Recrutement - Quand la marine s’affiche

Publié le 23 Juin 2020 à 12:04

© Marine nationale

Largement utilisés dès l’Ancien Régime, les affiches de recrutement connaissent un véritable âge d’or entre les 1920 et 1960. Mais au-delà de la justesse du trait et des paysages, elles racontent aussi l’histoire de la Marine nationale.

« Avis aux beaux hommes. Ici l'on s'engage dans le corps royal des fusiliers de la Marine... » Cette célèbre affiche de recrutement montre un fringant fusilier marin et vante les bonnes conditions de vie à bord. Elle est placardée un peu partout, sur les murs des ports et des tavernes, au milieu du XVIIIe siècle, et reste sans doute, l’une des plus connues d’une longue série d'affiches. Déjà largement utilisée sous l’Ancien Régime, l’affiche de recrutement pour attirer des équipages, des officiers mariniers qui forment la maistrance (pilotes, maîtres canonniers, maîtres d’équipage) et des officiers, connaît véritablement son âge d’or entre la fin du XIXe siècle et les années 1960. Une longue et riche période qui va permettre à la Marine de faire travailler les grands illustrateurs de leur temps, de Gervaise à Henri Dormoy, en passant par Albert Sébille et Léon Noël, jusqu’à Monsieur Z qui vient de prêter sa patte à la dernière campagne de recrutement 2020 : « Rejoignez l’équipage ! »

 

De l'aventure et des voyages

Très prisées des collectionneurs, les affiches des années 1920, par exemple, jouent souvent la carte facile et chatoyante de l’exotisme et de la découverte. On y découvre des paysages de rêve teintés de mystères. Entre plage sous les tropiques et temples d’Asie, c’est le temps de l’insouciance et du mythique : « Pour faire de beaux voyages et apprendre un métier, engagez-vous dans la Marine. » sans oublier le célèbre : « Engagez-vous dans la Marine. Pour voyager, apprendre un métier, vous aurez : primes, pécules. » À chaque époque ses slogans. Si les parfums de l’Empire colonial français suffisent parfois à susciter des vocations - « Sans marine pas d’Empire ! Sois marin » -, l’apprentissage d’un métier que l’on pourra aussi exercer « dans le civil » est une constante. Mais la défaite de 1940, puis la montée en puissance de la France Libre changent la donne et le ton se fait plus grave : « Pour la France sois marin » dit-on plus sobrement en 1942. Année après année, une très large part de l’histoire de la Marine nationale s’affiche sur les murs. On y suit les bouleversements sociaux, les avancées technologiques comme les grandes crises et les conflits que notre pays a traversés.

L'histoire de la Marine sur les murs

Au-delà de la beauté du trait, des couleurs et du choix des mots, ces affiches racontent aussi la construction de l’identité même de la Marine nationale. De fait, la France, qu’elle soit royale, révolutionnaire, impériale ou républicaine, a toujours essayé de trouver des alternatives à l’enrôlement de force pour constituer ses équipages toujours plus nombreux. Véritables batteries flottantes, les navires de ligne de la marine à voile ont alors besoin de cinq à six hommes par pièce d’artillerie vers 1670. Et ce n’est qu’un début. À la fin du XVIIIe siècle, il en faut entre huit et dix ! De quelque 400 à 600 marins sur un bâtiment de combat vers 1670, on passe à près de 800 sur un « 74 canons » des années 1780. Face à ces besoins de main d’œuvre toujours croissants, la plupart des grandes marines de guerre européennes ont déployé des trésors d’inventivité pour attirer les candidats : engagements payés rubis sur l’ongle, parts de prises sur les navires capturés, primes diverses, etc. Mais en période de guerre, les réquisitions « au nom du roi » dans les villes portuaires et les régions littorales faisaient souvent fi du volontariat. C’est le sinistre temps de la « presse ». Très largement utilisée en Angleterre à partir de 1664 et jusqu’au début du XIXe siècle, ce système de conscription, souvent violent et injuste, était hautement impopulaire. Jugé indispensable pour renforcer la Royal Navy et donc nécessaire à la survie du royaume, ce système d'enrôlement forcé de civils plus ou moins qualifiés, de matelots de la marine marchande et de marins raflés dans les tavernes des ports, fut aussi appliqué en France au XVIIe siècle. À cette époque, l'armement des grandes escadres de Louis XIV nécessitait beaucoup d'hommes, mais Colbert décide rapidement d’expérimenter un nouveau système de recrutement des équipages de la Marine royale. Outre un programme ambitieux de construction navale, ce dernier met en place un recensement systématique de tous « les gens de mer du royaume ». C’est la naissance du « système des classes » fixé par l’ordonnance du 15 avril 1689. Ni vraiment volontaires, ni véritablement enrôlés contre leur gré, « les gens de mer et de rivière du royaume de France » servent en principe un an sur trois ou sur quatre dans la Marine. Néanmoins, ce service militaire obligatoire n’en constitue pas moins un régime d’exception par rapport à celui qui s'applique aux habitants des régions de France « non maritimes », non soumis à l’obligation de service dans des régiments de l’armée de Terre formés pour leur part presque exclusivement de soldats professionnels. Une situation particulière qui prend fin après le vote de la loi du 5 septembre 1798 qui rend le service militaire obligatoire pour tous les hommes âgés de 20 et 25 ans. Ce système de conscription en perpétuelle évolution jusqu’à son abandon en 1997, n’a jamais remis en cause la nécessité du recrutement direct de volontaires en quête d’un parcours professionnel hors norme ou d’une vie en équipage.

 

La rédaction

Extrait du Cols Bleus N°3087 - Juin 2020 - Sur le pont ! Fiers de nos marins

 

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