Portrait de l’EV Maglia première femme chef de service électricité et sécurité à bord de la frégate européenne multi-mission Aquitaine.

Publié le 6 Mars 2015 à 16:11

© Marine nationale

À 28 ans, l’enseigne de vaisseau Maglia est la première femme chef de service électricité et sécurité à bord de la frégate multi-mission Aquitaine. Diplômée d’une licence en mécanique, elle est devenue officier sous contrat en 2009 après une formation à l’École Navale et au CIN Saint-Mandrier, spécialité énergie et propulsion. Affectée à bord de la FREMM Aquitaine depuis deux ans, elle s’assure, avec son équipe, que toutes les installations électriques du bâtiment se comportent de manière nominale. Une interruption électrique ou un dysfonctionnement, lorsqu’un bateau est en mer, peut très rapidement engendrer des pannes des divers systèmes ou, pire, se transformer en incendie. Il s’agit d’apporter expertise et conseil au commandant-adjoint-navire tout en assurant la fonction de directeur d’intervention en cas de sinistre et en manageant une équipe de treize personnes en tant que capitaine de compagnie.

Interview de cette jeune femme dynamique et au parcours atypique, d’un professionnalisme exemplaire, qui a su s’imposer sur un bâtiment particulièrement exigeant.

En quoi consiste votre métier de chef de service électricité et sécurité à bord ?

Sous les ordres du commandant adjoint navire, point d’appui du commandant pour tout ce qui à trait aux installations de la plate-forme et à la propulsion, je suis chargée de maintenir les installations électriques en bonne condition et de vérifier qu’elles ne génèrent aucun danger pour le personnel qui les utilisent au quotidien. Le rôle de mon service est de concourir à la sécurité de l’unité, de l’équipage et d’être réactif en cas de problème. Cela demande une connaissance exhaustive de toutes les installations électriques, de l’alimentation générale du bâtiment (électro-domestique comme technique) aux machines en passant par les installations Haute Tension. C’est pourquoi régulièrement nous analysons, préparons et reproduisons des scénarios de perte d'alimentation électrique partielle ou bien totale.

Et vos autres fonctions : directeur d’intervention et capitaine de compagnie ?

Comme tous les marins, j’ai une double, voire une triple casquette ! Lorsqu’un incendie se déclare, il faut intervenir dans les plus brefs délais, sous peine d’essuyer de lourdes pertes tant matérielles qu'humaines. Avec mon équipe, nous nous devons d'anticiper tout type de problème. Pour cela nous nous entraînons régulièrement, nous identifions les zones à risque et élaborons les procédures à appliquer pour permettre une intervention rapide sur zone. Mon rôle est de diriger cette intervention en guidant mes hommes, équipés de tenues de « pompier lourd » pour certains, et en vérifiant qu’ils accomplissent chaque geste en sécurité. Chacun a un rôle important et chaque membre de l’équipe compte. Car c’est sur eux, et sur leurs connaissances, que je m’appuie dans ma mission au quotidien. De mon point de vue, les officiers mariniers supérieurs sont une source de connaissances particulièrement précieuse et les plus jeunes apportent une forte dynamique au groupe !

En tant que capitaine de compagnie, je suis là pour écouter, conseiller, et guider les membres de ma compagnie dans leur cursus et leur carrière. Je pense qu’être une femme peut aider à favoriser le dialogue mais de manière générale, l’essentiel est d’entretenir un discours franc avec son personnel. Je soutiens les officiers mariniers supérieurs dans leurs démarches, j’encourage les plus jeunes à gravir les échelons. J’essaie d’être toujours disponible dans mon rôle de formateur et de transmettre des valeurs à mon personnel. Je suis ravie d’avoir contribué à l’évolution interne de trois matelots qui ont eu la possibilité d'accéder au brevet d’aptitude technique (BAT) !

Vous servez sur le fleuron des frégates françaises, cela fait-il une différence ?

Être membre d’équipage de la première FREMM française demande énormément d’investissement mais c’est ce qui rend le poste particulièrement intéressant. J’étais volontaire pour embarquer sur l’Aquitaine et je suis ravie d’avoir pu obtenir cette affectation durant les deux dernières années. Il est vrai que mon poste précédent m’y a beaucoup aidé puisque j’étais employée au Service de Soutien de la Flotte, en tant qu’ingénieur responsable de bâtiment adjoint pour le programme FREMM. C’était une création de poste. Mon travail consistait alors à faire le lien entre l’industriel et le bord. Ce poste m'a permis de comprendre les problématiques auxquelles étaient confrontés les industriels et les services de soutien pour assister les bâtiments dans leur « quotidien ».

Comment en êtes-vous arrivée à faire ce métier ?

Depuis toujours, je suis attirée par le milieu militaire. J’ai d’ailleurs effectué un stage dans le domaine de la conception aéronautique dans l’armée de l’Air avant de m’engager dans la Marine nationale. Pour ce qui est du choix de la spécialité Énergie et Propulsion, j’ai toujours été séduite par les domaines techniques et industriels tant électriques, mécaniques, qu'automatiques (obtention d'un BAC STI génie Mécanique avec mention) et bien que le domaine soit largement masculin, cela n’a jamais représenté un frein à ma volonté et à ma réussite.

Il m’a fallu beaucoup travailler et relever de multiples défis durant ces cinq années embarquées! Pour moi, la première année et les premiers embarquements furent et restent décisifs. Dans mon cas, les stages en unité sur plusieurs frégates anti-sous-marines puis les quatre mois de mission en océan Indien sur le bâtiment de recherches électromagnétiques Dupuy de Lôme comme adjoint du commandant-adjoint-navire, ont été très enrichissants et révélateurs. J’ai rapidement su que j’étais faite pour ce métier et j’ai eu la chance d’avoir la totale confiance de mes chefs dans les responsabilités qu'ils m'ont accordées.

L’évolution dans le grade (certes automatique dans un premier temps) se fait en fonction du travail fourni et des compétences, que vous soyez homme ou femme.

Vous dirigez une équipe de onze hommes et deux femmes, âgés de 18 à 42 ans. Quel est votre souvenir le plus marquant comme chef de service?

Je passe la majeure partie de mon temps avec mon équipe et mets un point d’honneur à être au maximum sur le terrain, qui plus est lorsqu’on s’entraîne. Mon souvenir le plus marquant ? Quand nous avons réussi plusieurs exercices majeurs de Sécurité, exercices simulés en temps de paix et en temps de guerre, durant la Remise à niveau opérationnelle (RANO) en septembre 2014 du bâtiment, un entraînement particulièrement difficile et intense. C’était pour certains exercices, la première fois que la FREMM Aquitaine validait ce niveau d’entraînement. J’étais très fière de mon équipe et des efforts accomplis.

Que comptez-vous faire après cette expérience ?

Je suis actuellement en attente de ma prochaine affectation, je souhaite continuer à naviguer et éprouver toujours autant de fierté à réaliser ce travail. Je me sens maintenant prête pour un poste de commandant adjoint navire (COMANAV) avec les responsabilités qui s'y adjoignent.

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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