Rencontre - La Méditerranée constitue un espace qu’il faut maîtriser et occuper, sécuriser et protéger

Publié le 22 Octobre 2019 à 14:42

© A.GROYER / Marine nationale

Vice-amiral Charles-Henri du Ché, préfet maritime de la Méditerranée, commandant la zone maritime Méditerranée et commandant l’arrondissement maritime Méditerranée, du 18 juillet 2016 au 4 septembre 2019.

La mer Méditerranée concentre des problématiques aussi variées que la lutte contre les trafics illicites, la surveillance du transit des marchandises ou encore la protection de richesses environnementales. Préfet maritime de la Méditerranée durant trois ans, le vice-amiral Charles-Henri du Ché a été au cœur de ces préoccupations. Lutte contre la pollution au cap Corse, opération Hamilton, recherches de la Minerve, il revient pour Cols bleus sur les actions qui ont marqué son commandement.

Cols bleus : Amiral, vous quittez vos fonctions. Quels sont les particularités et les enjeux du théâtre méditerranéen ?
Vice-amiral Charles-Henri du Ché : 
Pour bien comprendre les enjeux et les particularités de la Méditerranée, il faut se rappeler qu’elle ne représente que 8 % de la surface totale des mers pour 25 % du trafic maritime mondial et 10 % des richesses en biodiversité. Il ne faut qu’une journée de mer du nord au sud pour la traverser et quatre jours d’est en ouest. Sa taille impose donc un effort particulier d’anticipation, ce qui nécessite d’être présent en mer, dans les airs et sous la mer pour savoir ce qu’il se passe et compter avec les pays partenaires dans les échanges de renseignements.
La Méditerranée, c’est surtout un concentré des problématiques que l’on peut rencontrer sur les mers du globe. On pense naturellement aux trafics (humain, drogue, armement) ou encore aux flux migratoires, mais cela ne s’arrête pas là. C’est une zone de tension où sont présentes les marines du monde entier, une zone de conflit (au Levant), une zone de transit de marchandises –dont le pétrole – et une zone concentrant des ressources énergétiques diversement convoitées (au large de Chypre, notamment).
La Méditerranée constitue donc un espace de liberté qu’il faut maîtriser et occuper, un lieu d’échanges qu’il faut sécuriser et, enfin, un espace de richesses environnementales à protéger.

C. B. : Quels ont été vos principaux sujets d’intérêt en qualité de préfet maritime de cette zone ?
VA C. - H. D. C. :
En tant que préfet maritime, c’est-à-dire représentant de l’État en mer sous les ordres directs du Premier ministre, j’ai eu comme première responsabilité la sauvegarde des personnes et des biens. Grâce à la vigilance du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Méditerranée et des 19 sémaphores présents sur le littoral et à l’action de l’ensemble des moyens de l’État et de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), 2 138 opérations ont été réalisées en 2018.
La protection de l’environnement en mer a été une autre de mes priorités. Durant les trois ans de mon mandat de préfet maritime de la Méditerranée, de nombreuses opérations de lutte contre les pollutions volontaires ou involontaires ont été menées. On se rappellera en particulier la collision entre le navire roulier Ulysse et le porte-conteneurs Virginia, qui avait provoqué le rejet à la mer de près de 600 m3 d’hydrocarbures. Au total, 34 navires et une dizaine d’aéronefs ont été déployés et 500 personnes ont travaillé pour gérer le versant maritime de cette crise. Je retiendrai aussi la mise en place de l’arrêté règlementant le mouillage des grands navires afin de protéger les herbiers de posidonie, cet écosystème aux rôles écologiques et économiques majeurs.
Enfin, sous ma casquette de commandant de la zone maritime Méditerranée, j’ai assuré la coordination de nombreuses opérations militaires en m’appuyant sur mon centre des opérations. On se souviendra de l’opération Hamilton où, sur ordre du président de la République et en réponse à l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, les armées françaises ont mené, aux côtés des Américains et des Britanniques, une série de frappes en Syrie.

C. B. : Les unités de la Marine implantées dans le Sud-Est sont nombreuses et assument des missions très diverses. Comment s’articule leur action ?  
VA C. - H. D. C. :
Les forces armées dans le Sud-Est sont notamment concentrées dans le Var, où plus de 28 000 militaires et civils sont répartis sur de très nombreux sites. Sous ma casquette de commandant d’arrondissement maritime, j’ai eu ainsi des responsabilités territoriales importantes renforcées par le fait que mon amiral adjoint pour ces questions est aussi le commandant de la base de défense de Toulon, la plus importante de France. Il s’agissait de garantir en permanence la protection, la sûreté et la sécurité de nos installations à caractère nucléaire, de nos dépôts de munitions et de carburant et, si nécessaire, de traiter les événements accidentels par le biais du centre de traitement des crises qui permet aussi d’établir les indispensables liens interadministrations.
Toulon est le premier port de projection d’Europe avec 60 % du tonnage de la flotte militaire française. J’ai pu m’appuyer sur l’excellence des services de soutien qui œuvrent chaque jour dans l’ombre, permettant ainsi à nos navires de mener à bien leurs missions. Également, ils équipent, nourrissent, soignent nos ressortissants défense et, enfin, entretiennent et modernisent continuellement nos installations.

C. B. : Quel est le poids de la Marine dans la région, et en particulier dans la ville de Toulon où l’empreinte Marine est très forte ?
VA C. - H. D. C. :
La Marine est très fortement implantée dans la région, particulièrement à Toulon. Le port militaire concentre une somme exceptionnelle d’activités humaines, militaires, logistiques, nautiques et industrielles. Dans le Var, la Défense est le premier site industriel et le premier employeur. La Marine pèse beaucoup dans ce bassin d’emplois, en particulier sur le plan économique et social. La construction et l’entretien de nos infrastructures portuaires et opérationnelles nécessitent un important effort d’investissement. Il faut aussi loger le personnel et les familles. Ces budgets sont autant d’investissements essentiels et nécessaires pour la sécurité des Français. Les relations entre les pouvoirs publics et la Marine sont excellentes dans cette région. À titre d’exemple, de très importants travaux de rénovation de la grande jetée ont débuté en 2019. Ces travaux ont été financés conjointement par le ministère des Armées, la Métropole Toulon Provence Méditerranée et le conseil départemental du Var, confirmant l’unité d’action de ces acteurs pour le bien commun. Une fois terminé, ce chantier profitera en effet à l’ensemble des utilisateurs de la rade de Toulon qui seront alors bien mieux abrités de la houle d’est se faisant actuellement ressentir jusqu’au port de Brégaillon, à La Seyne-sur-Mer.

C. B. : Que retenez-vous de votre mandat qui s’achève ?
VA C. - H. D. C. :
Sur le plan humain, l’événement qui m’a le plus marqué à la fin de mon commandement est la recherche couronnée de succès du sous-marin Minerve disparu en 1968. La reprise des recherches, décidée par la ministre des Armées lors du cinquantième anniversaire de ce drame, m’a été confiée et je suis heureux d’avoir pu localiser ce qui est maintenant une sépulture maritime. Les familles que j’ai rencontrées à plusieurs reprises en avaient besoin pour achever leur deuil. Je suis vraiment ému d’avoir pu y contribuer, juste avant de quitter mon commandement.  

Propos recueillis par le LV Nicolas Conort

Extrait du magazine Cols bleus n°3082 - octobre 2019 - Aguerrir - Préparer les marins au combat

 

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