Espace de clivages et de tensions - Se prépositionner et agir

Publié le 28 Octobre 2015 à 11:01

© Marine nationale

La Méditerranée est un espace stratégique où les intérêts de la France sont nombreux et soumis à des risques et des menaces multiples. La militarisation de cette zone, qui traduit l’expansion des crises, rappelle l’importance pour la France d’y être présente.

Un espace militarisé

Les marines des puissances tant historiques qu’émergentes sont présentes en Méditerranée. Les flottes des États-Unis, de la Russie, de l’Italie ou de l’Espagne y naviguent, comme celles de la Chine, de l’Inde et du Brésil. Les États-Unis y sont très présents, grâce au déploiement de leur VIe flotte, basée en Italie, qui réalise de nombreuses manœuvres avec l’ensemble des pays de la zone. Pays riverain de la mer Noire, la Russie est très active en Méditerranée à laquelle elle accède grâce aux détroits turcs. Elle fait de la base de Sébastopol, située en Crimée, le fondement du retour de sa puissance navale. Elle a ainsi pu commencer la modernisation de sa flotte en mer Noire. Cette dernière devrait être composée de six sous-marins d’attaque et de six frégates d’ici 2020. La Chine, qui assoit aussi sa stratégie maritime en océan Indien, n’est pas absente de la Méditerranée, preuve de l’importance croissante de cet espace maritime. Une série d’escales de bâtiments chinois en Méditerranée est venue traduire les propos du Président Hu Jintao selon lesquels la Chine est une « puissance maritime » prête à « défendre ses droits et ses intérêts maritimes ».

En quête de reconnaissance, l’Iran entend lui aussi affirmer sa puissance régionale. Pour la première fois depuis la Révolution islamique de 1979, deux navires de guerre iraniens ont franchi le canal de Suez en 2015. Pays riverain en phase de montée en puissance, l’Égypte a dernièrement acquis des avions Rafale, une frégate multimission, deux bâtiments de projection et de commandement et deux corvettes Gowind.

Une zone de crises

Cette forte présence navale est liée aux nombreuses crises qui jalonnent l’histoire du pourtour méditerranéen. De nombreux conflits déstabilisent aujourd’hui la zone et représentent une menace pour la sécurité du trafic maritime.

Les relations gréco-turques se sont tendues au moment du partage de l’île de Chypre en deux républiques autonomes, dont la partie nord reconnue seulement par la Turquie. La construction d’un mur entre les deux a ancré géographiquement leur séparation politique. Autre point d’achoppement entre les deux pays frontaliers : les îles de la mer Égée. En effet, les frontières établies entre la Turquie et la Grèce y sont souvent remises en cause par l’une ou l’autre partie. Chacun des deux pays revendique certaines zones communes, conformément à la convention des Nations unies sur le droit de la mer. La Grèce prétend avoir le droit de porter de 6 à 12 miles autour de ses côtes la zone sur laquelle s’impose sa souveraineté. La Turquie considère ce partage inéquitable. La découverte récente d’immenses réserves de gaz au large de la Turquie risque de relancer le débat sur l’appropriation des ressources marines.

En Crimée, aux portes de l’Europe et de la Méditerranée, la Russie et son voisin ukrainien revendiquent leur souveraineté sur la même province, qui accueille par ailleurs de nombreux soldats russes.

L’instabilité politique post-Printemps arabe favorise aussi l’émergence de nouvelles menaces. Ainsi, la Syrie et la Libye sont des terres de conflits qui bordent l’espace méditerranéen. Les conflits ouverts dans ces deux pays déstabilisent l’ensemble de la région, en provoquant notamment des flux inédits de migrants ou en laissant de vastes territoires sous le contrôle de groupes armés. Dans le canal de Suez, l’Égypte lutte contre les attaques terroristes. De telles pratiques menacent la sécurité de la navigation dans l’un des axes les plus empruntés au monde.

La France acteur majeur de la zone Méditerranée

Dans cet environnement complexe et instable, la France affirme sa volonté de rester un acteur majeur de la région. La Marine, qui joue son rôle de marine hauturière, garantit une évaluation autonome de situation pour être en mesure d’anticiper les crises et le cas échéant, d’intervenir pour contribuer à les résoudre. La connaissance, permise grâce à la collecte de renseignements pertinents, est une condition de l’autonomie d’appréciation, de décision et d’action de la France.

Au large des côtes françaises, la Marine contribue, aux côtés d’autres administrations, à la sécurité de ses approches maritimes grâce à sa chaîne sémaphorique, ainsi qu’à la permanence de la surveillance et du sauvetage en mer dans la zone de responsabilité du préfet maritime de la Méditerranée. Elle œuvre avec les pays alliés pour renforcer leurs capacités en commun, notamment au travers d’exercices conjoints. En Méditerranée orientale, zone d’intérêt stratégique sensible aux crises et aux divers trafics, la Marine assure continuellement une présence. Les bâtiments déployés en mer Noire au cours de l’année passée – le Commandant Birot ou le La Fayette, le Dupuy de Lôme – y assurent une mission de présence et de veille stratégique. Ces bâtiments participent également aux mesures dites d’assurance, voulues par l’Otan. Premier port militaire européen sur la façade méditerranéenne, Toulon accueille la Force de réaction rapide de la Marine et ses groupes – aéronaval ou amphibie – déploya-bles sous très faible préavis. Les forces qui sont basées à Toulon sont projetables rapidement par la Méditerranée, mer ouvrant directement sur l’arc de crise et les zones de tensions définies par le Livre blanc. 

Libye : évacuation de ressortissants (Resevac)

La Méditerranée est une zone de prépositionnement stratégique pour la Marine. Il s’agit en effet d’être présents au plus proche des zones de crise afin d’être capables d’apprécier la situation de manière autonome et d’intervenir en urgence. Ainsi, dans la nuit du 29 au 30 juillet 2014, la frégate anti-sous-marine (FASM) Montcalm et la frégate de type La Fayette (FLF) Courbet déployées au large des côtes libyennes, à hauteur de Tripoli, ont procédé à l’évacuation de 47 personnes, dont une majorité de Français, sous le contrôle opérationnel du commandant de la zone maritime Méditerranée (CECMED), le vice-amiral d’escadre Yves Joly.

 

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