SOUS UNE BONNE ÉTOILE

Publié le 2 Mars 2016 à 11:03

Basé à Calais-Marcq en 1940, Philippe de Scitivaux de Greische participe comme pilote à la Bataille de France. © Marine nationale

PHILIPPE DE SCITIVAUX DE GREISCHE

Officier de Marine breveté pilote dès 1937, Philippe de Scitivaux de Greische va notamment se distinguer lors de la Seconde Guerre mondiale pour ses faits d'armes au-dessus de la France et de la Belgique. Après-guerre, ce compagnon de la Libération va occuper de hautes fonctions dans la Marine, et ce jusqu'au début des années 1970.

Le destin de Philippe de Scitivaux de Greische semble taillé pour un scénario hollywoodien. Après des études secondaires à Poitiers chez les jésuites puis au collège Stanislas à Paris, ce fils d'un officier de cavalerie, tué au combat dès août 1914, choisit de faire carrière dans la Marine. Il entre à l’École Navale en 1931 avant d'embarquer sur le croiseur « Tourville », le cuirassé « Bretagne » puis le sous-marin « Junon ». Le monde des airs l'attire pourtant. L'aéronautique navale est naissante mais l'époque galvanisante. Il sert dans l'aviation embarquée avant d'être affecté dès 1939 dans l'escadrille de chasse AC2 équipée de Potez 631. Le 20 mai 1940, jour de l'offensive allemande à l'Ouest, Philippe de Scitivaux est blessé lors d'un combat aérien au-dessus de la Hollande. Transféré à l'hôpital de Calais, il s'attend à subir une longue convalescence mais l'avancée allemande est rapide, trop rapide. Les Panzers encerclent les troupes britanniques et françaises. Repliés à Boulogne, le personnel de l'hôpital et les blessés sont pris au piège. Scitivaux décide de prendre la poudre d'escampette. Jamais, il ne se rendra à l'ennemi nazi. Claudiquant, il quitte son lit d'hôpital, et il gagne le port. Il remarque un chalutier belge abandonné. Reste à recruter un équipage. Repérant des pompons rouges parmi la foule sur les quais, il sélectionne ses « matafs » pour appareiller. Malgré sa blessure qui s'est de nouveau ouverte, l'absence de cartes et les champs de mines, il réussit à amener à bon port son équipage, dont trois civils belges avec dans leurs valises... l'or des Chemins de Fer belge ! A bout de forces, le « pacha » est évacué vers un hôpital. L'honneur, le sien et celui de ses hommes, est sauf. De nouveau sur pied, Philippe de Scitivaux repart pour son pays afin de reprendre la lutte. Débarqué à Cherbourg, il assiste, les poings serrés, à une débandade. Un bras toujours dans le plâtre, il rejoint Hendaye où il apprend l'armistice demandée par le Maréchal Pétain. Profondément écœuré, l'officier ne veut pas s'avouer vaincu. Il reste encore un pays qui ose faire face à l'Allemagne d'Hitler : l'Angleterre. Il embarque à bord du Président Houduce à destination du Maroc. Durant cet embarquement, Philippe de Scitivaux parvient, avec l'aide d'un camarade, à convaincre le commandant du bâtiment de rejoindre Gibraltar. Sur le rocher, il fait une rencontre décisive : celle de l'amiral Muselier.

 

UNE BÊTE NOIRE POUR LA LUFTWAFFE ET LA KRIEGSMARINE ?

Début juillet 1940, il débarque à Londres où il s'engage dans les Forces navales françaises libres (FNFL). Il est d'abord affecté comme aide de camp de l'amiral Muselier jusqu'à la fin de sa convalescence. Affecté au 245th Squadron, il prend part à la fin de la Bataille d'Angleterre. De fin novembre 1940 à fin mars 1941, il sert dans différentes escadrilles (253th, 249th, 242th et 615th Squadron). durant lesquelles il mène de nombreuses opérations au-dessus de la France et de la Belgique. Il endommage et abat plusieurs avions et bâtiments ennemis. Son tableau de chasse parle pour lui : 3 avions allemands abattus, 2 bateaux coulés et plusieurs autres endommagés. Novembre 1941, il est désigné pour faire partie du premier free french  Squadron : le groupe de chasse "Ile-de-France". Destination Turnhill en Écosse où il assure l'entraînement des pilotes de la chasse et de l'aéronavale. Sa carrière au sein de ce groupe sera toutefois de courte durée car il est descendu lors de sa première mission au-dessus de Saint-Omer en France le 10 avril 1942. Il saute en parachute mais il est gravement blessé aux bras et aux jambes. Scitivaux est finalement fait prisonnier par les Allemands. Entre temps, sa femme Geneviève ("Ginette" dans la résistance)1 a tout risqué pour le rejoindre mais elle débarque trop tard en Angleterre. Le destin s'acharne. Après quatre mois d'hospitalisation, Scitivaux est, quant à lui, envoyé dans un Stalag. Après une première tentative d'évasion, il est transféré en Silésie. Trois nouvelles tentatives suivent, la dernière sera la bonne. Il réussit, en février 1945, à traverser toute l'Allemagne pour rejoindre Paris au mois de mars. Immédiatement, il demande à poursuivre le combat.

DANS LES HAUTES SPHÈRES

1946, le capitaine de vaisseau Philippe de Scitivaux de Greische est le chef de la mission navale à Washington où il joue un rôle de premier plan dans la renaissance de l'aéronautique navale française. Il commande ensuite l'aviso « La Pérouse » jusqu'en 1949. Il prend le commandement de la base aéronautique de Port Lyautey de 1951 à 1953 puis du porte-avions Bois-Belleau de 1957 à 1958. Il devient ensuite professeur au Collège des hautes études militaires (CHEM). Promu contre-amiral en 1960, il sera notamment commandant en chef pour le Pacifique de 1962 à 1964. Vice-amiral deux ans plus tard, il est nommé Préfet maritime de la 3ème région maritime à Toulon et commandant en chef pour la Méditerranée. Élève au rang de vice-amiral d'escadre en 1968, il est membre titulaire du Conseil supérieur de la marine (CSM) jusqu'en 1971. Il est ensuite versé dans la 2ème section des officiers généraux. "Piqué au tiare", il se retire en Polynésie française. Grand Officier de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération, Grand croix de l'ordre national du Mérite, Croix de guerre 1939-1945 (6 citations), Distinguished Flying Cross, Air Crew Europe Star et War Medal (Royaume-Uni) et Commandeur de l’Ordre du Dannebrog (Danemark), ses titres attestent des glorieux états de service de Philippe de Scitivaux, homme à n'avoir jamais courbé l'échine face à l'adversité.

Étienne Turpin

PHILIPPE DE SCITIVAUX DE GREISCHE EN 7 DATES

- 11 novembre 1911 : Naît à Rosnay (Indre)
- 1937 : Obtient son brevet de pilote
- Octobre 1940 : Intègre la Royal Air Force, la « RAF ».
- Février 1942 : Devient le commandant du groupe de chasse "Ile-de-France"
- Avril 1942 : Son avion abattu, il est fait prisonnier par les allemands
- Février 1945 : Parvient à s'échapper d'Allemagne à sa quatrième tentative d'évasion
- 10 août 1986 : Décède à Toulon

1: Geneviève "Ginette" (Georges) Jullian. Elle a joué un rôle important dans la Résistance et a fini tragiquement ses jours en plongée sous-marine à Tahiti.

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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