UNE MÉCANIQUE DE PRÉCISION

Publié le 25 Septembre 2014 à 14:31

© Marine nationale / Stéphane Marc

Améliorer la qualité des formations dispensées et s’assurer de leur adéquation aux emplois opérationnels, c’est l’une des missions prioritaires de la Direction du Personnel Militaire de la Marine (DPMM) qui doit également veiller à optimiser la durée et les coûts des formations. Une équation en apparence insoluble ? Entretien avec le capitaine de vaisseau Nicolas Bezou, ancien commandant du Centre d’Instruction Naval (CIN) de Brest devenu fin juillet sous-directeur « compétences » à la DPMM.

Interview du capitaine de vaisseau Nicolas Bezou

Question 1 : Vous venez de prendre le poste de sous-directeur compétences. Quel sens a ce mot dans la Marine ?

La compétence est la conjugaison de la formation et de l’expérience acquise dans les emplois.

Le mariage harmonieux entre ces deux pôles, formation en école et parcours professionnel, a conduit  la DPMM à revoir l’organisation des ADC (autorités de domaine de compétences)  et des AGE (autorités gestionnaires des emplois).

Les ADC spécifient le besoin des forces en s’appuyant sur une capacité d’ingénierie de compétence propre. Ils sont ainsi au plus près des besoins du terrain et disposent des savoir-faire ad-hoc.

L’organisation des AGE fait l’objet d’une étude approfondie pour lier plus étroitement métier et gestion des carrières. Idéalement à chaque métier devrait correspondre une seule AGE. Cette méthode appliquée pour les officiers permet de gérer des marins tout en gardant en ligne de mire l’enrichissement de leurs compétences.

Question 2 : La marine recrute, forme et reconvertit. En quoi la formation est-elle concrètement la pierre angulaire du système ?

La formation est structurante pour la marine et les marins.

La marine doit générer, par elle-même, les compétences très pointues dont elle a besoin : on ne trouve pas sur le marché de l’emploi civil un « chien jaune », un commandant de porte-avions ou de SNLE.

La formation rythme la carrière d’un marin : chaque niveau de formation implique une progression d’emploi, de grade, de solde voire de statut. C’est la marque de l’escalier social de la marine, qui donne une lisibilité remarquable aux carrières.

L’outil de formation est également structurant pour la reconversion grâce à la validation des acquis de l’expérience (VAE). Chaque année la marine délivre l’équivalent de 2000 diplômes civils reconnus grâce à la VAE : « BAC PRO », BTS, licence professionnelle, Master, diplôme d’ingénieur.

Question 3 : Dans un contexte pérenne de réformes et d’évolutions, comment le dispositif s’adapte-t-il  pour continuer à fournir les compétences dont la marine a besoin ?

La formation a beaucoup évolué au cours des 15 dernières années avec l’application du principe du « juste besoin, juste à temps ».

Les effectifs d’instructeurs ont diminué de 20% et la moyenne du nombre de jours de formation annuels par marin de 36%, pour atteindre 22 jours. La moitié de ces 22 jours correspond à la formation initiale des marins à leur arrivée dans la marine, l’autre moitié à la formation continue.

Le principe retenu pour améliorer l’efficience de la formation a été de maintenir des troncs communs robustes puis de réaliser la  formation à l’emploi via des stages.

La contrepartie de cette politique est le risque d’émiettement des compétences entretenues  dans une centaine de micro-filières, nécessaires au fonctionnement des unités très diverses de la marine. La performance de nos marins repose donc sur un équilibre délicat entre expérience et formation, entre spécialisation et polyvalence.

Est-ce que nous avons trop réduit la formation ?

Parfois oui ; c’est la richesse du dialogue entre la DPMM et les ADC qui a permis,  par exemple, de révéler qu’il fallait « regonfler » les BAT en maintenance aéronautique ou encore renforcer la formation « solde » des gestionnaires de ressources humaines (GESTRH).

Parfois, en revanche, nous savons que nous pouvons aller plus loin, notamment en progressant encore sur la voie de l’e-learning.

La validation des compétences acquises (VCA) expérimentée en 2014 est également une voie d’avenir. Il s’agit de vérifier qu’un marin présélectionné par la DPMM a déjà acquis sur le terrain les compétences délivrées par une formation et donc de lui attribuer le brevet correspondant à ses savoir-faire.

Question 4 : Le partage des moyens constitue un des axes majeurs des réformes conduites au sein du ministère, comment la marine l’applique-t-elle à la formation ?

L’interarmées tout d’abord a un impact fort sur l’évolution de la formation. 12% du nombre de jours de formations délivrées dans nos écoles le sont au profit de personnel ne relevant pas de la marine ; inversement 15 % de la formation des marins est réalisée hors de la marine pour l’aéronautique navale, le NEDEX (Neutralisation et Destruction d’engins explosifs), ou le parachutisme.

La coopération internationale est établie de longue date avec les USA pour la chasse embarquée et avec l’Allemagne pour la formation initiale des officiers. Elle prend une ampleur croissante avec la Royal Navy grâce à l’échange d’élèves de l’École des systèmes de combat et armes navales (ESCAN) et de son équivalent britannique le HMS Collingwod.

Nous entretenons enfin des partenariats avec les structures civiles de formation, notamment des écoles d’ingénieurs en France, tout en poursuivant l’ouverture de nos écoles à des étudiants civils, par exemple à l’Ecole Navale dans le cadre de stages.

Mais notre lien le plus fort avec l’Education nationale, outre les remarquables enseignants qui œuvrent  dans nos écoles, existe dans les filières « Bac-Pro » marine. Ces classes produisent chaque année d’excellentes recrues qui ont profondément mûri leur projet et acquis une base technique de qualité. Je pense que nous pouvons aller plus loin dans ce partenariat et pourquoi pas, un jour, accueillir un lycée professionnel au sein de nos écoles ?

Question 5 : les rapports sur le moral se font souvent l’écho de regrets concernant le niveau des jeunes engagés ou la charge de formation dévolue aux unités, que répondez-vous ?

Je ne partage absolument pas ce jugement. J’ai commandé le centre d’instruction naval de Brest pendant deux ans. Je témoigne de la qualité, de la volonté et du sens de l’engagement de l’immense majorité des maistranciers et des mousses que j’ai côtoyés. Ils sont différents de ce que nous étions, nous, les plus anciens, mais leurs vertus sont manifestes. Ce doute sur la nouvelle génération, c’est probablement la constante la plus stable dans l’histoire de l’éducation et de la formation. Moi, j’ai confiance en nos jeunes.

Qu’il s’agisse d’Harmattan, de Serval ou de Bois-Belleau, les récentes opérations d’envergure menées par la Marine ont démontré la grande efficacité et le professionnalisme de toutes les unités et composantes engagées. Cela montre que le dispositif répond aux besoins, même s’il est toujours perfectible.

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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