La Marine et l’Arctique : Connaissance anticipation

Publié le 13 Juillet 2016 à 17:02

© Marine nationale

Les missions Grand Nord menées par la Marine sont régulières, comme celles menées en septembre 2014 par le patrouilleur Fulmar qui est remonté le long de la côte occidentale du Groenland jusqu’en mer de Baffin. Simultanément, le remorqueur de haute mer (RHM) Tenace était déployé en mer de Norvège et en mer de Barents, jusqu’au 82° nord, afin d’accroître la connaissance de la zone et en particulier de valider les modèles de prédiction des glaces.
Quant à la frégate La Motte-Picquet et le SNA Perle, ils ont été les unités engagées dans la mission Narval 2014, d’octobre à décembre 2014. Une période de l’année au climat moins favorable, idéale pour s’entraîner à naviguer en eaux froides et pour entretenir des relations avec les marines riveraines. Le Primauguet a été déployé dans la zone en juin-juillet 2015 au cours de la mission Narval. Autant d’opérations ayant contribué au développement de la connaissance de cet océan et à une meilleure anticipation des missions. Outre l’approche scientifique, ces missions ont indéniablement permis une meilleure connaissance de l’environnement météorologique et océanographique, ainsi qu’une coopération accrue entre la France et les États riverains de l’Arctique – le Canada, la Russie, la Norvège, le Danemark et les États-Unis.

OBJECTIFS
Conduire des opérations aéronavales en Arctique et déployer progressivement des moyens plus complexes, et ce dans un contexte tactique plus élaboré, tout en repoussant les limites géographiques et climatiques : ce sont les objectifs de la Marine nationale, l’unique acteur étatique capable de déployer des moyens de haute mer dans cette région du monde. Il y a aussi d’autres objectifs à ces missions Grand Nord, comme l’adaptation – un mot cher à tout marin – et la conduite d’opérations dans une logique interarmées, interministérielle, mais également internationale.
Pour résumer, la France renforce sa présence en Arctique pour préserver et optimiser sa profondeur stratégique. Il s’agit aussi d’entretenir et d’acquérir la meilleure connaissance possible de la zone, tout en garantissant la liberté de circulation en haute mer dans une zone proche des centres d’intérêts de la France et de ses alliés.

LA 24F : AU-DELÀ DU CERCLE POLAIRE

En août et septembre 2015, une opération inédite franco-danoise a été menée au Groenland. Un équipage de Falcon 50 Marine de la flottille 24F s’est ainsi déployé à Kangerlussuaq, accompagné d’un équipage de Challenger (1) danois. Ce déploiement a été une nouvelle preuve du partenariat stratégique établi entre la France et le Danemark.
Tout en s’appuyant sur l’excellence danoise pour les opérations dans la zone arctique, le but premier de ce déploiement était d’acquérir des connaissances sur l’environnement de la zone, en corrélant les observations de l’équipage avec les observations satellites (concentration d’icebergs, évaluation du trafic maritime dans cette zone). Ce déploiement a également permis de reconnaître cette zone immense et peu habituelle pour les équipages bretons. Enfin, le Falcon 50M s’est posé pour la première fois sur la base américaine de Thulé située au nord du Groenland, afin de ravitailler avant de repartir vers Kangerlussuaq.

Quelque part en mer de Norvège, dans le calme des eaux glaciales du cercle polaire, le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Casabianca a retrouvé l’hiver dernier le sous-marin norvégien Utstein pour deux jours d’entraînement opérationnel. Sous-marin classique de conception allemande, l’Utstein (« vieux caillou » en norvégien) a été mis en service peu de temps après le Casabianca. Ce sont donc deux sous-marins aux équipages aguerris qui se sont affrontés. « Jouant » dans les mers norvégiennes, les Français évoluaienten terrain hostile. La durée de l’exercice obligeait le Norvégien à recharger régulièrement ses batteries, source d’indiscrétions, ce dont comptait profiter le Casabianca. Mais la météo était du côté des « vikings » : une belle mer 4 et un gradient thermique favorable leur offraient, outre un bon mal au coeur, le camouflage nécessaire pour faire tourner leur moteur diesel sans risque de contre-détection à grande distance. La partie s’annonçait plus corsée que prévu… Grâce à des échanges constants, chaque indiscrétion était anticipée, planifiée et exécutée rapidement au moment le plus opportun. Adaptant sans relâche sa conduite, son immersion et sa vitesse aux conditions environnementales du moment, le Casabianca tentait de repérer coûte que coûte son adversaire réputé très discret.

À l’affût tous deux de la moindre trace aux sonars immédiatement analysée par les « oreilles d’or », le Casabianca et l’Utstein passaient alternativement de la position confortable de pisteur à celle moins enviable de pisté. Les exercices s’enchaînaient ainsi à un rythme soutenu. À l’issue de cet entraînement, après de chaleureux échanges au TUUM (téléphone sous-marin), l’Utstein remettait le cap vers les fjords tandis que le Casabianca poursuivait sa patrouille septentrionale.

(1) Avion de fabrication canadienne destiné aux missions de surveillance maritime.

Cold Response 2016
« L’Arctique demeure un monde hostile. Nous avons découvert, lors de notre déploiement dans le Grand Nord, la fameuse dérive des glaces et ses dangers avec les petits icebergs, appelés les growlers. Sous ces latitudes, les systèmes satellitaires n’offrent, de surcroît, pas
une couverture complète, ce qui complique l’orientation. Les cartes marines sont quant à elles mal cartographiées et les tempêtes sont rudes. Nous ne pouvons pas naviguer en Arctique sans une expertise, ni un matériel adapté, c’est évident et c’est d’ailleurs tout
l’intérêt de ces missions dans le Grand Nord.Nos équipages doivent continuer d’acquérir de l’expertise dans le domaine. Ces missions récentes ont permis de rouvrir une porte. » JEAN-MARIN D’HÉBRAIL, commandant de la frégate anti-sous-marine
(Fasm) Primauguet déployée pour la mission Grand Nord en 2014 et |’entraînement interallié Cold Response en 2016.

 

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