Fauconniers de la Marine - Les anges gardiens de Lann-Bihoué

Publié le 2 Décembre 2019 à 16:43

© Marine nationale

Malgré l’évolution technologique, l’effarouchement à l’aide de rapaces reste la méthode la plus naturelle et la plus efficace pour tenir à distance les oiseaux sur les plates-formes aéroportuaires et éviter les risques de collisions avec des aéronefs.

Originaire d’Asie centrale et pratiquée en Europe depuis le VIIe siècle, la fauconnerie a longtemps fait partie des « arts nobles » enseignés dans les cours royales. Tombée peu à peu en désuétude, avec le développement des armes à feu, puis interdite pendant la Révolution française, cette technique ancestrale de chasse au vol manque de disparaître. Cette alliance fragile et complémentaire entre les hommes et les oiseaux de proie connaît actuellement un renouveau sans précédent grâce, notamment, à son efficacité redoutable pour assurer la sécurité des plates-formes aéroportuaires. Elle permet de faire fuir les oiseaux qui pourraient représenter un danger pour le trafic aérien.

 

Faire place nette dans les airs

Aujourd’hui, cinq fauconniers employés par la Marine nationale travaillent quotidiennement comme «effaroucheurs» sur les bases d’aéronautique navale (BAN) de Hyères et Lann-Bihoué. Les fauconniers de cette dernière sécurisent également les BAN de Lanvéoc-Poulmic et de Landivisiau. Sur les BAN de Bretagne, trois fauconniers ouvriers d’État et quatre assistants quartier-maîtres de la Flotte se relaient ainsi en permanence pour veiller sur la sûreté des installations et éviter au maximum les collisions avec les aéronefs militaires (Rafale Marine, Atlantique 2, Hawkeye, Falcon 50, Xingu, Caïman Marine, etc.), mais aussi civils qui empruntent quotidiennement les pistes et les taxiways. « Le travail des fauconniers est essentiel, assure le capitaine de vaisseau Serge Bordarier, commandant de la base d’aéronautique navale de Lann-Bihoué, car les dommages causés en cas de choc entre des avions et des volatiles ou des mammifères peuvent être critiques, notamment lors des phases de décollage et d’atterrissage. Des situations qui peuvent mettre en danger la vie de l’équipage et des passagers. À cause des vitesses relatives de l’oiseau et de l’aéronef, tout se passe comme si l’oiseau avait une masse de plusieurs tonnes lors de la collision. C’est très violent. Dans le cas des avions de chasse, l’oiseau peut être “avalé” par un réacteur, endommager le moteur et, parfois, obliger le pilote à s’éjecter. Même un “simple” impact sur le fuselage peut être potentiellement grave, car il faut immédiatement interrompre le vol et regagner la plate-forme pour procéder à un examen complet, voire une réparation qui immobilise l’appareil. Pour le moment, nous n’avons rien trouvé de mieux que les rapaces pour lutter contre le péril animalier. Avant l’arrivée des fauconniers, en 2009, on comptait presque quinze collisions par an. Ce chiffre est aujourd’hui tombé à deux, en moyenne. »

À Lann-Bihoué, en plus des interventions ponctuelles sur Landivisiau ou Lanvéoc, les patrouilles sont quotidiennes et s’effectuent 7/7 j. Pour les fauconniers, la journée commence invariablement par une tournée matinale en véhicule sur la plate-forme, afin de repérer la présence éventuelle de goélands, mouettes, vanneaux huppés, pluviers dorés, pigeons ramiers et autres corneilles. Puis, de manière systématique, avant chaque mouvement d’avion, ils effectuent un tour de piste et lâchent, en cas de besoin, leurs rapaces qui effrayent ou neutralisent les animaux dangereux. Ils peuvent également être mis en œuvre sur ordre direct de la tour de contrôle, le plus souvent après l’appel d’un pilote, militaire ou civil, puisque la BAN est mixte.

La peur du prédateur

En règle générale, quand ils détectent une présence animale indésirable, les fauconniers utilisent d’abord des moyens d’effarouchements classiques : cris synthétiques, sirènes et tirs de dissuasion ou de cartouches sifflantes. «Cependant la plupart de ces dispositifs se révèlent souvent beaucoup moins efficaces que les rapaces», précise Julien responsable de la fauconnerie, arrivé en 2009 et chef d’équipe de la lutte contre le péril animalier. «Les oiseaux s’habituent aux sons et ne sont plus effrayés. De plus, cette méthode a ses limites avec certaines espèces intelligentes, comme les corvidés. Toutefois dès que nous lâchons nos oiseaux ou que leur ombre se profile, c’est rapidement la débandade. Pour les oiseaux migrateurs ou nicheurs, ainsi que pour les petits mammifères, comme les lapins par exemple, dont les galeries souterraines peuvent endommager les pistes, la peur du prédateur est immédiate et instinctive. Les rapaces créent un phénomène de stress naturel très efficace. Ils sont vraiment dissuasifs. Actuellement, nous avons ici 17 oiseaux à disposition, six buses de Harris, cinq faucons de Barbarie, quatre faucons pèlerins, un hybride et un autour des palombes, tous nés en captivité. Ces différentes espèces ont chacune des particularités qui nous permettent d’assurer tous les types de missions opérationnelles qui nous sont confiées sur les BAN où nous sommes mis pour emploi.»

 

Des rapaces à l’état sauvage

Aucun des faucons de la base n’est vraiment dressé. Les rapaces apprennent juste à chasser en compagnie des hommes. Leur entraînement – on parle d’affaitage – dure environ six mois la première année, trois semaines par an les années suivantes. «Nous vivons littéralement avec nos rapaces, sur lesquels nous veillons avec l’attention d’une mère pour ses petits. Nous surveillons aussi leur poids scrupuleusement, car à 10 g près, l’animal ne peut plus voler, explique Julien. Nous essayons de créer un lien entre eux et nous, mais il est ténu et fragile. Nous ne les dressons pas afin qu’ils gardent leur instinct de chasse. Ils restent intrinsèquement sauvages. Fauconnier, c’est un métier 24/24 h. C’est aussi la passion d’une vie.»

 

La rédaction

Extrait du Cols Bleus N°3083 - Novembre 2019 - Une marine en pointe - Innover pour rester maître dans toutes les dimensions

Vos réactions: 
Moyenne: 5 (3 votes)
Envoyer