Histoire - 1999 Opération Trident

Publié le 23 Septembre 2019 à 12:13

© Marine nationale

Une Marine à la pointe des opérations aériennes du Kosovo

Entre le retrait du service du porte-avions Clemenceau, en 1997, et l’arrivée du Charles de Gaulle, en 2000, la flotte française ne dispose que du porte-avions Foch, sistership du premier, pour faire face à ses obligations. C’est pourtant le moment où elle va livrer une spectaculaire démonstration capacitaire en participant à la campagne aérienne menée contre la Serbie, l’opération Trident. Une mission qui porte en germes celles menées par l’actuel groupe aéronaval.

De mars 1998 à juin 1999, la lutte pour l’autonomie du Kosovo prend la forme d’une guerre insurrectionnelle de faible intensité entre l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) et les forces de sécurité serbes. Durant ces 15 mois, les belligérants alternent les phases violentes, pendant lesquelles ils cherchent à s’imposer sur le terrain, et les phases de négociation par l’entremise des puissances étrangères du Groupe de contact (Allemagne, États-Unis, France, Italie, Royaume-Uni, Russie) mis en place durant la guerre civile yougoslave.  

La France s’implique particulièrement dans ce processus de résolution de crise en cherchant à favoriser une solution négociée. La Marine nationale participe pleinement à cet effort, d’abord en maintenant un dispositif de « veille en temps de paix » lui permettant de réagir avec un bref préavis, puis en engageant son groupe aéronaval (GAN) aux côtés des escadrons de l’armée de l’Air durant la campagne aérienne. Elle fait alors la démonstration des avantages militaires et politiques qu’offrent les opérations menées depuis la mer contre la terre. Plusieurs arguments ont plaidé en faveur du retour en force du groupe aéronaval : sa souplesse de déploiement, sa capacité d’intégration au sein d’une force multinationale et ses capacités de combat rénovées.

Le porte-avions, un outil au service de la politique étrangère de la France

Relever le défi de la maîtrise du temps de crise est indispensable pour maximiser l’effet des moyens disponibles au moment déterminant. C’est particulièrement le cas pour l’unique porte-avions en service, le Foch. Celui-ci est déployé une première fois en Adriatique en octobre 1998 (« Trident 98 ») pour appuyer la signature d’un cessez-le-feu. Sa présence souligne l’engagement de Paris face à Belgrade, comme le déclare à son bord le ministre de la Défense de l’époque, Alain Richard : « La France ne fait pas seulement des déclarations politiques [mais elle met en œuvre] des moyens de puissance adaptés au choix de son engagement. » Par la suite, le Foch rentre à quai, mais se tient prêt à être redéployé si la situation se dégrade. C’est le cas après l’échec de la conférence de Rambouillet, en février 1999. Le 23 mars, l’OTAN déclenche une campagne aérienne pour forcer la Serbie à évacuer ses troupes du Kosovo et permettre son occupation par la force multinationale assemblée par l’OTAN (KFOR) : c’est l’opération « Allied Force/Trident ».

Le GAN, pièce maîtresse du dispositif allié

Partie dès le 29 janvier de Toulon, la Task Force 470, commandée par l’amiral Alain Coldefy, doit maintenant réussir son intégration au sein du dispositif interalliés. D’un point de vue technique, les carences en matière d’interopérabilité pointées durant la guerre du Golfe (1990-1991) ont été comblées. Le Foch est relié aussi bien au réseau satellitaire national Syracuse qu’au réseau américain Fleetsatcom, et la généralisation de la liaison 11 (standard pour les échanges de données tactiques) permet de travailler dans la « langue commune » des navires de la coalition. Le rapprochement avec le Royaume-Uni, amorcé la même année avec les accords de Saint-Malo, se concrétise par l’intégration d’une frégate britannique au sein de la TF 470. Pour la première fois également, un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) est placé sous le contrôle opérationnel du commandant du groupe aéronaval. Cette force navale polyvalente et autonome prend position en pointe du dispositif interallié, juste en face des bouches de Kotor, la baie qui abrite la seule base de la Marine de l’ex-Yougoslavie.

Cette proximité avec la côte adverse justifie l’adoption de règles d’engagement « durcies », celles-ci allant jusqu’à prévoir la destruction de la flotte adverse en cas de sortie et favorise également l’excellent rendement des Super-Étendard. Restant parfois en l’air en veille pendant six heures, ils sont à moins d’un quart d’heure de leurs cibles et peuvent enchaîner les frappes aériennes à un rythme soutenu ou prendre à leur compte des cibles d’opportunité. Leurs résultats sont excellents puisqu’ils obtiennent le meilleur taux de réussite de l’Alliance atlantique (75 %) et un taux d’annulation des missions beaucoup plus faible que celui de l’aviation basée à terre (21 % contre 41 %). Ainsi, si la participation de l’aviation embarquée est réduite en matière d’effectifs, a 16 appareils, ceux-ci effectuent le tiers des missions de frappes françaises.

Le GAN

Un déploiement qui préfigure ceux du futur groupe aéronaval du Charles de Gaulle

La modernisation des Super-Étendard pour leur permettre de tirer des bombes guidées laser, à distance de sécurité, fait partie des efforts de mise à niveau capacitaire menés par la Marine, au même titre que l’amélioration des communications et des capteurs de renseignement, ceci dans l’attente des grands programmes de la génération suivante : le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle et l’avion de combat Rafale. La présence d’un SNA s’avère aussi précieuse pour le recueil du renseignement électronique. Cette greffe de « multiplicateurs de force » sur des plates-formes déjà anciennes rehausse la crédibilité militaire de la France et lui permet de prendre part aux échanges interalliés au plus haut niveau, notamment pour la question cruciale du ciblage.

La TF 470 tient ainsi une place de premier rang au sein de la coalition jusqu’à la fin des hostilités, le 3 juin 1999, soit après 116 jours d’opération. Son action illustre l’adaptation réussie de la Marine nationale à l’action contre terre, une mission que le groupe aéronaval a continué d’accomplir en appui des interventions en Afghanistan, au large des côtes libyennes ou contre l’État islamique.

Dominique guillemin, service historique de la Défense

 

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