Déploiement - Force aéromaritime de réaction rapide

Publié le 26 Novembre 2014 à 13:31

Propos recueillis par l’EV1 Vincent Loustaunau/ Crédits photos: DR/MN

Entretien avec le contre-amiral Eric Chaperon, commandant la Force aéromaritime de réaction rapide et la Task Force 473

 

Amiral, qui prend la décision d’engager le groupe aéronaval et selon quels critères ?

Le GAN est un outil de projection de puissance unique, capable de produire, en totale autonomie et dans la durée, depuis toutes les mers et océans du monde, des effets militaires flexibles mais potentiellement décisifs. Son déploiement traduit toujours une volonté. La seule annonce de son appareillage constitue déjà en soi un message politique témoignant de la détermination de la France à influer sur les développements d’une crise, que ce soit par la prévention, la connaissance et l’anticipation, la dissuasion, ou l’intervention. L’engagement de cet instrument militaire et politique de premier rang ne peut alors être ordonné que par le président de la République, sur proposition du chef d’état-major des armées.

Sur quoi repose sa valeur opérationnelle ?

 Le groupe aéronaval peut agir loin, longtemps et de façon totalement autonome. Il est capable de se déplacer de 1000 km par jour,  tout en mettant en œuvre son groupe aérien. Libre d’opérer dans les eaux internationales, il offre au décideur politique une capacité d’action flexible, mobile, puissante, et réversible. Détenir un tel outil permet de faire partie du cercle des pays qui comptent dans les instances internationales de sécurité. C’est bien pour cela que de nombreuses marines cherchent à s’en doter aujourd’hui. La valeur opérationnelle du GAN repose également sur la valeur individuelle et collective des marins qui servent en son sein et qui ont à cœur d’entretenir et de développer avec une rigueur et une détermination sans faille les savoir-faire précieux de notre aéronautique navale centenaire.

Une fois déployé, par qui et comment  le GAN est-il commandé ?

Le groupe aéronaval forme la Task force 473 que j’ai l’honneur de commander. Je m’appuie sur un état-major qui a la délicate mission de décliner au niveau tactique, en planification, puis en conduite, les directives du niveau supérieur. Il répartit les responsabilités au sein du groupe (frappes, lutte antinavire, lutte sous la mer, lutte anti-aérienne), fixe les priorités, alloue les moyens en fonction de la mission et coordonne l’exécution en lien avec les autres acteurs du théâtre. C’est une équation qui n’est pas toujours simple à résoudre, un vrai savoir-faire éprouvé au cours des nombreux engagements en opérations et qu’il est impératif d’entretenir et de faire évoluer en permanence pour s’adapter.

Existe-t-il des difficultés de commandement inhérentes au GAN ?  

Les difficultés de commandement ne sont pas tant inhérentes au GAN qu’à la réalité de nos engagements. Le plus compliqué, c’est de maîtriser l’environnement dans lequel on est projeté, de gérer le flux toujours plus importants d’informations, d’analyser de manière pertinente les renseignements pour anticiper, conserver l’initiative et orienter l’action du GAN. Tout cela le plus rapidement possible, ce qui est un véritable challenge. Ce sont les enjeux de la sphère informationnelle, ou de la connaissance, qui rendent aujourd’hui le commandement difficile et tendent à l’éloigner de la tactique à laquelle il faut sans cesse revenir. Les menaces du cyberspace compliquent encore cet accès à la connaissance. C’est la raison pour laquelle l’état-major doit évoluer avec son temps et comprend de nos jours un sous-chef chargé de la fusion des informations. 

Comment s’intègre-t-il aux opérations interarmées et interalliées?

Grâce à l’expérience de ses hommes et femmes ! Le GAN puise sa force au sein de sa nature mais également dans le développement et le maintien des savoir-faire de chacun de ses membres. Aujourd’hui, les unités sont régulièrement intégrées au sein de forces multinationales, déployées en opérations ou en entraînement dans des cadres le plus souvent interarmées, en coalition, au sein de l’OTAN ou encore de l’Union européenne. Ce fut le cas notamment durant l’opération Harmattan en Libye en 2011. Plusieurs de nos bâtiments y ont même arboré le pavillon de l’OTAN en étant intégrés à l’Operation Unified Protector. Durant l’opération Bois Belleau en début d’année, Américains et Français ont tissé des liens très forts et atteint un niveau d’interopérabilité inégalé jusque-là. De plus, la force aéromaritime de réaction rapide, dont est issue la majorité des membres de l’état-major, cultive une forte culture otanienne. Elle fait partie des structures qualifiées pour opérer au sein de la force de réaction rapide (Nato Response Force – NRF) de l’Alliance atlantique et accueille en permanence une quinzaine d’officiers étrangers. Organisée en cellules fonctionnelles selon les standards otaniens, à terre comme en mer, elle compte également en son sein des officiers issus des trois armées. Ce contexte interarmées et international va donc de soi aujourd’hui grâce à l’expérience personnelle et quotidienne des membres du GAN.

Dans un contexte international incertain, comment le GAN entretient-il sa capacité à réagir sans délais ?

Le groupe aéronaval s’entraîne régulièrement pour maintenir les savoir-faire tactiques qui garantiront les succès de nos engagements de demain. L’exercice Catamaran, qui a duré près de 15 jours en octobre, a été un bon test pour les marins et terriens de la TF 473. Le GAN est prêt pour tout type de mission. Engagement opérationnel, prépositionnement stratégique, prévention, la palette d’emploi est large et variée. C’est là toute la force de cet outil exceptionnel que bien des alliés nous envient.

Propos recueillis par l’EV1 Vincent Loustaunau

 


Maîtriser les espaces
Le principe d’une grande puissance (partie 1)

Déploiement
Force aéromaritime de réaction rapide (partie 2)

Chaîne humaine
Le GAN en action (partie 3)

Sur tous les fronts
15 ans d’opérations (partie 4)


Dossier réalisé par l'ASP Omer Aury

© Marine nationale

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