Espace névralgique - Prévenir et sécuriser

Publié le 28 Octobre 2015 à 10:49

© Marine nationale

Berceau de l’écriture, le rivage méditerranéen a permis à des empires et civilisations d’échanger et de s’étendre. La communication par voie de mer a fait naître le commerce maritime, premier mouvement d’une mondialisation des échanges. Lac de l’Empire romain, carrefour de trois continents et de religions, la Méditerranée a dû ensuite partager, avec la découverte du Nouveau Monde puis celle de pétrole au Moyen-Orient, son rôle de centre névralgique du commerce mondial. Elle en demeure toutefois un lieu de passage incontournable.

De l’Europe à l’Asie

Ouverte sur la mer Rouge et l’océan Indien par le canal de Suez, la mer Méditerranée est la porte vers les zones de tensions au Moyen-Orient et dans le golfe Arabo-Persique, théâtres d’opérations aéromaritimes. Avec l’inauguration du nouveau canal de Suez en août dernier, le flux de navires a doublé (de 50 à 100 navires par jour). L’ouvrage, accessible à des navires plus grands, permet une navigation dans les deux sens et fait passer de 18 à 11 heures la durée du transit.

Le défi de l’immigration

Dans cet espace stratégique de première importance, la Marine apporte une contribution essentielle à l’action de la France pour assurer la sécurité en mer. En effet, l’augmentation de la présence en mer provoque une augmentation des risques et menaces. Les Printemps arabes, qui ont déstabilisé les pays riverains, ont considérablement augmenté les migrations clandestines aux multiples causes : terrorisme, pauvreté et demain peut-être changement climatique. Aux migrants subsahariens ou orientaux transitant notamment par la Libye, s’ajoutent de nombreux syriens poussés à la fuite par la guerre civile depuis 2011. Large de 140 kilomètres entre la Tunisie et la Sicile, la Méditerranée est vue par les migrants, qui ont parfois déjà parcouru des milliers de kilomètres, comme le dernier obstacle avant l’Europe. Selon l’agence Frontex, organisation chargée de la gestion des frontières européennes, près de 470 000 migrants ont traversé la Méditerranée entre janvier et septembre 2015, la majorité d’entre eux étant secourus à la mer.

Opérer en commun

La France contribue à l’effort européen pour lutter contre le trafic organisé de migrants en mer. Aux opérations coordonnées par l’agence Frontex, mises en place depuis 2006, s’est ajoutée le 22 juin dernier l’opération EUNAVFOR MED. La principale mission confiée à Frontex est la surveillance des frontières de l’espace Schengen, afin d’empêcher l’immigration illégale et de diriger les candidats à l’immigration vers les points de passage frontaliers où ils seront contrôlés.L’opération EUNAVFOR MED est une opération militaire de lutte contre les passeurs et trafiquants d’êtres humains. Si, dans un contexte de forte pression migratoire, l’impératif humanitaire fait ponctuellement évoluer ces engagements en mission de sauvetage en mer, l’objectif reste bien, selon Jean-Yves Le Drian, de réagir « contre ceux qui profitent de ce trafic inhumain ». La France participe activement à l’ensemble de ces opérations. Les patrouilleurs de haute mer Commandant Birot et Commandant Bouan ont ainsi participé au printemps, puis en septembre 2015 à l’opération Triton, ayant pour but de surveiller et de contrôler les flux migratoires dans une zone s’étendant du sud de Malte au sud de l’Italie. Le remorqueur de haute mer Tenace a aussi patrouillé en mer d’Alboran au cours de l’été 2015. La douane apportera sa contribution à Frontex au mois de novembre. Ces derniers mois, un Falcon 50 a réalisé de nombreux vols de sûreté des approches maritimes au profit de Frontex, ainsi que d’EUNAVFOR MED.

Intercepter des trafics colossaux en mer

La Marine française fournit en Méditerranée la capacité de haute mer pour lutter contre le narcotrafic. Les opérations interministérielles, coordonnées par le préfet maritime de la Méditerranée à Toulon, permettent l’interception d’embarcations transportant d’importantes quantités de produits stupéfiants, le plus souvent de la résine de cannabis. L’intervention en haute mer permet d’appréhender des quantités très importantes, avant que la cargaison ne soit disséminée et revendue en petites doses en zone urbaine, évitant ainsi autant d’opérations de police à terre. Ces cinq dernières années, près de 26 tonnes ont été retirées du trafic grâce à l’action des moyens français, saisies directement ou détruites dans l’urgence par les trafiquants. Les saisies de go-fast, qui représentaient la plus grande activité à la fin des années 2010, ont fortement diminué depuis 2012, les trafiquants ayant changé leurs modes d’action du fait de la présence de navires, notamment français, en mer d’Alboran. Ils transportent désormais leurs produits stupéfiants à bord de cargos, de navires de pêche ou dissimulées dans les conteneurs du trafic commercial. En complément de ces interventions, les renseignements fournis par les administrations françaises à ses partenaires européens ont permis la saisie de 170 tonnes de drogues en 2014.

Témoignage
Capitaine de corvette Pierre Pasco, commandant le PHM Commandant Bouan

« Déployé dans le cadre de la mission Triton, du 2 au 22 septembre dernier, sous l’égide de Frontex, nous étions conscients que nous pourrions être amenés à conduire des opérations de sauvetage d’ampleur. Cela a été le cas les 5 et 11 septembre derniers. Le patrouilleur de haute mer (PHM) Commandant Bouan a procédé au sauvetage de 327, puis 140 naufragés. Au cours de ces opérations, nous sommes intervenus sur des embarcations à la dérive sur lesquelles étaient entassés de nombreux hommes, femmes, enfants et même des nourrissons. Cela a nécessité l’implication de l’ensemble de l’équipage du Commandant Bouan et son professionnalisme pour procéder à l’embarquement en toute sécurité de ces personnes livrées à elles-mêmes, dans un état de fatigue avancé et dans une situation sanitaire précaire. Ce sont des situations auxquelles nous sommes rarement confrontés, mais l’entraînement quotidien et le retour d’expérience dont nous disposions nous ont permis d’y faire face. »

 

Vos réactions: 
Moyenne: 4 (3 votes)
Envoyer