels, s’entraînant ainsi dans des conditions réalistes : le dernier exercice de leur formation, mais le premier d’une longue série dans leur carrière d’officier ! Se faisant leur porte-parole au moment d’accoster à Toulon, l’EV2 Pierre s’enthousiasme : « Après 3 ans de formation à l’Ecole navale et 5 mois de mises en situation aux côtés de marins plus expérimentés lors de cette mission, nous sommes impatients de rallier nos premières affectations dans quelques jours pour mettre à profit tout ce que nous avons appris ! »

*ayant un diplôme équivalent bac+5 et qui ont intégré l’Ecole Navale la dernière année.
**unité mettant en œuvre les engins de débarquement (EDAR et CTM) servant à projeter les Forces à terre

Source : Marine nationale
Crédits : Marine nationale

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