Soutenir - L'équipage Île Longue

Publié le 14 Mars 2016 à 16:56

© Marine nationale / Pascal Subtil

L’Île Longue est opérationnelle 365 jours par an, 24 h/24. Tous ceux qui y entrent ont fait l’objet d’une procédure d’autorisation d’accès particulière. C’est un site d’une étonnante complexité, maîtrisée par ses acteurs. Les compétences pointues de chacun ont permis de relever le défi de sa construction il y a plus de 40 ans et de maintenir jusqu’à aujourd’hui le plus haut niveau d’efficacité et de performance technologique. L’Île Longue est organisée comme un bâtiment à la mer : elle produit sa propre électricité ainsi que l’eau déminéralisée, l’air haute et basse pression nécessaire aux sous-marins, et elle dispose d’importantes réserves d’eau douce et de carburants. Une centaine de personnes est chaque jour de service sur le site et assure ainsi la permanence de la base opérationnelle. 
 
La coordination des différents acteurs 
Le site de l’Île Longue voit cohabiter de nom­breux intervenants qui œuvrent tous au soutien des SNLE. Pour que les rouages tournent aisément, il faut une coordination poussée. Affectée au plateau technique de coordination, le lieutenant de vaisseau Aurélie D. œuvre au cœur de ce dispositif : « 25 000 activités y sont conduites chaque année, jour et nuit. 4 500 d’entre elles nécessitent l’autorisation de plusieurs intervenants avant d’être réalisées car elles sont menées sur des installations soit sensibles soit très utilisées. Par exemple, changer une ampoule à l’Île Longue n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît ! C’est à moi de m’assurer que l’action peut être réalisée en sécurité et sans en empêcher d’autres plus importantes. Le bassin doit être vide, sans sous-marin, et les ponts roulants doivent être consignés pour que le technicien puisse intervenir en toute sécurité. » Le LV Aurélie D. est également officier de protection sûreté nucléaire. Atomicienne, elle a notamment été affectée sur le porte-avions et a suivi une formation spécifique sur les missiles nucléaires. Cela lui permet de remplir son rôle de garante du respect des règles de sûreté nucléaire sur le site. Ce plateau planifie les travaux avec plusieurs échéances temporelles : quinquennales, triennales et trimestrielles. D’autres cellules de coordination réalisent un travail similaire mais avec un maillage temporel beaucoup plus serré : la journée, ou même l’heure. Aux côtés du LV Aurélie D., qui représente la Marine et autorise finalement l’ensemble des opérations, un représentant de chaque entité est présent : CEA(1), DIRISI(2), SSF(3), SID(4), DCNS, Airbus Defence and Space et la DGA(5). « À l’Île Longue, il faut gérer successivement un mouvement missile, un démarrage de réacteur nucléaire, une livraison d’armes conventionnelles et les transports de combustible. Il faut sans cesse jouer avec les flux dans un environnement qui rassemble de nombreux acteurs aux objectifs et aux façons de travailler très différents. »
 
 
La protection défense du site
Surveillance de la base, patrouilles dynamiques, terrestres et maritimes, contrôles aléatoires de véhicules, les fusiliers marins, en coopération avec la gendarmerie mari­time, participent à la protection et à la défense en profondeur du site. La protection de l’Île Longue est un défi quotidien pour la compagnie de fusiliers marins (Cifusil) dont les marins alternent par ailleurs entraînements et déploiements opérationnels sur le territoire national, outre-mer ou à l’étranger. La Cifusil Île Longue compte une composante cynotechnie, remarquée sur le site, et une capacité maritime avec des embarcations rapides pour se déployer sur le plan d’eau de la base. En pleine expansion dans le cadre du renforcement des capacités de protection défense de la Marine, la Cifusil accueillera dans les prochains mois des effectifs supplémentaires pour renforcer ses capacités. Le second maître Pierre L. est fier de participer à la mission de dissuasion. « Nous protégeons toutes les installations en permanence. C’est très intéressant d’être à l’Île Longue car les technologies et les enjeux sont de très haut niveau. Nous savons que nous participons à une mission majeure pour la France. Notre travail est facilité par le partage de l’Île Longue en différentes zones qui permettent, selon l’activité qui s’y déroule, d’en limiter l’accès aux personnes strictement nécessaires. » Ainsi, 
la zone vie, ou zone bleue, est accessible à tous et comprend toutes les unités de soutien. Dans la zone jaune, ou zone industrielle, sont implantés les bassins, les usines de production d’eau ou encore d’électricité, les bureaux d’études industrielles et différentes autres entités. La zone rouge accueille quant à elle les activités pyrotechniques de la base.  
 
La zone industrielle 
Au plus près des bassins est installé l’ensemble des installations qui permettent de soutenir le sous-marin. Centrale électrique, groupes diesel de secours, station de pompage des bassins, installations de production d’eau déminéralisée, de vapeur, d’azote et d’air haute et basse pression, station de production et réseau d’eaux réfrigérées à 6 et 20 °C. Tout est produit pour que, à son arrivée à l’Île Longue, le sous-marin puisse être accueilli et entretenu dans les meilleures conditions. Les usines de production sont prévues pour pallier toute coupure de l’approvisionnement public. L’Île Longue peut ainsi être totalement autonome. Après presque 70 jours en mer, le sous-marin régénère son potentiel tout au long de son séjour à l’Île Longue. IPER ou IE, les périodes d’entretien sont plus ou moins longues, afin de maintenir au plus haut niveau le potentiel opérationnel du sous-marin. Après l’accostage, l’Île Longue prend le relais, explique un sous-marinier : « L’équipage de retour de patrouille est relevé par le second équipage, c’est pareil pour le sous-marin. Quand nous arrivons à l’Île Longue, c’est véritablement la base qui prend le relais ! Tout ce que le sous-marin produisait en autonomie est apporté par des câbles qui reposent sur des raz-débordoirs pour relier les usines de production au sous-marin. »
 
 
La zone vie 
Pour garantir la continuité des activités de l’Île Longue, les marins affectés sur la base opérationnelle assurent des tours de service. Pour soutenir les hommes et les femmes qui concourent, par leur travail quotidien, au bon fonctionnement de la base opérationnelle, une zone vie leur est dédiée. Une attention particulière est accordée aux lieux de cohésion : le restaurant et le foyer ont été réunis, le bar est ouvert le soir, les installations sportives améliorées et leurs horaires d’ouverture amplifiés. Un officier marinier souligne combien ces nouveaux aménagements d’horaire étaient attendus : « Désormais, nous ne restons plus dans notre chambre le soir, nous pouvons discuter et être ensemble. » Le commandant de l’Île Longue estime que « le bien-être de l’individu est essentiel dans l’accomplissement de sa mission ». Ainsi, dans les carrés de la zone vie, les nombreux intervenants sur le site de l’Île Longue vivent ensemble, au rythme des échéances opérationnelles.  
 
(1) Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives.
(2) Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information.
(3) Service de soutien de la flotte.
(4) Service d’infrastructure de la Défense.
(5) Direction générale de l’armement.
 
 
Encadré :
CDT Nicolas L., commandant de la Gendarmerie maritime (Gendmar) à l’Ile Longue 
« A l’Île Longue, la gendarmerie maritime a plusieurs missions. Elle s’occupe de la sécurité des accès aux différentes zones de la base, par le filtrage mais également par la délivrance des titres d’accès. Elle a en effet une mission de police administrative et judiciaire sur l’ensemble du personnel travaillant à l’Île Longue. Elle est également chargée de l’escorte des matières et matériels sensibles à l’intérieur de l’Île Longue et entre l’Île Longue et l’annexe de Guenvenez. Enfin, dans l'aire spéciale de surveillance, qui recouvre une grande partie du Finistère, les prérogatives de la gendarmerie maritime sont étendues afin de recueillir du renseignement pour protéger physiquement la base de l’Île Longue. Elle patrouille également à l’extérieur de la base, pour assurer sa sécurité. Les gendarmes maritimes agissent donc dans la profondeur pour protéger l’Île Longue. Leur action à l'intérieur de la base prend notamment en compte l'aspect judiciaire et s'effectue en coordination étroite avec la compagnie de fusiliers-marins, dans le cadre de l'intervention dans la base et sur le plan d'eau. La spécificité du travail à l’Île Longue tient à la densité des activités industrielles qui rendent complexes la sécurisation, le filtrage et les enquêtes. Il faut en outre faire preuve de discernement pour ne pas impacter les capacités de la base tout en garantissant sa sécurité. La compagnie de gendarmerie maritime de l’Ile Longue est constituée de 116 gendarmes  répartis en 4 pelotons spéciaux de sécurité qui se relèvent sur la base en permanence. Il existe en plus un pôle cynophile et un pôle motocyclistes. Précision importante, la gendarmerie de la sécurité des armements nucléaires (GESAN) n’est pas la Gendmar. Elle a une antenne dans la base de l’ILO mais ne relève pas de la Marine. Son activité est dédiée au contrôle gouvernemental des armements nucléaires. Elle régule l’accès physique aux armes et assure la surveillance des activités liées aux armements nucléaires. L’articulation entre les deux unités se fait sur le terrain au niveau du commandement, sous l’égide du commandant de l’Île Longue. »
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