Rencontre - Amiral Emmanuel de Oliveira

Publié le 22 Juin 2020 à 16:19

© J-M Heidinger - Amiral Emmanuel de Oliveira, président de la Société nationale de sauvetage en mer.

« Une station de sauvetage fonctionne exactement comme un navire de la Marine nationale. » - Amiral Emmanuel de Oliveira, président de la Société nationale de sauvetage en mer.

En décembre 2019, l’amiral Emmanuel de Oliveira, pilote d’hélicoptère, ancien commandant du transport de chalands de débarquement (TCD) Orage et ex préfet maritime de l’Atlantique, a pris la succession de Xavier de la Gorce à la tête de la Société nationale de sauvetage en mer. Rencontre avec le « premier bénévole » de la SNSM.

 

COLS BLEUS : Monsieur le président, la SNSM est un acteur incontournable du monde maritime. Quelles sont ses missions ?  

AMIRAL EMMANUEL DE OLIVEIRA : La mission principale de la SNSM, c’est le sauvetage de la vie humaine en mer. Pour la mener à bien, la SNSM est placée sous l’autorité des préfets maritimes et coopère avec l’ensemble des administrations de l’État, dont la Marine nationale. Dans le cadre de la crise sanitaire liée à l’épidémie provoquée par le Covid-19, la SNSM a connu une période particulière. Comme la plupart des activités nautiques ont été interdites, seuls les marins professionnels ont pris la mer et nos interventions habituelles ont baissé d’environ 60 %. Toutefois, les missions de sauvetage et d’assistance de marins pêcheurs, les recherches d’homme à la mer ou de personnes disparues et le transport sanitaire depuis les îles se sont enchaînées à haute intensité pendant toute cette période. Par ailleurs, comme nous sommes aussi secouristes, nous avons effectué des missions à terre dont le convoyage de personnes atteintes du coronavirus dans les TGV Atlantique.

 

C. B. : Quelles sont les interactions entre la SNSM et la Marine ?

AL E. DE O. : Il y a des interactions de cœur, de valeur et de sens. La SNSM partage avec la Marine la notion de finalité opérationnelle et de sens de la mission. Mais il y a aussi l’amour de la mer, bien entendu, et la notion d’engagement y compris au péril de sa vie. Nous nous retrouvons également dans le dévouement, le sens du service, l’esprit d’équipage et la cohésion. Une station de sauvetage fonctionne exactement comme un navire de la Marine nationale. C’est une équipe composée de femmes et d’hommes qui sont liés par la confiance, l’amitié et la cordialité, comme au sein d’un équipage de la Marine. Enfin la dernière chose qui nous lie, c’est l’alerte. À la SNSM, on appareille en quelques minutes et dans la Marine on est toujours prêt à partir en mer.

 

C. B. : Quels sont les moyens mis en œuvre pour accomplir les missions ?

AL E. DE O. : Nos moyens principaux, ce sont nos canots et nos vedettes. Mais en pratique, la plupart de nos interventions se font en embarcations semi-rigides. Armées par un équipage de 3 à 4 personnes, elles permettent de rallier très rapidement les lieux du sauvetage et de s’approcher facilement des zones difficiles d’accès. Mais, et c'est sans doute moins connu du grand public, nous surveillons 40 % du littoral français à l’aide de nageurs-sauveteurs, mais aussi avec des moyens plus modernes comme des Jets-Skis, des Zodiac et des semi-rigides rapides, des paddles, des drones, etc.

 

C. B. : En terme de recrutement, qui sont les sauveteurs de la SNSM ?

AL E. DE O. : Plusieurs dizaines d’anciens de la Marine nationale nous ont rejoints ainsi que des marins d’active. Les principales spécialités issues de la Marine que l’on retrouve parmi nous sont les guetteurs sémaphoriques, les infirmiers ainsi que les manœuvriers et les mécaniciens. Aujourd’hui, nous n’avons pas de problème de recrutement, mais nous faisons parfois face à des difficultés de fidélisation. Car il est difficile lorsque l’on est un marin d’active, par exemple, de concilier sa vie professionnelle et sa vie familiale, avec, en plus, un engagement bénévole à la SNSM. Souvent, les sauveteurs s’engagent un temps, puis prennent un temps d’arrêt et reviennent lorsqu’ils sont à la retraite. Une situation qui explique pourquoi moyenne d’âge des sauveteurs embarqués est de 48 ans.

 

C. B. : Quels sont les principaux enjeux et objectifs de la SNSM en 2020?

AL E. DE O. : En 2020, nous devons préparer l’avenir ! Nous sortons du drame des Sables d’Olonne de 2019, qui a coûté la vie à trois sauveteurs. Nous sommes en phase de renouvellement de toute notre flotte et nous subissons, comme tous les Français, le choc de la crise sanitaire liée au coronavirus. La SNSM est une très vieille dame, si je peux m’exprimer ainsi. À plus de 150 ans, elle a toujours été liée à la Marine et je retrouve au sein de la SNSM la même organisation. Mais si la Marine a su évoluer, la SNSM, sur certains aspects, est restée sur des règlements et des organisations un peu dépassées. Dans ce contexte, il faut rénover l’institution et je suis en train de consulter les bénévoles pour établir une feuille de route pour les dix années à venir. Baptisée Cap 2030, elle a comme principaux enjeux de mieux associer les bénévoles aux décisions de l’association, de consolider nos formations et d’améliorer le soutien technique et administratif aux stations. C’est une réflexion de grande ampleur qui débouchera sur une réforme de nos statuts.

 

C. B. : Avez-vous un message particulier à adresser aux marins de la Marine nationale ?

AL E. DE O.  : J’aurais, bien sûr, envie de leur dire : rejoignez-nous ! Mais mon message principal est le suivant : si vous voyez un sauveteur en mer, parlez-lui. Dites-lui à quel point il est proche de vous et à quel point vous pourriez-vous entendre. Car les femmes et les hommes de la SNSM, sont avant tout, des marins.

Propos recueillis par la rédaction.

 

Extrait du Cols Bleus N°3087 - Juin 2020 - Sur le pont ! Fiers de nos marins

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