Commémorations : les marins du Courbet se souviennent de Mers el-Kébir…

Publié le 7 Juillet 2015 à 16:40

© Marine natonale

La frégate Courbet a fait escale à Oran (Algérie) les 3 et 4 juillet 2015 afin de participer aux commémorations du 75ème anniversaire du drame de Mers el-Kébir.

Le 3 juillet 1940, l’opération Catapult est lancée par les Britanniques causant la mort de 1297 marins français. La France et le Royaume Uni, liés par l’engagement interallié du 28 mars 1940, livraient pourtant un combat commun contre l’Allemagne nazie. Mais, vaincue en métropole, la France signe un armistice séparé le 22 juin.

Une partie de la flotte française est alors concentrée dans le port de Mers el-Kébir. Le premier ministre britannique Winston Churchill, décidé à poursuivre le combat, craint que les armées hitlériennes ne s’emparent de la flotte de la Marine française et veut afficher aux yeux des Américains son intransigeance face à Hitler. Il exige que notre flotte se saborde ou rejoigne les positions anglaises ou américaines. Mais l’armistice ne prévoit ni ce plan, ni la mainmise de la flotte allemande sur la flotte française. Le matin du 3 juillet, l’amiral anglais Somerville envoie à l’amiral Gensoul, commandant la force du Raid, un ultimatum demandant à « l’honorable flotte française de se joindre à nous [les Britanniques] pour continuer le combat à nos côtés ou être conduit dans un autre port». Il s’agit en réalité d’une mise en demeure inacceptable, les canons anglais étant pointés sur les navires français en cours de démobilisation et de désarmement. Il est demandé à l’amiral Gensoul de violer l’armistice et les ordres de l’amiral Darlan. Malgré les tractations et le report de l’heure de fin de l’ultimatum, les Anglais ouvrent le feu à 17h55 et procèdent à un intense bombardement pendant dix-sept minutes. La quasi-totalité des bâtiments français est touchée. Les cuirassés Provence et Dunkerque ainsi que le contre-torpilleur Mogador sont mis hors de combat, le Bretagne explose et chavire causant la mort de plus de neuf cents marins. Seul le cuirassé Strasbourg et son escorte parviennent à s’échapper et regagner Toulon.

Le 6 juillet, après avoir intercepté un message français annonçant la réparation prochaine d’une partie des navires touchés, l’aviation anglaise déclenche une nouvelle attaque. Cent cinquante victimes viennent s’ajouter aux marins disparus le 3 juillet.

Le 4 juillet 2015 à 9 heures, une émouvante cérémonie de commémoration s’est tenue au cimetière marin de Mers el-Kébir, étaient présents autour de l’ambassadeur de France en Algérie Bernard Emié, le sénateur Olivier Cadic, le VAE Yves Joly, préfet maritime pour la Méditerranée, une délégation de quarante marins de l’équipage du Courbet et une dizaine d’anciens combattants algériens ayant servi notamment en Indochine.

L’émotion des participants et en particulier celle des anciens combattants et des familles des victimes de la tragédie témoigne de la blessure encore profonde que représente cet épisode douloureux de la Seconde Guerre mondiale.

La présence de plusieurs représentants du Ministère de la Défense algérien montre l’importance donnée par le pays hôte à cet événement qui dépasse largement le cadre franco-britannique.

Citant le général de Gaulle, l’ambassadeur a rappelé dans son discours le déroulement de « l’affreuse canonnade » et souligné le caractère tragique de cette opération opposant deux alliés. Il a conclu par un message d’avenir, « ce message d’espoir et de paix que nous adressent les âmes de ces marins morts pour la France à Mers el-Kébir mais dont le sacrifice aura joué tout son rôle pour la renaissance de notre pays et la victoire sur la barbarie nazie ».

La visibilité de cette cérémonie constitue un élément important pour la juste reconnaissance de ce drame dont les enjeux furent bien plus politiques que militaires. Le président de l’association des familles des victimes de Mers el-Kébir, Hervé Grall, a d’ailleurs souligné les progrès du devoir de mémoire qui doit effacer le long et douloureux manque de reconnaissance dont ont souffert ces marins et leur famille. Il a par ailleurs encouragé l’esprit de réconciliation avec les Britanniques présents lors de la cérémonie : « C’est à cela que nous nous consacrons, animés par la volonté de pardonner mais de ne pas oublier ».

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