Rencontre - «L’Entraide Marine-Adosm n’est que le relai, sur le long terme, de la générosité spontanée des marins lorsqu’un drame survient»

Publié le 10 Décembre 2019 à 16:48

© DR - Bérengère d'Aboville

Bérengère d’Aboville, déléguée générale de l’association Entraide Marine-Adosm.

Créée en 1939, l’association Entraide Marine-Adosm est restée fidèle à la vocation sociale de ses débuts : soutenir les familles de marins en difficulté. Mais elle a su diversifier son action et ses partenariats, mener à bien de nouveaux projets, fédérer bénévoles et mécènes autour de nouvelles idées. Rencontre avec Bérengère d’Aboville, déléguée générale de l’association.

Cols bleus : Comment l’Entraide Marine-Adosm vient-elle concrètement en aide aux marins et à leur famille ?

BÉRENGÈRE D’ABOVILLE : En matière de temps dédié et de budget, notre activité principale reste l’attribution de bourses d’études aux orphelins de la Marine, et ce jusqu’à la fin de leur cursus. C’est un moyen d’augmenter le budget global de la famille qui connaît une baisse brutale de revenus, surtout lorsque le conjoint survivant n’a jamais travaillé. Sur demande de la Cabam (Cellule d’aide aux blessés et d’assistance aux familles de la Marine), nous offrons également des stages de reconstruction aux blessés, notamment à ceux atteints de syndrome post-traumatique. Nous accordons, enfin, des aides remboursables ou non aux familles qui rencontrent une difficulté ponctuelle, et finançons par exemple des stages de reconversion pour les conjoints veufs. Nos quatre assistantes sociales de Brest, Paris et Toulon sont au cœur du dispositif : l’association a toujours considéré que leur travail d’accueil, d’écoute et de conseil, notamment en matière administrative, est primordial. Depuis septembre, l’une des deux assistantes sociales de Brest effectue tous les mois une permanence à Lorient pour se rapprocher des fusiliers marins et commandos et des marins de Lann-Bihoué. En bref, j’ajouterai que notre force réside dans la possibilité d’agir dans l’urgence comme sur le long terme en complément des aides institutionnelles et en lien permanent avec l’Action sociale des armées.

 

C. B. : De quels partenariats ou soutiens bénéficiez-vous ?

B. d’A. : Outre la subvention du Ministère qui représente 6 % de notre budget, le soutien de nos mécènes se manifeste de plusieurs façons. Avec les mutuelles ou caisses de retraite, nous signons généralement une convention orientée sur notre activité sociale. Ces partenariats nous donnent une vision à long terme sécurisante. Certaines entreprises nous accordent des subventions ponctuelles pour les événements que nous organisons. D’autres groupes, ainsi que les associations d’anciens, nous donnent en numéraire ou en nature, sans objet particulier. Nous recevons également des dons issus de formations de la Marine et je salue, ici, les initiatives toujours plus nombreuses des marins qui organisent des événements à notre profit. Nous sommes aussi bénéficiaires de dons collectés à l’occasion d’événements interarmées en faveur des blessés. Enfin, il y a les adhésions individuelles. Cette cotisation de 12 € par an, souvent majorée d’un don, constitue l’engagement du marin envers ses pairs dans la détresse, engagement qui, pour nous, a beaucoup de valeur. J’oubliais l’importance des legs, certes imprévisibles, mais qui nous permettent de reprendre de temps en temps notre souffle ; ils proviennent souvent de personnes ayant fréquenté les journées d’entraide. Je vous incite vivement à aller sur notre site entraidemarine.org pour connaître nos mécènes... et adhérer. Merci à nos généreux donateurs !

 

C. B. : Sur quels types d’événements est-il possible de vous soutenir ?

B. d’A. : Outre les journées d’entraide de Brest, Cherbourg, Paris et Toulon, nous faisons beaucoup d’événementiel. C’est devenu la bannière de l’association. Mais, si ces activités permettent de fédérer les marins, elles restent chronophages. Nous les diversifions : dîners de prestige, concerts, événements sportifs, présentations aux écoles de la Marine, ventes… Nous participons également aux 20 km de Paris. Nous vendons et communiquons aussi lors de certaines manifestations de la Marine : la Journée du Marin, la Marine en escale à Toulouse et à Tours, le Spi Ouest-France, le Grand Prix de l’École navale…

De fidèles bénévoles nous permettent de maintenir notre présence à ces événements, mais nous souhaitons ardemment la relève, dans tous les ports. C’est vital pour l’avenir de l’association. Si nous trouvons des bénévoles pour une journée, de tels engagements sur la longue durée sont une denrée rare et précieuse. Enfin, nous soutenir, c’est aussi participer en prenant des places aux événements que nous organisons.

C. B. : Quelles sont les ambitions de l’association à moyen et à long termes ?

B. d’A. : L’Entraide Marine-Adosm a fêté ses 80 ans en juin dernier. C’est la preuve de son utilité, de sa vitalité et de la générosité des marins qui ont su la faire vivre et la transformer au fil des décennies. Mais les évolutions de la société et au sein de la Marine nous obligent à nous remettre sans cesse en question. Les défis sont nombreux et les chantiers en cours importants : nous devons développer notre activité commerciale, augmenter fortement la part du mécénat dans nos revenus, changer notre système d’information devenu obsolète, diversifier notre événementiel et notre communication vers les jeunes marins… Juste un exemple : nous avons conclu un partenariat avec le skipper Charles-Louis Mourruau qui porte nos couleurs. Durant la Transat Jacques Vabre, il a réalisé un très brillant départ avec sa coéquipière avant de faire face à une fortune de mer. Il repartira bientôt pour de nouvelles courses. Tous ces défis sont passionnants, mais ils n’ont qu’un but et un seul : améliorer la qualité de notre aide envers les familles, particulièrement celles qui restent sous le seuil de pauvreté malgré les aides cumulées. Tout ce que nous faisons tend vers cet objectif. Je dis souvent que l’Entraide Marine-Adosm n’est que le relai, sur le long terme, de la générosité spontanée des marins lorsqu’un drame survient. Mais pour assurer cette mission, nous avons besoin de l’engagement de tous.

Propos reccueillis par Hélène Perrin

Extrait du Cols Bleus N°3084 - Décembre 2019 - Manche-mer du Nord - Une région stratégique pour la Marine

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