Présence française dans l’océan Indien, « clé des sept mers »

Publié le 23 Septembre 2014 à 15:28

Marine nationale

L’avenir du monde se décidera-t-il dans l'océan Indien comme le pensait Mahan[1] ? La France peut y déployer une capacité militaire permanente grâce aux commandements interarmées et aux forces prépositionnées dans la zone, héritiers d’une longue présence française dans cet océan. Cependant, l'ascension de l’Inde et de la Chine, toutes deux puissances nucléaires, la situation politico-économique difficile des États riverains et les rivalités croissantes ne risquent-elles pas de mettre en péril la stabilité actuelle de la région et d'y imposer une redéfinition du rôle de la France ?

Espace économique et politique majeur, l'océan Indien est déstabilisé depuis quelques années par le retour de la piraterie. Bordé par le golfe d’Aden à l’ouest et le détroit de Malacca à l’est, deux hauts lieux de l’activitéde piraterie, l’océan Indien est fortement dépendant de ces points de passages. L’instabilité qui y règne ne nuit toutefois pas à l’intérêt qu’éprouvent de nombreux acteurs pour cette région.

Trois éléments-clés permettent de mieux comprendre les enjeux de la zone pour la communauté internationale : la multiplicité des acteurs, dotés pour certains de l’arme nucléaire, la présence de ressources naturelles (55 % des réserves mondiales de pétrole, 60 % d'uranium, 80 % de diamant, 40 % de gaz et 40 % d'or) et la part prépondérante des routes maritimes pour l’économie mondiale.

Les États-Unis y sont influents, notamment grâce à leur base de Diego Garcia, mais il faut aussi compter la France, l’Inde, la Chine et le Royaume-Uni parmi les acteurs majeurs. L'Inde a récemment décidé de s’imposer dans le domaine maritime afin d’accéder au statut de puissance mondiale et dispose désormais d’un deuxième porte-avions. De son côté, même si la Chine est peu présente, le flou de sa stratégie maritime pèse fortement sur les  décisions des pays de la région. L’implication économique chinoise grandissante dans les ports pakistanais, sri lankais ou bangladais est perçue par certains comme une volonté d’accroître son influence au-delà de la mer de Chine. Enfin, la France y bénéficie d'une présence militaire permanente grâce à ses territoires outre-mer et, en vertu d’accords de défense, ses bases à Djibouti et Abu Dhabi. L’objectif est de sécuriser les routes commerciales stratégiques de l'océan Indien et de contribuer au maintien de la  stabilité de cette zone.

Protéger l'axe Shanghaï-Rotterdam

Pour garantir la stabilité de cet espace, il faut assurer la fluidité de la route Shanghaï-Rotterdam, axe majeur du commerce mondial (30 % du commerce mondial passe par le détroit de Malacca), lutter contre la piraterie (au large de la Somalie et de la Malaisie) et le minage (dans le Golfe persique). La France s'est engagée activement. Elle participe également à la mission européenne Atalante, première opération navale de l'Union, afin de lutter contre la piraterie dans le Golfe d'Aden. Depuis le lancement de cette opération, en 2008, la marine française assure régulièrement le commandement de la Task Force. Elle déploie une frégate et  un avion de patrouille maritime de façon ponctuelle et fournit un soutien logistique grâce à la base de Djibouti. Elle met également en place des équipes de protection embarquées à bord des navires français transitant dans la zone. Elle a ainsi contribué à diminuer très fortement le nombre des attaques de pirates au large de la Somalie.

Maintenir l’équilibre de l’océan Indien

Mais dans ce contexte où chaque instabilité menace directement l'économie mondiale, les rivalités Chine/Inde, Inde/Pakistan ou Iran/pays riverains du golfe Arabo-Persique sont aussi de véritables enjeux pour la communauté internationale. Elles contribuent à modeler le paysage politique de la région. La France doit donc sans cesse tenir compte de ces questions. Paris souhaite ainsi se rapprocher de l’Inde, considérée comme un interlocuteur privilégié. Depuis le partenariat stratégique de 1998, une succession de contrats et d'exercices conjoints ont été lancé : en 2005, l'Inde a acheté six sous-marins de classe Scorpène et depuis 2008 les deux pays travaillent en coopération dans le golfe d'Aden contre la piraterie, sans oublier l'entraînement aéronaval Varuna.

Autre zone sensible pouvant avoir un impact sur la stabilité de l'océan Indien : le Golfe Arabo-Persique, avec l’Iran et ses ambitions nucléaires au cœur de la route du pétrole (17 millions de barils de pétrole passent chaque jour par le détroit d’Ormuz). L’océan Indien reste une priorité pour la France. La création de la base interarmées à Abou Dhabi en 2008, s’inscrit dans le cadre de sa stratégie visant à assurer la stabilité de la région. Cette base peut accueillir presque tous les bâtiments de la Marine et constitue un point d'appui essentiel pour les navires opérant dans le Golfe.

Centre d’études stratégiques de la Marine

  1. Amiral Alfred Mahan, US Navy, 1840-1914.

[1] Amiral Alfred Mahan, US Navy, 1840-1914.

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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