Planète Mer - École navale, la Marine toutes voiles dehors

Publié le 22 Octobre 2019 à 14:42

© S.MARC / Marine nationale - Des monocoques lors de la 16e édition du Grand Prix de l’École navale, en mai 2017.

La Marine entretient avec la voile un rapport privilégié, essentiel même. De Tabarly aux équipages qui prennent part, chaque année depuis 2002, au Grand Prix de l’École navale, tous les marins trouvent ou ont trouvé dans le monde de la course au large un accomplissement professionnel et personnel sans égal.

Si le monde de la course au large reste profondément marqué par la personnalité d’Éric Tabarly (1931-1998), marin d’exception et pionnier du développement des multicoques, avec son célèbre Pen Duick IV, trop nombreux encore sont ceux qui oublient d’évoquer son long parcours dans la Marine, pourtant indissociable de sa vie de navigateur professionnel.

Tabarly le précurseur  
Engagé en 1952, le futur recordman de la traversée de l’Atlantique Nord à la voile, d’ouest en est, commence en effet comme pilote dans l’aéronautique navale et sert notamment en Indochine. Après sa sortie de l’École d’application des enseignes de vaisseau, il embarque à Cherbourg comme officier en second du dragueur de mines Castor et prend le commandement de l’engin de débarquement d’infanterie et de chars, EDIC 9092. En 1964, après sa grande victoire dans la transat en solitaire, Éric Tabarly entre comme élève au cours d’officier fusilier à l’École des fusiliers marins de Lorient, puis poursuit sa carrière hors norme, en détachement spécial de la Marine nationale, jusqu’au grade de capitaine de vaisseau.
« Pour beaucoup d’entre nous, raconte Alain Daoulas, commissaire nautique du Grand Prix de l’École navale, dont il est un des créateurs, Tabarly a été un exemple à suivre. À la fois en tant que marin, mais aussi comme militaire. Car il a fait partie de ceux qui ont su incarner l’univers de la voile dans le grand public à une époque où elle était encore relativement confidentielle, tout en démontrant son utilité concrète pour les marins. »

Retour aux sources
« Dans la pratique de la voile, il y a, en effet, quelque chose d’évident et d’essentiel, au sens premier du mot, assure le capitaine de corvette Patrice, chef du groupement manœuvre à l’École navale. C’est un retour à la source même du métier de marin et une initiation à l’esprit d’équipage. Naviguer sur un bâtiment comme la goélette Étoile, par exemple, est une formidable école de la vie et de la mer où l’on découvre la vie en société et où, parfois, l’erreur d’un seul peut avoir des conséquences pour tous. Quelle meilleure définition pour résumer la vie opérationnelle en mer ? À tout niveau, la pratique de la voile offre un réel enjeu pédagogique. Pour tout marin, naviguer sans moteur, c’est se retrouver en prise directe avec l’air, l’eau, les fonds marins et les courants. Faire de la voile, c’est apprendre à voir, à écouter, à saisir, analyser des éléments bien distincts en une fraction de seconde. Exactement comme sur la passerelle d’une grande unité. C’est aussi se familiariser avec le vocabulaire et découvrir le sens de nombreuses expressions maritimes, toujours employées de nos jours. Par ailleurs, la voile sportive et notamment la régate renforcent sans conteste la capacité de décision, la définition d’une stratégie et l’analyse de l’évolution des tactiques. »

Aguerrissement et cohésion
Sur le plan d’eau, être réactif et s’adapter au milieu changeant qu’est la mer est impératif. Rien n’est jamais acquis. C’est sans doute aussi pour cela que la voile, avec le rugby – un autre sport où l’esprit de décision et le collectif sont déterminants – a été choisie comme vecteur par la Marine « qui possède pas moins de 40 monotypes J/80 signés J Composites répartis à Brest, Toulon et Cherbourg, comme le rappelle le lieutenant de vaisseau Renaud, chef de la section Entraînement physique militaire et sportif (EPMS). La voile sportive militaire œuvre, en sa qualité de composante nautique de l’entraînement physique militaire et sportif, au développement de l’aguerrissement et de la cohésion des équipages, deux maîtres-mots de la vie militaire. Cette activité est proposée dans le temps du service et peut être complétée, en dehors de ce temps, par la pratique de la voile de plaisance et/ou compétitive, au sein des clubs nautiques de la Marine. » Développement des qualités personnelles et collectives, opiniâtreté, dynamisme, performance, humilité, remise en cause permanente… des qualités incarnées aujourd’hui à haut niveau par les médaillés olympiques Camille Lecointre, en dériveur, Pierre Le Coq, en planche à voile et Jérémie Mion, spécialiste de 4.70, dériveur en double de 4.70, qui vient d’intégrer la Marine nationale et l’Armée de Champions (sportifs de haut niveau des armées).
« Savoir évoluer au gré des vagues, réguler son allure, optimiser le potentiel de son bateau par les réglages de ses voiles, composer sans cesse avec les forces hydrodynamiques et aérodynamiques en analysant en permanence l’évolution de la météorologie sont autant de variables que l’on peut retrouver dans l’univers opérationnel », avance Pierre-Alexis Ponsot, sportif de haut niveau, qui assure actuellement une part de l’enseignement de la voile à l’École navale en tant que réserviste opérationnel. « La voile est et restera essentielle tout au long de la carrière maritime, conclut le contre-amiral (2S) Frédéric Damlaimcourt, ancien adjoint opérations auprès du commandant en chef de l’Atlantique (Ceclant) et président de l’association du Grand Prix de l’École navale. Car celui qui a navigué un tant soit peu sur un voilier sait véritablement “sentir le milieu marin” et appréhender toute la subtilité de la vie sociale du bord, sans jamais perdre de vue l’esprit d’équipe et le sens même de la manœuvre. »

 

 

La Rédaction

Extrait du magazine Cols bleus n°3082 - octobre 2019 - Aguerrir - Préparer les marins au combat

 

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