Rencontre GAN : un formidable outil militaire alliant puissance et souplesse

Publié le 22 Février 2016 à 10:50

© Marine nationale

Contre-amiral René-Jean Crignola, commandant le groupe aéronaval.

 
Amiral, pouvez-vous revenir sur le contexte exceptionnel de l’engagement initial du groupe aéronaval (GAN) dans cette mission Arromanches 2 ?
Nous étions à quelques jours du départ pour un déploiement en océan Indien préparé depuis plusieurs mois et qui s’inscrivait dans la continuité de celui réalisé de janvier à mai 2015 – d’où le nom Arromanches 2 – lorsque les attentats du 13 novem­bre ont été commis. Le porte-avions terminait juste une sortie de qualification du groupe aérien embarqué. Après un week-end passé à élaborer avec les acteurs concernés les conditions d’un engagement au Levant depuis la Méditerranée orientale, nous avons proposé au chef d’état-major des armées une option militaire permettant de débuter les frappes contre Daech cinq jours après notre appareillage de Toulon prévu le 18 novembre. Il s’agissait d’un véritable défi, nécessitant de conduire de front sur un transit à vitesse élevée l’intégration des bâtiments de la Task Force, la montée en puissance du groupe aérien et la préparation opérationnelle des missions de combat dans un environnement complexe et nouveau. C’est dans ces circonstances que l’expérience accumulée par des années d’opérations aéronavales entrecoupées d’entraînements exigeants constitue un atout gagnant pour le groupe aéronaval, formidable outil militaire alliant puissance et souplesse. Le 23 novembre, le porte-avions catapultait ses avions au-dessus de la Syrie et de l’Irak à partir de la Méditerranée orientale. 
 
Le 7 décembre après le passage de Suez, vous avez pris le commandement de la Task Force 50 (CTF 50), c’est une première ?
Première historique, comme se plaît à le souligner le vice-amiral Donegan, qui commande la 5e flotte américaine. La Task Force 50, c’est son arme principale : le groupe porte-avions. La marine américaine en a dix. C’est beaucoup mais cela ne lui suffit plus pour assurer une permanence dans le golfe Arabo-Persique compte tenu de son recentrage sur le Pacifique. Il y a donc des « carrier gap » (absence d’un GAN américain sur la zone). Pour combler le premier d’entre eux, le chef d’état-major des armées américaines a deman­dé à son homologue français le concours du groupe aéronaval. Là, on est très au-delà de l’interopérabilité qui permet d’intégrer des bâtiments alliés autour du porte-avions. C’est le fruit de quinze années d’une étroite coopération entre les deux seules nations au monde disposant de porte-avions nucléaires à catapulte et brins d’arrêt. Dans cette région stratégique, où grâce à Alindien nous entretenons de façon permanente une relation privilégiée avec le commandement de la 5e flotte américaine, nous pouvons remplacer un groupe porte-avions américain – ce qui témoigne du niveau de confiance atteint – tout en conservant notre autonomie d’appréciation de situation et notre entière liberté de décision sous le commandement opérationnel du chef d’état-major des armées (CEMA). Qui dit confiance dit partage du renseignement. Assurer la fonction de CTF 50, c’est aussi accéder à des informations jusqu’ici non partagées. C’est du concret, avec des avancées qui ont un rôle de catalyseur pour les échanges avec nos partenaires américains à tous les niveaux de l’opération Inherent Resolve : du stratégique à Tampa (Floride) jusqu’au tactique au Combined Air Operations Center (CAOC) à Al Udeid (Qatar), en passant par l’opératif de la Force interarmées multinationale ou Combined Joint Task Force (CJTF), dont le quartier général est au Koweit.
 
 
Même si vous êtes encore en opérations, pouvez-vous nous dresser un premier bilan de la mission Arromanches 2 ?
À ce stade, l’heure n’est pas encore au bilan. Nous frappons durement l’ennemi chaque jour. L’arrivée du GAN sur le théâtre des opérations a triplé le nombre de chasseurs français capables d’atteindre Daech en Syrie et en Irak, permettant l’intensification des frappes décidée par le président de la République, comme il l’a lui-même rappelé lors de sa venue à bord du Charles de Gaulle le 4 décembre dernier. Daech est aujourd’hui sur une posture défensive, il perd du terrain comme en témoigne la reprise récente de Ramadi par les forces irakiennes. C’est le fruit de l’effort de l’ensemble de la coalition au sein de laquelle opère le GAN, en complément des aéronefs de l’armée de l’Air déployés dans la région. Après son appareillage de Toulon le 18 novembre 2015, le GAN a immédiatement été déployé en Méditerranée orientale (MEDOR). Le 23 novembre, le groupe aérien embarqué a conduit ses premières frappes sur les zones contrôlées par Daech en Syrie et en Irak. Notre redéploiement rapide, après un premier engagement en Méditerranée orientale, vers le golfe Arabo-Persique, avec une manœuvre logistique optimisée au passage devant Djibouti et tout en renforçant les capacités opérationnelles du groupe aérien embarqué, illustre la capacité d’action flexible, mobile, puissante et réversible que le GAN offre au décideur politique. 
Enfin, l’exercice de la fonction de CTF 50 constitue aussi un résultat important d’Arromanches 2, qui ne se limite pas à l’engagement dans Chammal/Inherent Resolve. Il marque notre pleine capacité à opérer avec notre partenaire américain dans un conflit de haute intensité. Dans un monde plus que jamais incertain, où se développent des marines puissantes qui pourraient demain constituer des menaces, c’est un gage majeur. 
 
 
Vous commandez un GAN intégrant plusieurs bâtiments européens. Comment se déroule leur intégration ?
Vous soulignez à juste titre la présence de bâtiments européens au sein du GAN : une frégate belge depuis notre appareillage, une frégate allemande qui nous a ralliés à Suez et deux bâtiments britanniques que nous avons retrouvés en océan Indien. Le GAN attire les marines européennes. Comme je le faisais remarquer à l’amiral britannique Bob Tarrant - visiblement séduit par l’idée – lors de son passage à bord du porte-avions début janvier, ce déploiement opérationnel a un parfum de ce que nous voudrions faire avec le Combined Joint Expeditionary Force (CJEF) : une force expéditionnaire franco-britannique à laquelle s’agrègent des bâtiments européens. Le Leopold 1er et l’Augsburg, tout comme le Defender et le Saint-Albans bien sûr, se sont intégrés sans difficulté au sein du GAN. La clé de cette interopérabilité s’appelle l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). Nos bateaux y sont rompus depuis toujours et l’état-major du GAN provient de la Force aéromaritime française de réaction rapide (FRMARFOR), certifié comme HRF(M)HQ OTAN depuis plus de 10 ans. Ajoutez-y la détermination et le professionnalisme des équipages, ça ne peut que fonctionner. 
 
Dernière question : Quel est l’état d’esprit qui anime aujourd’hui les marins du GAN ?
Malgré la fatigue qui se lit sur certains visages, après plusieurs mois d’opérations sur un rythme qui n’a en pratique jamais réellement diminué, les marins du GAN ont un moral d’acier. Ils comprennent parfaitement le sens de notre mission et y adhèrent avec détermination et professionnalisme. Il s’agit de défendre les français contre une menace terroriste que fait peser contre eux un ennemi déterminé et prêt à tout. Chacun à son poste participe à cette lutte qui sera encore longue malgré tous les progrès déjà accomplis. Partis de Toulon alors que la France était confrontée à de terribles attaques, ils savaient que l’effort demandé serait important. Ils sont pleinement conscients du soutien constant qu’ils reçoivent de la part des Français comme le leur a rappelé le Ministre de la Défense lors de sa visite le 31 décembre. 
 
Dossier réalisé par l’EV1 Pauline Franco, en collaboration avec le CF Lionel D., le LV Thierry M. et l’ASP Marius C.
 

Le porte-avions en chiffres

• Longueur : 261,50 mètres.
• Largeur : 65 mètres.
• Hauteur : 75 mètres.
• Déplacement : 42 000 tonnes.
• Vitesse : 28 nœuds (soit environ 52 km/h). 1 000 km peuvent être parcourus par jour.
• Capacité aéronautique : une quarantaine d’aéronefs (Rafale, Super Étendard Modernisé, Hawkeye, hélicoptères).
• Un avion peut être catapulté toutes les 30 secondes.
• Autonomie en vivres : 45 jours (soit 120 tonnes) pour 4 000 repas à confectionner chaque jour.
• Équipage : 1 900 marins lors d’un déploiement opérationnel (Charles de Gaulle : 1 200, groupe aérien embarqué : 600, état-major de conduite du groupe aéronaval : 100).

 

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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