Maîtriser les espaces

Publié le 26 Novembre 2014 à 11:49

Texte: ASP Omer Aury / Crédits photos: © Eric S Powell/US Navy

Le principe d’une grande puissance

« Gan », dans le jargon marine, « Task Force 473 » en langage OTAN, le groupe aéronaval est la force constituée autour du porte-avions Charles de Gaulle. Un sousmarin nucléaire d’attaque et plusieurs frégates le protègent contre les différentes menaces sous-marines, de surface et aériennes, et lui permettent – grâce aux renseignements collectés – de connaître en permanence l’environnement de la zone de déploiement. Un pétrolier-ravitailleur assure la parfaite autonomie du groupe. Ensemble, ils forment une base mobile et puissante qui se déplace sans contrainte diplomatique dans les eaux internationales et permet de projeter jusqu’à 40 avions de combat sur tout théâtre d’opérations. Un outil militaire qui permet à son détenteur de figurer parmi les grandes puissances.

Autonomie et liberté d’action
Rares sont les marines qui opèrent sur tout le spectre de la basse à la haute intensité, rares sont les marines qui disposent d’un groupe aéronaval offrant à lui seul la maîtrise cumulée de trois espaces : appui feu des troupes au sol, attaques d’objectifs dans la profondeur, contrôle des espaces maritimes, défense aérienne… Au cours des deux dernières décennies, le GAN a ainsi été employé dans la plupart des conflits internationaux où la France était engagée. En haute mer, le GAN permet d’opérer dans la majorité des foyers de crise. Dans un monde où 80 % de la population vit à moins de 100 km d’une côte, les zones de tension sont la plupart du temps dans son rayon d’action. Depuis le large des côtes étrangères, où sa simple présence est un signal, le GAN peut aussi, grâce à ses avions de combat embarqués, frapper dans la profondeur jusqu’à plus de 1 000 km de distance. Il possède ainsi l’allonge nécessaire pour atteindre des théâtres lointains, faisant peser la menace d’une frappe redoutable sur des ennemis potentiels. Son allonge et son autonomie sont des atouts considérables. L’ensemble des soutiens nécessaires à son fonctionnement est embarqué. Carburants, munitions, rechanges et vivres sont acheminés par le pétrolier-ravitailleur. Le GAN se passe quasiment de tout appui local ou international. Cette autonomie caractérise également la décision de son emploi. Le droit international consacre la liberté d’accès à la haute mer comme celle d’y circuler. Projetable sans accord diplomatique préalable, positionnable rapidement, le GAN est un outil assurant au pouvoir politique, émancipé de toutes contraintes extérieures, une autonomie de décision et une grande liberté d’action. Selon l’évolution d’une situation et l’option militaire retenue, il se positionne au plus près de la menace en fonction du signal politique décidé par le chef de l’État. Il permet d’agir souverainement et crédibilise une puissance politique et militaire de rang mondial.

Fonctions stratégiques
Outil essentiel de la maîtrise d’une zone d’opérations aéromaritimes, le GAN joue un rôle majeur dans les cinq grandes missions assignées aux forces armées par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013.

• Connaître et anticiper : Doté d’importants moyens de détection, le GAN procure une capacité autonome d’appréciation de situation grâce à l’acquisition et l’analyse de renseignements. Les échanges qu’il entretient également avec les acteurs de la zone de son déploiement enrichissent sa connaissance de son environnement.

• Prévenir : Dès son appareillage, le GAN envoie un message fort, celui de la détermination de la France à défendre ses intérêts et à contribuer à la stabilité des équilibres internationaux. Prépositionné au large d’une zone sensible, par sa seule présence, il pèse sur l’évolution de la situation.

• Dissuader : Le GAN contribue à la dissuasion nucléaire. Ses Rafale Marine peuvent tirer le missile ASMP-A dont la portée, qui s’ajoute au rayon d’action des avions, permet d’atteindre rapidement de très nombreux points du globe.

• Protéger : La maîtrise d’une zone dans toutes ses dimensions – aérienne, maritime, voire terrestre – est l’une des capacités essentielles offertes par le GAN. Elle permet de protéger, de façon complète et avec une grande réactivité, les intérêts du pays comme ceux de ses alliés.

• Intervenir : Base aérienne mobile et autonome, le GAN est un outil de projection de puissance et d’entrée en premier dans un théâtre. Sa grande souplesse d’emploi permet la mise en œuvre d’une coercition graduée, jusqu’au plus haut niveau, si la situation l’exige. Au prix d’une moindre contrainte, son déploiement est toujours réversible.

 


Maîtriser les espaces
Le principe d’une grande puissance (partie 1)

Déploiement
Force aéromaritime de réaction rapide (partie 2)

Chaîne humaine
Le GAN en action (partie 3)

Sur tous les fronts
15 ans d’opérations (partie 4)


Dossier réalisé par l'ASP Omer Aury

© Marine nationale

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