Embruns sur pellicule - Quand la Marine fait son cinéma

Publié le 26 Février 2020 à 16:02

© Marine nationale

Naufrage, bataille, course poursuite, plongée en eaux profonde ou dans les affres de la Seconde guerre mondiale et des guerres coloniales… la Marine de Guerre a depuis toujours inspiré les scénaristes de films, qui ont souvent mêlé avec bonheur Histoire et destins de marins.

Parmi les nombreux films sur le thème de la marine de guerre recensés par les spécialistes depuis plus de soixante ans, la plupart sont des productions hollywoodiennes. On trouve ainsi les grands classiques que sont Master and Commander : De l'autre côté du monde, de Peter Weir (2003), USS Alabama, de Tony Scott (1995), À la poursuite d'Octobre rouge, de John McTiernan (1990), Top Gun, de Tony Scott (1986), Nimitz, retour vers l'enfer, de Don Taylor (1980), La Canonnière du Yang-Tsé, de Robert Wise (1966) ou, encore, Les Révoltés du Bounty, de Lewis Milestone (1962)… On pourrait aussi citer Les Chemins de la dignité, de George Tillman (2000) ou La Bataille de Midway de Jack Smigh (1976), dont un remake - réalisé par Roland Emmerich - est sorti en novembre 2019. Parmi les quelques films européens « de marine » à avoir marqué le 7e art dominent incontestablement Das Boot, le chef d’œuvre sur la guerre sous-marine allemande en 1939-45, de Wolfgang Petersen (1981), Coulez le Bismarck ! de Lewis Gilbert (1960) et Mer cruelle, de Charles Frend (1953).

Gabin le marin

Côté français, après Le Grand Pavois de Jack Pinoteau (1954), Alerte en Méditerranée de Léo Joannon (1938), les films de Marcel l’Herbier Veille d’arme (1935) et La Porte du large (1936), La bataille de Nicolas Farkas (1936) et, enfin, deux versions de Feu ! de Jacques de Baroncelli (1926 et 1937), c’est surtout la figure de Jean Gabin qui incarne le marin français par excellence. L’acteur - Jean-Alexis Moncorgé pour l’état-civil - qui avait interprété le rôle du capitaine du remorqueur Cyclone dans Remorque, le film de Jean Grémillon, est aussi quartier-maître de réserve de la Marine nationale. En 1939, en plein tournage, il a d’ailleurs rejoint son unité de fusiliers marins à Cherbourg. Après la débâcle des armées françaises, l’Armistice et son départ aux États-Unis, il s’engage en avril 1943 dans les Forces navales françaises libres (FNFL) comme second maître pour la durée de la guerre. À 40 ans, Gabin reçoit son baptême du feu à bord de l’escorteur Elorn, sur lequel il commande une batterie antiaérienne. Puis il embarque sur le croiseur La Gloire à destination de la France et intègre la 2e division blindée (DB) du général Leclerc. Devenu chef de char du Souffleur 2 du régiment blindé des fusiliers marins (RBFM), le SM Moncorgé participe ensuite à la bataille des Vosges, puis à la Campagne d’Allemagne, jusqu’au « nid d’aigle » d’Adolf Hitler à Berchtesgaden.

Tambour battant à Terre-Neuve

Après l’inclassable film d’Yves Ciampi « Le ciel sur la tête » tourné à bord du Clemenceau et sorti en 1965, il faut attendre les années 1970 et la sortie sur les écrans du mythique film de Pierre Schoendoerffer Le Crabe Tambour (1977), son troisième film « maritime » après Pêcheur d’Islande (1959) et Sept jours en mer (1963), pour qu’apparaissent de nouveaux visages. Impossible alors de prononcer « Marine nationale » sans penser à Jean Rochefort, Jacques Perrin, Claude Rich ou Jacques Dufilho. Les hautes vagues d’étraves qui menacent d’engloutir l’escorteur d’escadre Jauréguiberry, les traits sévères des officiers et les grands verres bus au comptoir de la « Morue Joyeuse », à Saint-Pierre-et-Miquelon, forment la toile de fond d’un monde dur et meurtri par les guerres d’Indochine et d’Algérie. Pendant sept semaines, l’équipe de tournage et les acteurs ont découvert la réalité de la vie à bord d’un bâtiment en mission d’assistance et de surveillance de la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve. Certains ont été plus marqués que d’autres, comme Claude Rich qui confiait à Cols bleus, le 12 novembre 1977, « avoir eu l’impression de faire partie de l’équipage et d’être presque un marin », ou Pierre Schoendoerffer, qui a poussé le réalisme jusqu’à intégrer certains de ses acteurs dans les postes des officiers du navire en espérant « faire en sorte que les marins puissent se reconnaître dans ce film (…) tourné à la fois pour montrer la présence de la Marine et pour le grand public ».

La Marine nationale en haut de l’affiche

Après Le Crabe Tambour, la mer et les marins font toujours l’objet de films comme Les Marins perdus, de Claire Devers (2003), Fidelio, l’odyssée d’Alice, de Lucie Borleteau (2014), Tempête, de Samuel Collardey (2015), L'Odyssée, le film biographique sur le commandant Cousteau de Jérôme Salle (2016). En 2017, le Maillé-Brézé, l’ancien escorteur d'escadre fait partie du décor du multi oscarisé Dunkerque de Christopher Nolan. Mais à l’exception de Noir Océan, de Marion Hänsel (2011) et de quelques fictions comme les téléfilms une fille dans l'azur (2002) ou Peur sur la base (2017), il faut attendre 2018 et le film Volontaire, d’Hélène Filières, pour voir à nouveau un réalisateur, s’intéresser véritablement à l’univers de la Marine Nationale et non plus seulement à celui de la pêche, de l’exploration maritime ou de la marine marchande. Volontaire, qui raconte l’histoire d'une jeune recrue, fait également partie des premières productions ayant bénéficié de l’expertise de la Mission cinéma du ministère des Armées, créée en 2016 à l’initiative de Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, ainsi que du soutien de la Marine nationale. Dans cet esprit, Le chant du loup (2019), réalisé par l'ancien diplomate Antonin Baudry, avec Omar Sy, Mathieu Kassovitz et François Civil, est devenu l’un des symboles de la volonté d’ouverture de la Marine en matière de productions audio-visuelles et cinématographiques.

La rédaction

Extrait du Cols Bleus n°3085 - février 2020 - 75 ans de service actif

 

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