De la haute mer aux approches littorales - Enjeux et modes opératoires

Publié le 29 Avril 2016 à 13:56

© Marine nationale / Mathieu Muller

Surveiller les approches maritimes, en métropole comme outre-mer, consiste d’abord à acquérir un renseignement d’intérêt maritime de « première main » et de qualité. Pour ce faire, le partage du renseignement d’intérêt maritime a été amélioré aussi bien en interministériel – au niveau des différentes façades maritimes grâce à une entité : la Cellule de coordination de l’information maritime (CCIM) – qu’à l’échelon central sous l’égide du Centre de renseignement de la Marine (CRMar) et de la Direction du renseignement militaire (DRM). Parce que les menaces ne sont pas nationales, il s’agit également de développer dans ce domainela coopération internationale, en particulier avec les pays riverains présentant des zones maritimes adjacentes aux nôtres.

Ciblage des navires et contrôle naval volontaire

Améliorer la coopération et le partage de renseignement certes, mais pour quoi faire et comment ? En amont, il s’agit avant tout pour les marins de cibler les navires à contrôler avant leur arrivée au port. Ces contrôles de sureté sont réalisés par la gendarmerie maritime. Deuxième objectif ? Orienter la surveillance en mer pour déceler au plus tôt toute menace. Cette mission est menée en mer par les bâtiments de la Marine, en coordination avec le COM et en lien avec le Centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie maritime (CORGMAR).

Les renseignements liés à la sûreté maritime et portuaire sont partagés sur la base du volontariat avec des acteurs civils du monde maritime. C’est ce renforcement du contrôle naval volontaire (CNV) qui permet aux armateurs et compagnies maritimes de disposer d’une évaluation de la menace dans les zones à risques. Interface entre la Marine et les entités interarmées et interministérielles, le Centre de renseignement de la Marine joue à ce titre un rôle clé dans ce dispositif d’échange de renseignements d’intérêt maritime.

Sûreté portuaire et maritime

Si la Marine n’est pas en charge de la sûreté portuaire, elle est concernée dans la mesure où des lacunes dans ce domaine auraient un impact important sur la sûreté maritime. En cas d’incident, la Marine est responsable de la projection des moyens d’intervention et de la coordination de l’action des forces spécialisées (GIGN et commandos marine pour le contre-terrorisme maritime). La difficulté d’une intervention en mer, qui exige une connaissance fine du milieu, plaide pour renforcer la prévention. À ce titre, la Marine alerte les autorités en charge de la sûreté portuaire pour renforcer le niveau de sûreté dans les ports en particulier vis-à-vis d’une éventuelle menace à l’embarquement de passagers sur les ferries.

Un dispositif complet de prévention

Il s’agit in fine de conseiller la Direction des affaires maritimes (DAM) pour adapter les plans de sûreté des navires à la menace et prévoir des dispositions en cas d’incident (consignes aux passagers, zones refuge…). Autant de réflexes et de gestes visant à réduire au maximum les risques d’incident à bord d’un navire en mer, tout en permettant d’assurer une continuité satisfaisante du dispositif de prévention entre le port et le navire. Il s’agit également en filigrane, en cas d’acte terroriste, de limiter les effets (principalement le nombre de victimes) et de faciliter l’intervention des professionnels.

Une surveillance en profondeur

À partir de la mer comme à terre, il est essentiel de surveiller le littoral de façon continue (notamment grâce à la chaîne sémaphorique) et d’assurer une surveillance des points d’importance vitale du littoral. En particulier les ports de commerce d’intérêt majeur et les installations militaires sensibles (dont celles de la dissuasion), les nombreux sites SEVESO (60 à proximité du littoral de la Manche), les centrales nucléaires présentes en zone côtière ou les aéroports.

Le volet maritime du terrorisme

La Marine joue un rôle central dans la lutte contre les menaces terroristes en mer comme à partir de la mer. Elle est notamment chargée en mer du contrôle des navires pouvant constituer des menaces terroristes. Lorsque nécessaire, la Marine participe à la mise en œuvre des forces d’intervention spécialisées (commandos, médecins urgentistes, marins-pompiers…), ainsi qu’à la gestion de crise et à l’élaboration des situations tactiques. Dans les cas extrêmes, et dans le cadre du plan Pirate-Mer, la Marine agit conjointement avec le GIGN auquel elle apporte son expertise du milieu. À ce titre, la Marine travaille, dans un cadre interministériel et avec tous les acteurs concernés, aux évolutions à apporter dans le traitement de la menace terroriste. De nouvelles dispositions ont été testées lors de l’exercice Esterel 2016.

Témoignage

CV Gilles Boidevezi, adjoint opérations de CECMED

« La Méditerranée est une mer proche de nombreux foyers de crise comme la Libye ou la Syrie mais également très fréquentée. Il y existe aujourd’hui un fort trafic de migrants, avec les fortunes de mer et les drames que nous rappellent régulièrement les médias. C’est également une mer par laquelle transite une grande part du commerce maritime mondial avec de nombreux navires naviguant entre les ports de l’Europe du Nord et l’océan Indien via le canal de Suez. La Méditerranée est un espace maritime complexe qui nécessite une vigilance particulière de la part des armées, et plus spécialement de la Marine. De nombreuses unités y sont déployées en permanence. Le spectre des missions est très large et s’inscrit dans une logique de défense dans la profondeur du territoire national : missions de connaissance-anticipation au plus près des théâtres de crise, missions de surveillance de nos approches maritimes. Compte tenu des menaces pesant sur notre territoire, le dispositif Vigipirate et de DMT a été durci et la recherche de renseignement en mer renforcée. À terre, les Français se sentent sécurisés par les militaires qui patrouillent. Bâtiments hauturiers, avions et hélicoptères, chaîne sémaphorique, moyens de la gendarmerie maritime… En mer, le dispositif de la Marine est certes moins visible mais tout aussi dense et permanent (H24). La Marine contribue ainsi activement, au quotidien, à la protection de nos concitoyens. »

 

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