Rugby : Dixième anniversaire du Navy Crunh

Publié le 10 Avril 2015 à 11:20

© Marine nationale

Jean-Claude Soulé, secrétaire général du rugby club de la Marine nationale, vous fait vivre en direct, minutes par minutes, le dixième anniversaire du « Navy Crunch » qui s’est déroulé à Portsmouth le 1er avril 2015.

BROUGHT WITH THE WIND (AUTANT EN APPORTE LE VENT)

Le dixième anniversaire du « Navy Crunch » nous a apporté le plus beau cadeau qui soit : une victoire de nos garçons sur le sol britannique après cinq échecs consécutifs depuis 2005, date de la rencontre initiale du désormais annuel challenge « Babcock ». Après la belle prestation du stade Mayol il y a un an, le vent de l’espoir s’était levé qui n’avait d’ailleurs pas échappé au sens marin aiguisé du brillant chroniqueur des aventures rugbystiques de la Royal Navy, mon ami Geraint Ashton-Jones.

Et de vent, il en est question dès le voyage aérien vers l’Angleterre. Trois cent kilomètres à l’heure de vent dans le nez à 10 000 mètres d’altitude, 130 au-dessus de Londres et un atterrissage retardé de quarante minutes pour cause de trop puissantes rafales. Reins et cœurs mis à l’épreuve d’entrée, le séjour promet d’être agité !

Ce vent de nord-ouest ne va pas cesser, culminant la veille du match pour compliquer un peu les dernières mises au point des coaches respectifs. Mais déjà, dans les bourrasques et les tourbillons, il y a davantage d’amusement que d’agacement, de rires que d’éclats de voix, de concentration que d’inattention, de sérénité que d’impatience. Comme si, après l’approche tourmentée du sol britannique, rien de fâcheux ne pouvait arriver à ce groupe.

Sans surprise, mercredi matin, le vent accompagne un soleil que l’on devine provisoire, peut être promis aux féminines mais probablement couché par la pluie à l’heure des garçons. Pour la pluie, il n’en est rien à 19 heures. C’est un premier signe, un premier bienfait du vent qui va nous en réserver d’autres. Sur le sentier de la chance, notre capitaine gagne le « toss » et choisit évidemment de jouer face au vent en première mi-temps. Les signes favorables se confirment lorsque le soleil couchant disparait derrière les nuages. C’est l’assurance de ne pas prendre plein fer le vent dans le nez et le soleil dans les yeux. Décidément portés par le vent de l’espoir, convaincus que c’est le « bon jour », la confiance est au zénith lorsque l’ouvreur britannique botte le coup d’envoi de la onzième confrontation rugbystique des deux marines.

Patatras, même sans soleil dans l’œil, réception manquée, mêlée dans nos vingt-deux mètres et pénalité pour la Royal Navy : 0-3 et moins d’une minute de jeu. La pression est plutôt britannique en ce début de match même si le jeu se cantonne un moment entre les deux lignes des quarante mètres, cadenassé par une défense féroce de chaque côté. Sans doute nos marins surévaluent ils la force du vent et ils jouent à la main dans leur trente mètres des séquences qu’il aurait peut-être mieux valu négocier au pied. On s’expose ainsi à des pertes de balles et on prend la pression d’une défense agressive qui n’hésite pas à attaquer la ligne, dès le ballon récupéré. Il faut enfreindre la règle pour éviter le pire et c’est logiquement qu’une deuxième pénalité vient récompenser la meilleure entame de l’équipe locale. 0-6 et huit minutes de jeu. Le vent est moins fort qu’attendu mais le handicap est déjà conséquent.

Benjamin Robin sonne la révolte avec une charge partie de l’intérieur de nos 22 mètres malgré trois adversaires sur le dos. Parvenu sur nos quarante mètres, il bénéficie d’une pénalité qui nous permet de jouer une touche dans le camp britannique. Nouvelle pénalité pour nous et le groupé pénétrant qui s’ensuit fait des ravages dans le camp de la Navy. Deux « picks and go » et Theo Michelle franchit la ligne pour un premier essai transformé par Damien Anon. 7-6 : contre le vent d’Ouest, le vent de l’Espoir se remet à pousser.

Malheureusement, la remise en jeu entraîne une nouvelle réception manquée et la pénalité qui la sanctionne redonne l’avantage à l’ensemble local : 7-9 et déjà six points « donnés ». Mais la Royal Navy nous rend la politesse sur le renvoi. En avant britannique, mêlée pour nous. Elle avance cette fois et la pénalité tombe. 10-9 pour nos marins. C’est la mi-temps de la mi-temps et, avec la promesse du renfort d’Eole pour le deuxième acte, ce score est une bénédiction.

On est décidément maladroits sur les renvois et les Britanniques récupèrent leur mise en jeu, sans conséquence immédiate au score cette fois mais ils occupent le camp français et installent leur jeu que quelques fautes de mains de leurs trois-quarts viennent heureusement contrarier. A la faveur de deux groupés pénétrants nos marins reviennent jouer dans le camp adverse mais deux fautes successives, pour autant de pénalités, reportent le jeu dans les dix mètres français. Mêlée, pour nous sur nos cinq mètres mais nouvelle faute contre le RCMN et, cette fois, le pack britannique franchit la ligne d’essai par Ben Priddey son capitaine. Le poteau aide à la difficile transformation et revoilà la Royal Navy avec six points d’avance (10-16).

S’ensuit un très bon quart d’heure français avec deux grosses occasions d’essais pour Nicolas Plazy puis Léo Larrart après une jolie percée de Julien Magnani mais nos deux coursiers sont repris à un cheveu de la ligne d’essai. C’est finalement une pénalité qui conclut cette période de domination. Maigre butin au vu des opportunités créées mais tout de même 13-16 avec une poignée de secondes à jouer et le vent promis, c’est très bon à prendre. Mais décidément ce match anniversaire (onzième édition mais dixième année de retrouvailles) est celui des cadeaux. Renvoi manqué par la Royal Navy, mêlée au centre et, contre toute attente mais parfaitement justifiée, pénalité contre nous. Le tir de Humphrey rase la barre transversale mais passe et voilà la Royal Navy qui mène 19 à 13 à la mi-temps. Avec, en ce qui nous concerne, le sentiment d’avoir donné 16 des 19 points adverses. Les feux sont toujours « au vert » mais il faudra se montrer moins généreux pour conserver le Trophée. Pas encore de doute mais un peu de frustration au moment de se dégourdir les jambes.

Mon ami Geraint se demande ce qui s’est dit dans le vestiaire français à la mi-temps. On ne trahira pas le secret de ces lieux mais je n’avais jamais vu un vestiaire aussi calme et aussi serein. Peu de mots, pas d’éclats de voix, juste l’essentiel. On en ressort revigoré, confiant et, tiens, comme un signe, il semble que le vent ait encore un peu forci durant la pause. C’est de bon augure, nous sommes toujours portés par le souffle de l’espoir. Il ne faut pas deux minutes pour que l’installation dans le camp britannique se révèle productive. Une faute au sol permet à Damien Anon, qui débute son récital, de ramener le RCMN à 16-19. Avec 38 minutes à jouer, vent dans le dos, c’est évidemment un autre match qui commence dont on peut raisonnablement envisager l’issue favorable. Sur le renvoi, Nicolas Plazy remonte le ballon jusque dans les vingt-deux mètres britanniques et le regroupement provoque un hors-jeu britannique puni par l’arbitre d’une pénalité que Damien Anon transforme. 19-19, le RCMN, porté par le vent est revenu à égalité en cinq minutes.

Nouvelle remise en jeu manquée par l’ouvreur de la Royal Navy. Cette fois, la mêlée au centre produit une pénalité pour le RCMN. Vite jouée, elle amène un plaquage haut et une nouvelle pénalité aux 40 mètres à droite. Ce sera la seule pénalité manquée par Damien Anon mais la domination des visiteurs est cette fois bien installée car la Royal Navy éprouve beaucoup de mal à sortir de son camp et les joueurs bleus sont trop indisciplinés. Et comme un signe, définitif celui-là, notre mêlée avance et récolte une nouvelle pénalité. Des 35 mètres en coin, Damien Anon vise juste cette fois. Trois points d’avance, le succès commence à se dessiner (22-19).

La réaction locale arrive enfin. Contre-attaque de l’ailier Welling, pénalité pour la Royal Navy qui revient ainsi dans le camp du RCMN. Deux touches et deux pénalités plus loin, l’arbitre montre un carton jaune à Enzo Ravanello et ce sont dix minutes à quatorze que le RCMN va devoir subir. En défendant chèrement sa ligne d’essai face aux vagues bleues. Exercice difficile mais couronné de succès. Test de solidarité côté français. Pêché d’orgueil, côté britannique ? Peut-être, sans doute, car les trois pénalités sifflées étaient très réalisables et à 20 minutes de la fin, revenir à égalité eût pu changer la face du match. Au lieu de cela, le RCMN récupère un ballon lâché par la Royal Navy et Jimmy Peuchaud, numéro 9 improvisé pour suppléer Ravanello assis sur le banc d’infamie, confie le trésor au vent et revoilà le RCMN sur les vingt- deux mètres britanniques. Nouvelle petite faveur du vent qui retient un coup de pied local. Hors-jeu sifflé par l’arbitre et nouvelle pénalité de Damien Anon pour un score de 25 à 19 à vingt minutes de la fin.

Le forcing britannique est maintenant essentiellement défensif. Nos marins utilisent parfaitement le vent pour se maintenir dans le camp adverse et les initiatives offensives sont maintenant françaises. Un drop-goal de Damien Anon frise le poteau gauche à l’extérieur, mais sur le renvoi, une nouvelle faute des Bleus sur un groupé pénétrant français provoque une pénalité à 45 mètres à droite des poteaux que Damien Anon transforme impeccablement pour un score de 28 à 19 qui nous met à l’abri d’un « coup de Trafalgar ». Au passage, félicitons nous de la bonne vue du referee. Certes, les fautes sifflées existent bel et bien mais on a connu, en d’autres circonstances, certains directeurs de jeu qui n’avaient pas été consulté leur ophtalmologiste depuis quelques temps … A vous aussi, merci Mr Leatham.

Encore une remise en jeu mal contrôlée par les nôtres et cela provoque la dernière alerte avec deux « pénaltouches » et autant de regroupements joués sur notre ligne de but mais la défense est impeccable. Et, comme ils l’ont fait si souvent, nos marins finissent par récupérer le ballon pour une contre-attaque qui va déferler dans le camp britannique et donner naissance à un groupé pénétrant qui porte notre pilier droit Bertrand Pérez derrière la ligne d’essai. Damien Anon peut manquer la transformation cette fois. Cela fait 33 à 19 et il suffit de défendre encore quatre minutes pour mettre fin à 10 années d’insuccès et pour égaliser avec la Royal Navy à une victoire partout chez l’adversaire. Ce sera fait avec un flegme très britannique comme quoi, amis de la Royal Navy, cette victoire vous appartient aussi un peu. En tout cas, pour tout ce que nous avons appris ici, elle vous doit beaucoup. Sans compter que vous menez toujours la série par 6 à 5.

Bravo les gars et merci !

Mais ne vous y trompez pas. Jeudi matin 2 avril, le vent de l’espoir, de la fierté et de la revanche souffle dans les voiles de la Royal Navy. Il faudra capeler l’armure et surtout bien manœuvrer pour que le RCMN vienne à la bonne route, celle du vent de l’Histoire qui porte vers le 6-6, désormais attendu par la future assistance qui remplira le stade Mayol en 2016. Ce sera tout sauf facile mais je suis sûr que le chroniqueur de cette nouvelle histoire ne l’intitulera pas cette fois, « Gone with the wind » (Autant en emporte le vent).

SORRY GIRLS, I’M CHARLIE

Le lieutenant de vaisseau Charlotte Fredrickson est une inamovible troisième ligne de l’équipe de la Royal Navy qu’elle a souvent commandée ces dernières années. Comme notre Clémence Raphat, elle a cédé le capitanat à une de ses camarades pour la cinquième édition du trophée Entente Cordiale. Mais, comme notre commandant de l’Aramis, « Charlie » est l’âme de l’équipe et, cette fois encore, elle a rameuté sans cesse ses équipières, a plaqué à tours de bras, a franchi hardiment notre ligne de défense, a tout donné pour son maillot de la Navy. Mais, cette fois encore, cela n’a pas suffi pour enlever la garde du trophée à nos « marinettes ».

En deux ans, notre équipe a pourtant perdu ses six internationales et plusieurs joueuses de valeur. Et quelques autres qui sont en service à la mer, qui sur le Charles de Gaulle, qui sur le Dixmude, qui sur l’Aconit. Quelques blessées aussi, une préparation inexistante enfin et on se disait que cela risquait d’être, cette fois, le tour de Charlie. Mais la Royal Navy a, elle aussi, son lot de problèmes, de blessées, d’équipières « at sea » et un manque d’effectifs en première ligne qui l’oblige à négocier des mêlées avec poussées limitées. Bref, la marge que l’on pensait perdue s’est reconstituée en partie au fil des déboires respectifs de nos deux groupes féminins.

En partie seulement. Le score final est en effet bien moins large que lors des quatre éditions précédentes même si un écart de cinq essais à zéro reste confortable et s’explique, comme les fois précédentes, par une plus grande agilité, une plus grande vitesse et une capacité bien meilleure à jouer des ballons récupérés. Voilà pour la différence offensive. Mais avant de marquer des points, il faut évidemment éviter d’en encaisser. Et, si beaucoup de joueuses ne sont plus là, la défense reste une marque de fabrique de ce groupe dans lequel on manque rarement le premier plaquage. Avec une domination sans partage en mêlée et notre Maelle qui met la misère toute une mi-temps dans la touche britannique, ce sont autant d’atouts qui ne sont plus dans les mains de Charlie et de ses équipières.

Pourtant ce sont les partenaires de Lauren Morton (rendons à la capitaine britannique du jour ce qui lui revient) qui vont ouvrir le score sur une pénalité, fruit de l’appui du vent, d’une détermination évidente, de la timidité française et d’une succession de fautes de nos représentantes. Transformée par Sam Alderson, cette pénalité restera « historique » puisque pour la première fois de la série des confrontations, la Royal Navy mène au score face à la Marine nationale. Pour conserver cet avantage, il eut fallu que Charlie et ses amies accentuent la pression et conservent plus longtemps les ballons joués. Hélas pour elles, la mêlée française va trouver ses marques, Maelle va commencer ses misères et les ballons vont tomber des mains britanniques. Et Laetitia Hénault, notre numéro 8, va se charger d’ouvrir quelques boulevards dans la défense bleue. Nos « marinettes » laissent aussi tomber beaucoup de ballons mais, en deux occasions, elles vont savoir le conserver plus de cinq temps de jeu et se faire une bonne trentaine de passes, ce qui suffit à Magalie Lechenault et à Laurie Pros pour aller derrière la ligne britannique pour un avantage de 10 points à 3 à la mi-temps qui, compte tenu des conditions atmosphériques (c’est un jour de chance car nos deux capitaines ont chacun gagné le « toss », instant toujours capital les jours de grand vent), ôte déjà une bonne partie de l’incertitude sur le résultat final.

Car, outre la mêlée, la défense, la touche, la rapidité de nos arrières, il y a aussi Maeva en numéro 10. Qui sait se servir de ses deux pieds. Et va imposer des reculades au pack de Charlie sur chaque ballon récupéré dans notre camp. A force, cela épuise et les ballons tombent des mains, même là où il ne faut pas. Un ballon perdu sur les vingt-deux mètres, trois passes et une course de Laurie Pros et cela fait 17 à 3. Et les bras se font plus lourds, même ceux de Charlie : Maeva s’engouffre dans l’espace et le score passe à 22 à 3. Et les jambes moins solides : nouveau coup de pied long de Maeva récupéré dans les dix mètres par l’ailière britannique, relance avortée, ballon perdu, trois passes et décalage de Magalie Lechenault pour clôturer le score à 27 points à 3. C’est fini et le trophée Entente Cordiale va séjourner une année supplémentaire à Brest et à Toulon.

Comme toujours, en dépit du score, les débats ont été acharnés. Le vent a malheureusement occasionné beaucoup de maladresses des deux côtés. Au milieu de cela, deux jolis gestes de rugby : celui de Triskèle Bonneval notre deuxième ligne, qui sur le deuxième essai effectue deux passes superbes dans le temps juste et celui de Clémence qui garde dans ses pieds un ballon éjecté trop vite de la mêlée. Beau geste de numéro 8, bravo Clémence.

Il restait au vice-amiral Jones, président de la RNRU, à remettre le trophée à Jessica, notre capitaine d’un jour et à Clémence devenue aujourd’hui la « maman » du groupe malgré son très jeune âge.

Charlie, votre tour viendra. Comme pour nos garçons qui ont attendu 10 ans, ce sera le fruit d’une longue patience et, peut-être, le succès arrivera t’il porté par le vent, un bon Mistral par exemple. Ce jour-là, il y aura sans doute un bref moment de tristesse de notre côté mais nous serons aussi très heureux pour vous car, comme pour nos garçons cette année, vous l’aurez bien mérité. Le seul vrai regret sera mien puisque je n’aurai pas le plaisir de vous le remettre.

Source : Jean-Claude Soulé
Crédits : Marine nationale

Vos réactions: 
Moyenne: 3 (1 vote)
Envoyer