Entretien avec l'amiral Denis Béraud

Publié le 9 Septembre 2019 à 09:01

© S.CHENAL / Marine nationale - Cérémonie d'adieux aux armes de l'inspecteur général des armées.

« La confiance c’est, comme la délégation dans le commandement, la clé du succès et du bon fonctionnement de la Marine »
Amiral Denis Béraud, inspecteur général des armées – Marine.

Ancien commandant du Charles de Gaulle, major général de la Marine, inspecteur général des armées – Marine, l’amiral Denis Béraud a fait ses adieux aux armes le 24 juin à Toulon. Fort d’une riche expérience, il a répondu aux questions de Cols bleus.

Cols bleus : Amiral, vous avez exercé de très hautes responsabilités au sein de la Marine et des armées, dont le commandement du Charles de Gaulle et les fonctions de major général de la Marine. Quelle est votre conception du commandement ?
Amiral Denis Béraud : Commander, c’est tout d’abord se fixer des objectifs. Il est ensuite important de ne pas faire le travail de ses subordonnés, mais de mettre en place un processus de délégation. Cela est vrai à tous les niveaux, et particulièrement dans les fonctions de major général de la Marine. Il est évident que le major général ne peut pas tout faire. Aussi doit-il s’appuyer sur tout le réseau de l’état-major, ainsi que sur les grands commandements organiques et territoriaux. Le but est de faire en sorte que chacun exploite les moyens dont il dispose de la manière la plus efficace possible au service de la Marine et de notre pays. Ce travail de délégation se fait en valorisant ses adjoints et ses subordonnés, car, j’en suis persuadé, si chacun dispose de la possibilité de prendre des initiatives, cela bénéficie globalement à l’ensemble de l’institution. En résumé, il ne faut pas que le chef se contente d’arbitrer entre des options fabriquées par ses adjoints ; il doit avoir sa propre vision et l’exprimer clairement à ses adjoints pour que ceux-ci, éclairés par ses orientations, puissent les décliner à leur niveau, avec la marge d’initiative qui leur est nécessaire. Enfin, il est primordial d’aimer les gens que l’on commande et d’avoir la volonté de leur permettre de s’épanouir et de progresser.

C. B. : Quelles qualités faut-il, selon vous, pour être un bon marin ?   
AL D.B. : Il faut d’abord aimer la mer. Si on n’est pas heureux en mer, on aura du mal à être un bon marin. Dans le métier de marin militaire, il faut aussi être capable de tirer de la fierté du fait que nos opérations sont souvent en phase avec l’actualité internationale et les priorités du gouvernement. Il faut en tirer une fierté et une motivation suffisantes pour accepter les contraintes du métier, comme l’absence ou la promiscuité. Il faut enfin aimer toute l’ambiance du monde maritime : être sensible, par exemple, à des choses comme l’arrivée dans le chenal de Djibouti à 6 heures du matin.

C.B. : Au moment où vous quittez le service, quel message souhaitez-vous adresser aux marins ?
AL D.B. :
La Marine française est reconnue dans le monde entier comme une marine professionnelle et très opérationnelle, capable de se déployer sur toutes les mers du monde pour défendre les intérêts de la France. Mon premier message aux marins est donc qu’ils peuvent être fiers du travail qu’ils font. Le deuxième message est celui de l’espérance dans l’avenir : on n’a jamais autant eu besoin de la Marine. Tous les échanges liés à la mondialisation et à nos approvisionnements commerciaux passent en grande partie par la mer et il y a une véritable prise de conscience de la part de notre gouvernement de la nécessité de consacrer des moyens à la régulation de ces échanges. Nous sommes donc dans une phase de remontée en puissance. Le troisième message rejoint un peu ma conception du commandement : les marins donnent leur pleine mesure lorsqu’on leur fait confiance, notamment les plus jeunes. Il ne faut pas s’arrêter au discours ambiant qui consiste à dire que les jeunes ne sont plus ce qu’ils étaient. On mise beaucoup sur la jeunesse dans la Marine et je pense que l’on a raison. Tout en gardant à l’esprit que cette confiance, il faut travailler à la mériter. L’exemple des deux commandos Marine qui se sont sacrifiés pour libérer des otages nous prouve que, pour de grandes causes, les jeunes sont tout à fait aussi capables de se dévouer qu’il y a quelques décennies.

Propos recueillis par Hélène Perrin et l’ASP Aude Bresson

 

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