VAE Bruno Paulmier, « deputy commander » du commandement maritime de l’OTAN

Publié le 31 Juillet 2015 à 15:24

© Cédric Artigues / HQ MARCOM

« MARCOM est chargé de la planification, du contrôle opérationnel, de la conduite et de l’évaluation des opérations maritimes de l’OTAN»

Le VAE Bruno Paulmier est le « deputy commander » ou commandant adjoint du commandement maritime (MARCOM) de l’OTAN depuis septembre 2014 basé à Northwood ; il est aussi le marin le plus ancien dans l’Alliance atlantique. Pour Cols Bleus, il revient sur le rôle de cet état-major, les marins français qui y sont affectés et la place en expansion du maritime dans l’Alliance.

COLS BLEUS : Amiral, 300 personnes travaillent au sein du commandement maritime de l’OTAN, quelles sont leurs missions ?

VAE BRUNO PAULMIER : Point focal de l’action maritime de l’Alliance, MARCOM est chargé de la planification, du contrôle opérationnel, de la conduite et de l’évaluation des opérations de l’OTAN et de toutes les phases maritimes des exercices de l’OTAN. Pour cela, un centre opérationnel (où sont actuellement affectés cinq marins français) est armé, 24h sur 24, notamment par des représentants du NATO Shipping Center (interlocuteur OTAN de la communauté maritime) et des spécialistes des composantes aéronavales et sous-marines.

Cette permanence opérationnelle permet de commander les quatre groupes de forces de réaction rapide déployés en permanence sous la bannière OTAN (deux groupes maritimes et deux groupes de guerre des mines) et les deux opérations maritimes de l’OTAN, de lutte contre la piraterie dans l’océan Indien (Ocean Shield) et de lutte contre le terrorisme en Méditerranée.

MARCOM cherche aussi à favoriser toute les occasions d’interaction entre ses forces navales et les navires déployés sous contrôle opérationnel national. Il organise ainsi de nombreux entraînements. Dynamic Mangoose , organisé par le MARCOM, en mai dernier, a permis à des sous-marins allemands, norvégiens, suédois et américain et à 13 navires de surface canadiens, allemands, français, néerlandais, norvégiens, polonais, espagnols, turcs, britanniques et américains, ainsi que des avions de patrouille maritime français et allemands de s’entraîner à la lutte anti-sous-marine et anti-surface au large de la Norvège.

En juin dernier, les manœuvres BALTOPS qui était orientées autour de la défense de cette région stratégique qu’est la Baltique, ont fortement accru le niveau d’interopérabilité des 49 navires et des aéronefs de 17 pays (dont 14 pays membres de l'OTAN) et des 5 600 soldats déployés. Le BCR Somme et le CMT Eridan ont ainsi intégré un dispositif naval qui a conduit un assaut amphibie, commandé depuis le navire britannique HMS Ocean et le bâtiment américain USS San Antonio, au nord de la Pologne.

 

COLS BLEUS :Le MARCOM vient de déclarer sa pleine capacité opérationnelle, que cela signifie-t-il ?

VAE B.P. :Le commandant suprême des opérations de l’OTAN (SACEUR) vient de certifier la pleine capacité opérationnelle de MARCOM. Cette qualification opérationnelle vient reconnaître sa capacité à conduire l’ensemble des opérations prévues au sommet de Chicago. Il s’agit, en particulier, d’assurer le commandement d’une opération multinationale interarmées à forte composante maritime.

COLS BLEUS : Le plan de réactivité revient souvent dans les discours des autorités de l’Alliance. De quoi s’agit-il ? Quel en est l’impact maritime ?

VAE B.P. : Tous ces exercices constituent, pour les forces alliées, des occasions exceptionnelles de s’entraîner ensemble et de mettre en œuvre des procédures, protocoles et tactiques standardisés. Ces expériences partagées d’interopérabilité permettent de se déployer et opérer ensemble, à court préavis, lors de crises réelles comme lors de l’opération Unified Protector au large de la Libye en 2011.

C’est bien l’état d’esprit du plan d’action réactivité (Readiness Action Plan - RAP), décidé lors du sommet de Newport en septembre 2014. Il prévoit le développement en continu de l’interopérabilité au sein des marines de l’OTAN et avec les partenaires. Dans le domaine maritime en particulier, le but est de faciliter une transition des opérations de temps de paix à la réponse crédible aux crises potentielles futures.

La prochaine étape de ce processus, est Trident Juncture 2015 qui se déroulera à l’automne  prochain - en Méditerranée occidentale, dans le détroit de Gibraltar et au large du Portugal pour les phases maritimes – et impliquera  plus de 25 000 militaires, 70 bâtiments de surface, 8 sous-marins et de nombreux aéronefs dont une dizaine de patrouille maritime.

COLS BLEUS : Le ministre vient d’annoncer une initiative française pour la stratégie maritime de l’Alliance, quel impact pour le maritime dans l’alliance ?

VAE B.P. : Le ministre a tout récemment annoncé un projet maritime Français «qui pourrait répondre à de nombreux besoins alliés identifiés dans le Plan de Réactivité et la Stratégie maritime de l’Alliance ». Ce projet cherche l’optimisation et la valorisation des moyens existants au sein de l’Alliance : il vise notamment à améliorer la connaissance de la situation maritime ; renforcer la présence dissuasive et la réactivité des marines alliées ; améliorer leur interopérabilité ; renforcer les relations avec les différents partenaires ou les autres grandes organisations internationales. Pour ce qui est de l’Union européenne, il faut toujours rappeler que 22 de ses 28 Etats membres sont également des nations de l’OTAN.

Cette proposition Française a été bien accueillie et l’OTAN va maintenant étudier comment se l’approprier.

COLS BLEUS : Quel regard portez-vous sur le contingent Français au MARCOM ?

VAE B.P. : Force est de constater la méconnaissance au sein de la Marine de l’apport des marins français aux états-majors de l’OTAN. De cette première année au sein de l’Alliance, je retiens le très grand professionnalisme des militaires Français affectés au MARCOM. Leur investissement est d’ailleurs reconnu et fortement apprécié, en particulier dans certains domaines opérationnels peu répandus au sein des nations maritimes de l’Alliance. La France en retire une influence importante sur les méthodes et les savoir-faire mis en œuvre par l’OTAN.

MT Sébastien N, staff assistant administration, division opérations, MARCOM

« Cette fonction correspondrait à celle d’un secrétaire de division dans un état-major français. Je travaille au profit de toute la division auprès d’un capitaine de vaisseau turc. Mon but est de faire en sorte que les problématiques administratives, logistiques et financières (budget missions) permettent sans heurt l’accomplissement de nos missions.

A mes yeux, l’intérêt premier de mon poste est le travail dans un environnement vraiment international. Je côtoie, au quotidien pas moins de 8 nationalités ; mon Anglais ne peut donc être que meilleur ! Je suis particulièrement satisfait par le fait d’être acteur, à mon niveau des opérations maritimes de l’OTAN.

Arrivé en aout 2013, j’ai rapidement pris mes marques au sein du MARCOM et ai bénéficié d’un excellent accueil tant au sein de la division que dans la communauté française. Coté personnel et professionnel ; deux mois après mon arrivée, j’ai fait partie de l’équipe « management de l’information » lors de l’exercice Brillant Mariner 2013. Je dois avouer avoir été très fier d’avoir été félicité pour ma participation.

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

 
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