SOPHIA - Dans l’opération avec la FLF Courbet

Publié le 2 Mars 2016 à 10:02

© Marine nationale

Du 6 octobre au 22 novembre 2015, la frégate de type La Fayette (FLF) Courbet a participé à l’opération maritime européenne Sophia visant à lutter contre le trafic de migrants en mer Méditerranée. Retour sur cette mission.

Intégration à la mission

Le contexte dramatique marqué par la disparition de nombreux migrants au large des côtes italiennes a poussé les pays de l’Union européenne à déclencher une opération militaire. Dans cet espace maritime pourtant étroit, près de 972 000 migrants(1) ont franchi la Méditerranée en 2015. Après une escale d’intégration à la force Sophia effectuée au port OTAN d’Augusta (Sicile) début octobre et une journée d’entraînement spécifique avec la frégate allemande Schlewsig-Holstein, la frégate Courbet a rejoint sa zone de patrouille au large de Tripoli. Aux côtés de cinq bâtiments de guerre européens, et sous les ordres d’un amiral italien, le Courbet a opéré pendant un mois et demi au large de la Libye dans le but d’intercepter des passeurs de migrants. La force Sophia était principalement déployée dans une zone appelée « triangle de Lampedusa », entre la côte tripolitaine (Ouest de la Libye) et l’île italienne de Lampedusa.

Sauvetage en mer

Le Courbet a intégré l’opération Sophia le 6 octobre et a été amené dès le lendemain à recueillir des migrants à son bord. C’est l’une des particularités de cette mission, qui mêle de façon indissociable un objectif de lutte contre les réseaux de passeurs et un devoir d’assistance en mer. Quatre-vingts naufragés, et parmi eux quinze femmes et deux enfants, ont été récupérés à bord avant de passer par différentes phases de prise en charge : palpation et fouille de leurs rares bagages dès l’embarquement afin d’assurer la sécurité du bord et des naufragés, contrôle médical par le médecin et l’infirmier, enregistrement administratif. Après ce circuit d’embarquement, les naufragés ont été pris en charge. Des couvertures, des tables et de la nourriture avaient été préalablement installées. Pour le Courbet, la participation à la mission répondait à la fois à un engagement humanitaire et militaire. Puis, il a débarqué ces quatre-vingts personnes dans le port indiqué par le Maritime Rescue Coordination Centre (MRCC) de Rome en fonction de la situation des différents centres d’accueil italiens.


 

Interception

Le Courbet était engagé dans la phase 2 de Sophia, qui vise à intercepter des passeurs de migrants par un travail de coordination entre les navires, les embarcations, les avions et hélicoptères, ainsi que par un drone anglais. Pendant les sept semaines passées sur zone, le Courbet, renforcé par des commandos marine, a œuvré au cœur des dispositifs tactiques d’interception élaborés par le Force Commander italien. Le volume de moyens engagés permettait une couverture aérienne continue et quotidienne entre le milieu de nuit et la fin de matinée, créneaux de transit des migrants. Si aucun passeur n’a pu être appréhendé, les investigations d’embarcations de migrants et les nombreuses enquêtes de pavillon réalisées sur les pêcheurs croisés à proximité des routes des migrants ont permis la récupération de renseignements permettant de mieux comprendre les modes opératoires de ce trafic d’êtres humains.

INTEROPÉRABILITÉ

Cette première participation d’un bâtiment français aura permis de mieux appréhender le trafic et de mettre en évidence la difficulté d’établir un cadre juridique efficace pour cette jeune mission. Cette période à la mer fut également l’occasion de renforcer l’interopérabilité du Courbet avec les autres bâtiments européens participant à l’opération. Pour l’anecdote, le nom de l’opération Sophia a été donné par Federica Mogherini, haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, à la suite de la naissance en mer d’une petite fille somalienne, prénommée Sophia, sur la frégate allemande Schleswig-Holstein qui venait de secourir sa mère. Le choix de ce prénom par la mère vient du surnom que donnent les marins allemands au Schleswig-Holstein en l’honneur de la princesse Sophia von Schleswig-Holstein.

(1) Source : Organisation mondiale pour les migrants et Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dans un communiqué conjoint du 21 décembre 2015.

Interview :
 

CF Antoine Vibert
Commandant du Courbet

Commandant, comment le bâtiment a-t-il été préparé pour cette mission ?
En deux temps : une première partie traditionnelle « post-rotary », avec un stage de remise à niveau opérationnel (RANO), puis une deuxième partie spécifique, sous la direction du Force Commander de Sophia avec le concours de la frégate allemande Schleswig-Holstein, qui participait depuis plus de trois mois à l’opération. Le Courbet a été testé dans sa capacité d’intercepter un skiff de passeurs et dans son organisation de recueil de migrants. Grâce à un réalisme poussé, ces entraînements spécifiques ont été très efficaces.

S’il y a un temps fort à retenir, lequel est-ce ?
Au-delà du recueil de naufragés à bord, je retiendrais les nombreuses mises en place nocturnes de dispositifs d’interception de passeurs, articulés autour de l’embarcation de transport rapide pour commandos (ETRACO), de moyens aériens et de plusieurs frégates. Les performances des moyens engagés et leur excellente coordination constituent une grande satisfaction.

Si vous deviez résumer l’opération en trois mots ?
« Nouveauté » : cette mission européenne a été lancée le 22 juin 2015 et le Courbet a été le premier bâtiment français à participer à la phase 2 (en eaux internationales). « Réactivité » : malgré un faible préavis et un appareillage anticipé de trois semaines, l’équipage a montré dès le départ une grande motivation et s’est adapté aux évolutions du contexte juridique et opérationnel de la mission.
«Interopérabilité » : commandée par un amiral italien embarqué sur le Cavour, la force Sophia comptait, pendant notre présence dans le dispositif, des unités de six pays européens.


UNE MISSION COMMUNE

L’opération militaire Sophia a été décidée le 18 mai 2015 par l’Union européenne au titre de la politique de sécurité et de défense commune. La première phase a été lancée le 22 juin par les ministres des Affaires étrangères, réunis à Luxembourg. Cette opération militaire vise à lutter contre le trafic de migrants en démantelant le modèle économique et les réseaux de passeurs. Après une première phase de collecte de renseignements, l’opération Sophia est entrée, à partir du 7 octobre, dans sa seconde phase qui consiste à intervenir sur mer contre les réseaux de passeurs en Méditerranée. L’état-major est implanté à Rome sous le commandement de l’amiral italien Enrico Credendino. Son adjoint est le contre-amiral français Hervé Bléjean.


Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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