L’équipage du Charles de Gaulle rend hommage au major Ronan Péoc’h

Publié le 13 Février 2014 à 15:18

En septembre 2013, au moment où le Charles de Gaulle se prépare pour une nouvelle mission, le major Ronan Péoc’h éprouve une fatigue soudaine. Il apprend alors qu’il est frappé par un cancer dont le développement est très rapide. Placé en soins palliatifs, puis intensifs, il décède le 4 février dernier.

Figure emblématique du porte-avions, le major Ronan Péoc’h en incarne les valeurs les plus fortes. En trente-huit ans de carrière, « Josh » a donné sa vie aux porte-avions. Il a participé à des dizaines de milliers de catapultages et d’appontages, navigué sur toutes les mers du globe,  passant  des jours et nuits sur le pont ou dans le hangar, quelque soit le temps,  avec un sens de l’engagement inébranlable au service de son pays. « Josh » incarne également de très hautes valeurs militaires et professionnelles. En tant que chef de bordée, il a la responsabilité de faire cohabiter des centaines d’hommes et des dizaines d’avions sur une surface à peine plus grande qu’un terrain de rugby. Un seul mot le caractérise: rigueur. Ne jamais rien laisser passer. C’est à ce prix que peut être exploité en toute sécurité cet environnement dangereux. Pendant toutes ces années, « Josh » a été une sorte d’ange gardien du pont d’envol, veillant sur les PEH ou les « flottillards ». Un regard qui soutient, un œil qui veille. Ronan Péoc’h incarne enfin de profondes et touchantes valeurs d’homme. Tout au long de ses années sur les porte-avions, il a rayonné d’une profonde chaleur humaine, faite d’humilité et de bienveillance. Beaucoup parlent de lui comme d’un père, d’un homme qui réconforte, encourage, pousse en avant. Des générations de jeunes sont passées entre ses mains et ont  puiser en lui la force d’aller de l’avant et le courage de prendre leur vie en main.

A travers « Josh », nous honorons aujourd’hui la mémoire de tous ceux qui ont donné leur vie pour la mission, pour les porte-avions, pour leur pays. Ceux qui sont riches d’avoir tout donné, ceux dont la mémoire ne s’effacera jamais. Major Péoc’h, l’équipage du Charles de Gaulle tient à vous rendre cet hommage. Nous avons tous le cœur serré de vous voir partir. Avec vous, nous perdons un chef, un camarade, un frère d’armes dont la mémoire restera à jamais gravée dans les entrailles de l’aviation embarquée.

Dans quelques instants, nous allons jeter une gerbe à la mer. Par un mystère de l’histoire, elle sera jetée là où votre carrière a commencé.

Biographie :

Ronan « Josh » Péoc’h a dix-huit ans quand il entre en tant que matelot dans la Marine nationale, le 1er septembre 1976. Il effectue sa première mission en 1977 à bord des porte-avions Clemenceau et Foch dans le cadre de l’opération Saphir II, en soutien à l’indépendance de Djibouti. Après cette première expérience embarquée, il rejoint l’aéronautique navale où il sert en tant que mécanicien et accède, en 1983, au grade de second maître. Il progresse rapidement au sein des flottilles de chasse et devient, en mars 1984, chef de piste de la flottille 11F équipée de Super-Etendard. Il participe alors aux opérations Olifan18 et Olifan19, en soutien aux contingents français déployés au Liban. De juillet 1987 à septembre 1988, dans le cadre de l’opération Prométhée, il est déployé dans le Golfe Arabo-persique au moment de la guerre Iran-Irak.

Passionné d’aéronautique et amoureux des porte-avions, il suit, en 1992, la formation de directeur de pont d’envol. Il participera alors à la quasi-totalité des missions des porte-avions Foch, Clémenceau et Charles de Gaulle. De 1994 à 1997, il occupe les fonctions de directeur de pont d’envol sur les frégates Surcouf et Vendémiaire et de janvier à juin 1999, alors qu’il vient tout juste de suivre la formation de directeur de pont d’envol supérieur, il participe, en mer Adriatique, à l’opération Trident, campagne aérienne sur le Kosovo et la Serbie.

Fin 1999, il est envoyé au Brésil pour accompagner le transfert du Foch, devenu Sao Polo, au sein de la Marine brésilienne. Sur place, il forme les équipes du pont d’envol à la mise en œuvre de leur nouveau bâtiment et accède, par la même occasion, au grade de premier-maître. De retour en France, il a l’honneur de participer, en 2001, à l’armement du tout nouveau porte-avions Charles de Gaulle avant son admission au service actif. Il ne le quittera plus.

De décembre 2001 à Juillet 2002, il participe, en tant que chef de bordée PEH à l’opération Héraclès Air Indien en soutien aux forces alliées déployées en Afghanistan au lendemain des attentats du 11-Septembre. Promu maître principal en 2005, il est sélectionné pour rejoindre le porte-avions USS Eisenhower afin de préparer les cross-decks d’aéronefs dans le cadre d’une interopérabilité entre la Marine et l’US Navy. Fort de ses expériences sur PA américain, il accompagne la flottille 12F à bord de l’USS Enterprise au cours de la première indisponibilité périodique pour entretien et réparations du Charles de Gaulle en 2007.

Promu au grade de major le 1er mai 2008, il est déployé, deux ans plus tard, dans l’océan Indien dans le cadre de l’opération Agapanthe en soutien à l’opération Enduring Freedom en Afghanistan. Après quatre mois en mer et de retour à Toulon depuis seulement trois semaines, il est engagé dans l’opération Harmattan, de mars à août 2011, toujours en qualité de directeur chef de bordée.

Tout au long de sa carrière, le major Péoc’h a été remarqué pour ses hautes qualités militaires et son engagement sans faille pour assurer la sécurité sur le pont d’envol. En vingt-quatre ans de carrière, il obtient pas moins de quatorze récompenses : six témoignages de satisfaction et huit lettres de félicitations. Décoré de la médaille militaire en 2002, il est fait chevalier de l’Ordre national du Mérite le 24 juillet 2013.

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