UN AMIRAL TENTE LE PASSAGE DU NORD-OUEST

Publié le 13 Juillet 2016 à 17:12

© Marine nationale

Initiateur et organisateur de cette aventure polaire: le contre-amiral (2S) Éric Abadie, skipper de Manevaï et bientôt navigateur polaire

COLS BLEUS : Amiral, pourquoi le passage du nord-ouest est-il si mythique ?

CA ÉRIC ABADIE : Il n’a été franchi qu’en 1906 par le Norvégien Roald Amundsen qui est le premier à triompher du passage du nord-ouest après trois hivernages. Cent-dix ans plus tard, seuls 127 navires l’ont traversé d’est en ouest et 109 dans l’autre sens. Cette zone intéresse de plus en plus, même si cette partie du globe reste très largement méconnue. Contribuer à une meilleure connaissance de cette région particulièrement vulnérable est d’ailleurs l’un des objectifs majeurs de notre expédition.

C. B.: Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours?

CA É. A. : C’est un parcours exigeant, de plus de 8270 nautiques (15 300 km). Nous allons tout d’abord mettre le cap vers le Groenland, puis remonter encore plus au nord jusqu’en mer de Baffin. Mon objectif est de pouvoir me présenter à l’entrée du détroit de Lancaster fin juillet. Les premières opportunités pour franchir le passage peuvent se présenter à partir de mi-août. Il faudra alors faire vite pour franchir les quelque 2750 milles nautiques de distance jusqu’au détroit de Béring qu’il conviendra de franchir avant mi-septembre, la météo devenant franchement désagréable après. Ensuite, nous redescendrons vers le sud Entretien Un amiral tente le passage du nord-ouest

en longeant la côte ouest de l’Alaska, puis du Canada pour atteindre la région de Vancouver où Manevaï hivernera.

C. B. : Quelles seront les principales difficultés de ce périple ?

CA É. A : Les glaces en premier lieu, d’une grande variabilité d’une année sur l’autre et même d’un jour à l’autre. En 2014, nous avions déjà tenté de franchir le passage du nord-ouest, mais nous avions été contraints de faire demi-tour, au point le plus au nord près de Resolute. Toute la partie centrale du passage était nettement plus englacée qu’à la normale. 2015 a été une année plus conforme aux statistiques. La météo est également d’une grande variabilité. C’est dans cette zone que naissent les dépressions, il faudra être prêt à les gérer sans préavis.

Ensuite, l’hydrographie de la zone est bien évidemment approximative et le restera pendant longtemps encore. Il faudrait des moyens considérables pour hydrographier correctement les milliers de kilomètres de côtes, moyens qui ne sont pas justifiés au vu du trafic maritime de la zone, du moins pour le moment. Enfin, la proximité du pôle Nord magnétique rend les compas de navigation inutiles pendant toute la partie centrale du parcours. C’est une difficulté supplémentaire pour naviguer dans cette zone.

C. B. : Présentez-nous maintenant Amiral votre bateau, pouvez-vous nous le décrire en quelques mots ?

CA É. A : Manevaï est un dériveur intégral en aluminium construit en 1987 par le chantier Garcia, la référence des bateaux de voyage. Coque renforcée, calorifugée et doté

d’une très grande autonomie, c’est un bateau parfaitement adapté à ce genre de navigation. L’espace disponible à bord est vaste et permet de stocker le matériel aussi bien que les consommables : nourriture, boisson, vêtements, électronique... Ses équipements sont

nombreux et redondants afin de garantir une grande autonomie. Comme tout dériveur intégral, il peut naviguer dans des zones peu profondes et s’échouer sur une plage à la demande. Sa voilure divisée et ses deux dérives lui permettent d’avoir aisément la toile du temps et d’être toujours équilibré sous voiles.

 

C. B : Un message aux marins qui liront cette interview ?

CA É. A : Tout comme Christian Buchet, je suis convaincu que «la mer est l’avenir de la Terre ». Ce sera une grande satis-faction pour l’équipage de Manevaï que d’apporter sa contribution à une meilleure connaissance de ce milieu, de cette zone si importante et si méconnue en particulier. Puisse nos concitoyens être sensibilisés à l’enjeu majeur que représente la gestion des ressources marines.

 

Pour en savoir plus :

• Sur internet : www.manevai.fr

• Sur facebook et tweeter : @Manevai2016

Manevaï Une expédition scientifique flottante

Manevaï embarquera une station automatique de mesure de pression de l’air qui émettra toutes les heures et dont les données seront intégrées dans le réseau météorologique mondial. Ces données seront très précieuses, car la pression reste l’un des seuls paramètres qui ne peut être mesuré par un satellite. Avec d’autres instruments de mesure et deux bouées Météo-France, l’équipage sera en mesure d’effectuer des relevés de transparence de l’eau, et de température de la mer et de l’air. Il réalisera également des relevés de positionnements d’icebergs afin d’aider à progresser dans une meilleure appréhension scientifique du Grand Nord. Ces mesures d’opportunité seront réalisées en particulier au profit de Météo-France et du SHOM. Les résultats seront transmis lors des escales dès qu’une liaison internet sera disponible.

 

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